On nest
séduit que malgré soi (la séduction est un événement) ; en même temps on ne lest
quavec son accord plus ou moins avoué (la séduction est une complicité). Quelque
chose de nous est ainsi interpellé, à quoi le propre de certains êtres ou de certaines
réalités est davoir soudain correspondu. Pouvoir être séduit, cest donc
être fait dune attente singulière et secrète. Séduire, cest sadresser
à cette attente. Laquelle ?
Pas celle du
bonheur, qui est commune et dont tout le monde a conscience, car elle vaut pour ce qui
nous plaît cest-à-dire nous confirme, et non pas pour ce qui nous séduit cest-à-dire
nous détourne. Ce nest donc pas de la vie bonne que nous étions secrètement en
attente, mais de la vraie vie dont la séduction nous fait éprouver la distinction
habituellement méconnue. Les réalités séduisantes nous ont laissé imaginer quelle
était possible et cest aussi le talent des séducteurs de le bien dire et den
faire miroiter limminence. La vraie vie, ce serait par exemples de vivre avec et
pour cette personne dont ont vient de croiser le regard dans la rue, de partir en vacances
dans cette voiture dont on vient de voir la publicité sur un panneau, dhabiter à
la campagne comme cette agence immobilière en vante la facilité... Ce qui séduit les
uns ne séduit pas les autres, mais le principe est toujours le même : quon
soit détourné de la voie quon était naturellement destiné à suivre, et qui
pouvait être très enviable, en étant mis au bord de léventualité que la vie
soit enfin vraie. Il y a un réel de la séduction, qui est ce bord.
Dès lors
apparaît-elle comme une modalité paradoxale de la question de la vérité, telle quelle
se pose et insiste en chacun de nous le plus souvent sans quil le sache. La joie de
séduire et le bonheur dêtre séduit témoignent ainsi de notre humanité ignorée.
Elucider ce témoignage, cest penser indistinctement la séduction et la question
que chacun est secrètement pour soi-même.