Comme la question de laveu, la question du consentement est proprement constitutive du jeu de la séduction, et par conséquent de la séduction elle-même. Car tel est le paradoxe de la séduction : que sa réalité ne soit pas sa réalité, puisquen réalité cest la métaphore de la séduction quon appelle « séduction », mais sa limite, cest-à-dire la sortie de cette métaphore ! Et certes, si la réalité de la séduction est le jeu de la séduction, alors cest au moment de sortir de ce jeu quon est dans la séduction elle-même. La réalité de la séduction, donc, cest la défaite au jeu de la séduction. Or penser la défaite, cest reconnaître quelle nest pas simplement la déchéance de quelquun qui nest plus quun déchet (en perdant, il a été chassé et nest plus rien quune réalité encombrante), mais encore un acte de jeu, dont le paradoxe est précisément quil soit lacte de celui qui ne joue plus ! Le consentement est constitué de ce paradoxe : faire comme si on était encore dans le jeu alors quon ny est plus, se poser en sujet dune décision qui doit avoir sens dans le jeu alors quon na plus aucune capacité de prendre aucune décision. Il se présente comme un acte de volonté, mais personne nest dupe du consentement, puisque celui qui consent ne le fait que comme vaincu et quil nest pas libre dêtre ou non dans cette position. Consentir, cest subjectiver la défaite. Et telle est par conséquent la séduction, au sens passif du terme.
Pas tellement passif, dailleurs, puisque consentir est un acte de volonté, une prise de responsabilité, en un mot une décision ! Et cest justement de ce paradoxe que la notion de consentement tient sa spécificité : lagir du vaincu en tant que vaincu est une prise de responsabilité, dont on peut dire demblée quelle est celle dune traversée de la métaphore puisque consentir à la séduction, cest consentir à ce que la séduction ne soit plus le jeu de la séduction
Que le consentement soit une décision, et spécifiquement celle de traverser la métaphore dont il faudra penser la possibilité bien au-delà du simple domaine de la séduction (la notion simpose dabord en philosophie politique), cest ce qui donne lindication très précieuse dun premier chemin que nous pouvons suivre pour en acquérir lintelligence : explorer lirréductibilité du consentement à lacceptation.
Il faut commencer par reconnaître une exclusivité de principe, celle-là même sur quoi repose toute la problématique de la séduction, dont on a vu demblée quelle était celle du service des biens dune part, et dautre chose quon serait impardonnable davoir manqué et dont on rassemble la reconnaissance sous lidée quelque peu oxymorique de la « vraie vie ». Si le consentement réalise la séduction et sil ny a de séduction que par cela quon ne se pardonnerait pas davoir manqué, alors il est évident que le consentement récuse lacceptation, qui est toujours acceptation dun acceptable autrement dit dun bien (ou dun moindre mal) : ce quon peut se représenter comme bon pour nous, matériellement ou réflexivement.
Or ce qui donne lieu à une telle représentation est lui-même de nature représentative : un bien, cest quelque chose qui représente dans un domaine particulier la nécessité générale quon est subjectivement pour soi-même. Je ne peux accepter une chose quà y voir, dune manière ou dune autre, la représentation de mon bien, et donc quà me constituer moi-même comme le sujet de ce bien. Pas de différence entre reconnaître une chose comme un moment du service de mon bien, et lui reconnaître un statut originellement représentatif : en tout ce qui vaut pour moi, se donne à voir la nécessité que je suis pour moi. Or la séduction, et par conséquent le consentement si lon convient de le penser à partir delle, sera la subversion de ce statut : ce qui nous séduit se reconnaît expressément de ne pas représenter une nécessité qui est donc celle du bien comme principe, mais den faire miroiter une autre qui est alors celle du vrai comme facteur.
La distinction est essentielle : le bien est indistinctement le principe de la nécessité des choses et de leur représentation, puisquil est transcendantalement la nécessité que la compréhensibilité soit la priori de leur existence (chez Kant, ce qui nest pas compréhensible dune manière ou dune autre, on dira que ce nest rien). Le vrai au contraire est un facteur détrangeté : il na pas à être compréhensible (ni dailleurs incompréhensible), parce quen lui la question nest tout simplement pas celle de la nécessité que nous sommes pour nous-mêmes. Quand le vrai se donne à la représentation comme cela arrive dans la séduction, ce sera donc sous les espèces dune représentation faite de limpossibilité de la représentation ce quon a pu nommer le miroitement. Ce qui est acceptable relève de la représentation, mais ce qui séduit relève du miroitement et cest toujours à quelque chose quune réalité nous faisait miroiter que lon consent. Pour quil y ait consentement, il faut donc quon ait admis de passer par-dessus la nécessité représentative, de sorte que cest aussi bien à ne plus admettre la représentation comme le critère originel du légitime que lon consent. Elle est toujours là dans la nécessité dêtre raisonnable qui ne laisse pas dimporter en nous de la difficulté ou du remords, mais elle ne compte plus, le subjectif de la séduction, qui a pu le faire confondre avec la tentation, étant le vécu de cette contradiction.
Ce qui nous séduit nest absolument
pas quelque chose qui renverrait à une amélioration de notre vie et dont elle serait
pour cette raison déjà la préoccupation, quelque
chose dont nous serions demblée le sujet (un bien est toujours une réalité en
quoi il sagit que je sois représenté comme sujet pour moi), mais au contraire
quelque chose à quoi notre vie deviendrait vraie de
sassujettir. Dans les regrets que laissent les moments de la séduction qui ne
se sont pas concrétisés, il y a dabord celui dêtre resté soi-même le
sujet de sa propre vie (de sêtre maîtrisé, dêtre resté raisonnable, etc.)
alors quune réalité extérieure (une personne, un objet, une idée, une
possibilité, etc.) apparaissait manifestement comme devant relever de ce statut : la
vraie vie, cest toujours la vie dont telle réalité (personne, objet, idée, etc.)
serait sujet à notre place. On voit donc que lopposition entre la
question des biens telle quelle se pose à propos de lacceptation, et la
question du vrai telle quelle se pose à propos de la séduction, se traduit par une
opposition entre soi comme toujours déjà sujet, et soi comme ouvert à une éventualité
dassujettissement : le premier moment de lalternative est la question des
importances, dont relève lacceptation, et le second est la question de ce qui
compte dont relève au contraire le consentement. Car cest bien cela, être
séduit : reconnaître à une certaine réalité quelle est sujet et quil nest donc pas vrai, bien que ce soit
réel, que nous le soyons pour nous-mêmes : dans la séduction, nous éprouvons
concrètement le caractère non vrai de notre propre condition de sujet pour nous-mêmes,
en entrevoyant quelque chose qui pourrait, à notre place, être sujet de notre vie dès lors vraie. Et cest davoir cédé
sur la vérité elle-même quon ne se pardonnera pas, davoir sacrifié ce qui
comptait sur le moment à ce qui na cessé depuis toujours dimporter. Bref,
lacceptation soppose au consentement comme ce quon regrette de ne pas
avoir eu soppose à ce quon ne se pardonnera pas davoir manqué.
La question de la séduction, si nous avons raison de dire quelle est celle de la mise en acte de lalternative originelle du bien et du vrai en alternative de la vie bonne et de la vraie vie, est donc faite concrètement de lopposition entre dune part ce qui se donne comme important dans une vie qui est déjà décidée, et dautre part ce qui compte comme décisif pour la vie dun sujet dont on peut dire dès lors quil est au pied de son propre mur. Pour indiquer depuis lobjet lopposition entre accepter et consentir, on dira par conséquent que lon accepte quimporte ce qui importe, alors que lon consent à ce que compte ce qui compte.
Parce quil appartient à la
réflexion de tout ramener à la nécessité que la subjectivité est pour elle-même, il
lui appartient de faire dabsolument nimporte quoi un bien (ou un mal) qui soit
comme tel susceptible dêtre accepté (ou refusé), à commencer bien sûr par le
vrai. Du point de vue métaphysique qui se trouve
par là même déconstruit, il est donc nécessaire que la distinction entre ce qui
compte et ce qui importe soit toujours en train dêtre récusée, et prenne la forme
dune alternative à propos de laquelle nous nous demanderions lequel de ses termes
il serait préférable de choisir (quest-ce qui est plus important : ce qui
compte, ou ce qui importe ?). La reconnaissance de ce risque est donc pour nous la
reconnaissance de limpossibilité de jamais résoudre lopposition, den
faire une vérité métaphysique sur laquelle nous pourrions tabler une fois pour
toutes : il y aurait le sujet de lacceptation qui serait comme ceci, et le
sujet du consentement qui serait comme cela. Non : il sagit du même Le sujet
du consentement nest donc pas différent du sujet de lacceptation mais il est
ce sujet, à ceci près que le sujet du consentement a préalablement été défini par sa
défaite. Il faut être vaincu pour consentir, alors que cest au sujet quelconque
daccepter (ou de refuser) ce qui lui est offert. Consentir, cest accepter,
bien sûr, mais seulement cela de lacceptation
de quoi on ne saurait être sujet. Ainsi peut-on parler dun sujet
subverti : sujet, oui, mais à son corps défendant, et sujet de cela, précisément.
Tous les exemples le mettent en évidence. Dabord celui de la séduction, puisque cest de lui quil sagit en toutes ces considérations : la séduction quon peut accepter, cest la séduction comme métaphore de la séduction et non pas la séduction qui est au contraire effraction du sujet qui aurait pu laccepter. Cela, cest ce quon ne saurait daucune manière accepter. Eh bien, consentir, cest laccepter. Prenons un autre exemple, quelque peu suranné : celui du père qui consent au mariage de sa fille avec un garçon quil a des raisons de ne pas estimer. Il accepte ce mariage, donc. Quel mariage ? Très exactement celui quil ne saurait accepter, et pas un autre. Car pour un autre, il aurait simplement donné son accord : on naurait pas parlé de « consentement » (à moins bien sûr de mettre laccent sur lidée que les pères seraient propriétaires de leurs enfants, et quils doivent alors « consentir » à sen défaire, ne pouvant faire autrement).
Alors quon naccepte que ce quon peut refuser, on ne consent quà ce quon na pas la possibilité de refuser. Et justement : on consent. Cela signifie quon pourrait ne pas consentir bien quon ne puisse pas refuser Loxymore dêtre libre de ce qui oblige constitue la structure du consentement, et dit par conséquent la subversion du sujet de la représentation en quoi il consiste.
Les exemples montrent que le sujet du consentement est dabord celui de la défaite, et quen ce sens on ne consent jamais quà ce quon ne voulait pas : cest forcément comme vaincu que lon consent. Est en effet vaincu celui qui devra vouloir ce quil se définit expressément de ne pas vouloir. Est aussi vaincu celui qui reste sur le terrain. Cest donc en tant que reste, et donc déchet la défaite constitue le sujet comme surnuméraire, encombrant que lon consent. Le père de notre exemple sait bien que sil ne donne pas son accord, son enfant, comme on dit familièrement, le « laissera tomber » et cest clairement depuis cette vérité quil consent ! De la même manière la personne qui aurait perdu au jeu de la séduction et qui ne « consentirait » pas à la séduction elle-même naurait plus pour destinée que celle quelle se sait déjà avoir : être un déchet que tout le monde laisse déjà choir.
Lobjet de lacceptation importe parce que son sujet est identique à la nécessité quil est pour soi, alors que celui du consentement compte parce que son sujet est toujours déjà subverti par la défaite qui a fait de lui à la fois un semblable, au sens où la position du perdant est simplement symétrique à celle du gagnant, et un tout autre, au sens où cest comme déchet quil apparaît, contre lui-même, devoir consentir (il nest plus en mesure de vouloir). Le vainqueur reste dans le jeu parce que tel est lenjeu de tout jeu (la gratuité, cest quon joue pour jouer), mais le vaincu est en même temps déchet du jeu et participant au jeu, et cest en ce sens quil est un sujet subverti. Le sujet qui reste celui du jeu est celui de lacceptation, lautre est celui du consentement.
Consentir, donc, cest accepter lassujettissement. On dira quil faut déjà être sujet pour accepter, alors que cest justement la production du sujet comme tel quon entend sous le nom dassujettissement. En effet, et cest bien ce que nous voulons exposer en parlant du nouage temporel qui caractérise le consentement, quil serait donc parfaitement absurde dimaginer comme un acte instantané, une décision née de rien qui viendrait trancher une situation. On le voit très bien en philosophie politique, dont la problématique centrale paraîtrait circulaire si ce nétait pas dun devenir, autrement dit dune temporalité seulement intelligible comme originée dans la défaite quil sagissait : il ny a de sujet politique que par assujettissement à une autorité politique, et dautre part il ny a dassujettissement que dun sujet politique. Donnons lindication essentielle que la réflexion sur le jeu nous a permis dacquérir : il ny a jamais de consentement que dun sujet vaincu puisquil faut avoir été chassé dune instance de subjectivation (comme on peut appeler tout ce qui produit de la responsabilité) pour consentir à lassujettissement cest-à-dire à la subjectivation ! Il est étonnant que les spécialistes de lautorité et du pouvoir ignorent si massivement cette nécessité aperceptible seulement, il est vrai, quand on a reconnu que le pouvoir lui-même ne pouvait sentendre que comme jeu du pouvoir.
La philosophie politique est par excellence le domaine où lon voit que consentir à subir un pouvoir nest absolument pas réductible à la nécessité de laccepter : dans le consentement, il sagit encore de la production de soi comme sujet politique alors que dans lacceptation il ne sagit que de la réitération de soi comme sujet de son bien.
On pourrait prendre de nombreux exemples
qui mettraient en évidence cette contradiction
entre accepter et consentir, telle quelle apparaît à partir de la nécessité pour le consentement de ne concerner
quun sujet vaincu, cest-à-dire constitué dans le nouage dont la
défaite, telle que nous lavons décrite, est lorganisation. Nen prenons
quun, à titre indicatif et spécialement représentatif à cause de son caractère
fondateur, qui est le « pacte desclavage ». En ce qui le concerne, lacceptation est une nécessité, parce quil ny a dacceptation que dans
lhorizon des biens : il est évident quil vaut mieux repartir comme
esclave que se faire tuer sur place, puisque tout bien relève de la nécessité que la
vie est pour soi (ce dont lidéal de soi consistant à se croire au-dessus de sa
propre vie est encore une figure). Par contre, consentir
à être esclave est tout simplement impossible, parce quil ny a de
consentement à un acte juridique que pour un sujet juridique, dont un tel pacte est
précisément labolition. Selon le nouage quon vient dindiquer, celui-ci
est alors la production rétrospective de sa
propre impossibilité. Il est évident en effet que conclure un pacte consiste à
sobliger, et que le propre de lesclave (quon serait alors devenu par
cette conclusion) est dêtre étranger à toute idée dobligation, notamment
à celle de respecter un pacte quelconque. Or que la conclusion de ce pacte soit identique
à son abolition nest évidemment aperceptible que si lon parle de consentir à être esclave (être assujetti à
lautorité dun maître), alors que lidée
na aucun sens si lon parle daccepter
dêtre esclave (une condition affreuse quil serait pourtant déraisonnable
de refuser). En faisant ainsi apparaître, à propos de la même question paradigmatique,
la nécessité daccepter et limpossibilité de consentir on pointe donc le
caractère en fin de compte exclusif de ces notions : consentir, parce que son sujet
ne peut se comprendre que comme défait, ce nest pas une façon daccepter.
La question du consentement est celle de la constitution originelle du sujet par une défaite qui, en le divisant entre ce quil était déjà (le perdant est une figure normale du jeu) et ce quil doit supporter quil est (un déchet, quelque chose dencombrant qui gêne le jeu en même temps quil en conditionne la réalité) soit la nécessité dun assujettissement. Celui qui consent au pouvoir dun prince devient son sujet, non seulement au sens passif du terme mais aussi au sens actif : le pouvoir du prince est pour lui instituteur de responsabilité.
Dès lors faut-il reconnaître quon ne consent jamais quà une seule chose, qui est sa propre origine de sujet. On consent à être sujet, cest-à-dire à être le sujet dune origine dont, comme sujet, on est le produit. Et pour cela, il faut une défaite originelle cette division entre soi comme sujet symbolique (une figure du jeu) et soi comme déchet encombrant (le perdant tombé du jeu). Car sans la défaite originelle on nest que le sujet quon était déjà et lidée de consentir à un assujettissement na aucun sens. On vient de prendre des exemples en philosophie politique. Mais on peut en trouver dans la vie de chacun et même faire apparaître la question du consentement comme étant sa question celle quil se pose en tant que sujet, cest-à-dire en tant quêtre sujet est non pas une nature mais déjà et encore une responsabilité.
Lopposition daccepter et de consentir, pour la vie individuelle, est très familière. Ses parents, on les accepte ou pas, et cest ladolescence. Et puis un jour, qui peut aussi avoir eu lieu tout au long de la vie car on est déjà adulte à tout âge comme à tout âge on est encore enfant (de sorte que rien nest jamais définitivement acquis mais quen même temps tout létait depuis toujours), on consent à avoir pour parents ceux quon a. Que nous soyons sujets est désormais notre affaire, plus la leur. Tel est le moment du consentement quil faut dire moment de la liberté, par opposition au moment de lacceptation (ou du refus) dont on voit bien, en opposant le paradigme dêtre adulte à celui dêtre adolescent, quil est celui de la servitude au sens nietzschéen du terme. Ainsi se constitue une vie de ressentiment puisque de toute façon tous les parents sont imparfaits et donc, de ce point de vue, plus ou moins mauvais.
Ce modèle où le consentement se constitue dans sa distinction davec lacceptation, il permet donc de penser la liberté concrètement : non pas comme une qualité magico-divine que nous serions innocents de posséder (il se trouve par hasard que je suis un humain et non pas une chose ni même un simple vivant) mais comme une responsabilité quon prend positivement ou négativement la responsabilité davoir reçue. Car tel est le paradoxe de la liberté, quelle ne se donne jamais à reconnaître que dans laprès coup, puisque sa question ne peut se poser quà propos dun être pour lequel il faut déjà dune certaine manière quelle soit réglée. On ne parle des difficultés voire de limpossibilité de la liberté, en effet, que pour un être dont la question soit déjà celle dêtre libre autrement dit dêtre sujet. Or cest très précisément cette question temporelle de laprès coup quon trouve dans le consentement et quon ne trouve pas dans lacceptation, ce terme-ci supposant une liberté non problématique (accepter, cest pouvoir refuser) alors que ce terme-là prend en compte la nécessité prendre la liberté elle-même là où elle est, cest-à-dire dans ce qui détermine des responsabilités. Et la responsabilité de prendre des responsabilités, forcément, elle ne peut pas être elle-même indéterminée ; de sorte quil lui appartient constitutivement de nexister que sur le mode de laprès coup, puisque cest la responsabilité prise qui détermine seule ce qui sera ensuite la responsabilité de prendre.
Le jeu le montre parfaitement et on peut lexposer en deux temps. On dira dabord ceci : puisquon ne joue que pour jouer, le désir de jouer est déjà de nature ludique, et doit par conséquent avoir été constitué dans le jeu comme tel cest-à-dire comme ayant le jeu pour enjeu. On dira ensuite cela : le désir de jouer, qui est donc de nature ludique, étant par définition extérieur au jeu, il doit avoir été constitué dans une extériorisation du jeu dont le jeu soit expressément le principe ce qui désigne la défaite laquelle est la nécessité du consentement par opposition à lacceptation qui reste purement interne au jeu (par exemple on accepte telle carte et on refuse telle autre).
Découvrons le sujet du consentement, par opposition au sujet de lacceptation dont il est la subversion, en posant la question suivante : quelle est la condition de celui toujours déjà chu de la structure dont par ailleurs il tient dêtre sujet ? Une seule réponse convient : cest un auteur notion qui soppose à celle du sujet comme celle de ce qui compte et qui produit un sujet, soppose à celle de ce qui importe et qui suppose un sujet. On peut aussi faire correspondre à ces oppositions celle de lacte et de laction. Ce qui revient en somme à dire que par auteur, dès lors quil faut déjà et encore être sujet de la production de soi comme sujet, cest le sujet dêtre sujet quon entend, et que le consentement est la prise de responsabilité dêtre fait sujet, autrement dit dêtre assujetti. A chaque fois quune réalité a pour nature ou pour effet dassujettir (quelque chose qui compte, par opposition à quelque chose qui importe), il faut parler du consentement. Et là seulement : on ne consent jamais quà être assujetti à ce qui sest révélé compter une fois la défaite avérée, cest-à-dire une fois reconnue limpossibilité pour la représentation (la volonté) de valoir. La responsabilité de ce dont on est sujet, on laccepte ; la responsabilité dêtre fait sujet, on y consent. Lacceptation a un sujet, le consentement a un auteur.
La distinction du sujet et de
lauteur est très banale. Nous lempruntons au droit. La loi produit le sujet,
comme on sait, puisquelle produit la responsabilité et quil ny a de
responsabilité que déterminée. Cest par exemple la même chose dinstituer
une loi qui interdise de fumer dans les lieux publics et dinstituer la
responsabilité de fumer ou de ne pas fumer dans les lieux publics responsabilité
positive et négative qui est donc clairement une institution subjective. Mais cette
institution, à linstar du jeu quon a examiné sous ce rapport, produit le
paradoxe dun sujet qui soit à la fois extérieur et intérieur à ce qui le
constitue en sujet, et qui soit ainsi extérieur à lui-même comme constitué. Car celui
qui fume dans les lieux publics nest pas simplement un sujet dont le statut est
prévu par la loi, cest-à-dire un sujet négativement défini par la loi, puisque cest
la loi elle-même quil enfreint et quelle est son institution
subjective ! Il est donc dune part le sujet prévu et donc sujet proprement dit
(celui qui ne respecte pas linjonction est dans une détermination symétrique à
celui qui la respecte), mais dautre part il est le sujet extérieur à la loi, mais
pas du tout étranger à elle pour autant (ce qui interdirait de parler de sujet). Il est,
plus précisément, le sujet rendu extérieur à la loi par son comportement, celui-là
même que la loi avait défini davance et par lequel ce sujet avait donc été, par
elle, institué en sujet. Il nest donc pas simplement extérieur à la loi mais,
littéralement tombé de la loi là exactement où il la enfreinte. Ce sujet, tout
le monde le sait comment on le nomme : de ce qui est légal on est sujet, mais de linfraction (ou du délit, ou du crime,
selon les cas), on est auteur.
La distinction du sujet et de lauteur est donc dans un premier temps celle de deux types de sujets : le premier (le sujet proprement dit) devant évidemment sentendre comme sujet de ce quil fait, et le second (lauteur) comme le sujet dêtre fait sujet et de ce qui fera de lui un sujet, en tant que sa constitution en sujet est forcément quelque chose dont après coup il devra reconnaître quil a toujours été le sujet. En vérité, ces deux sujets nen sont quun, bien que la division entre lun et lautre division que lexamen du jeu nous fait nommer « défaite » soit aussi radicale que définitive, puisquil ny a de sujet quà ce quil soit dabord sujet de cette condition même dêtre sujet. La notion dauteur, en ce sens, se ramène à limpossibilité dêtre jamais innocent dêtre sujet : elle concerne une impossibilité, alors que la notion proprement dite de sujet concerne une réalité certes paradoxale et problématique. Lauteur, donc, cest le sujet considéré dans limpossibilité originelle que la condition de sujet suppose forcément. On le trouve seulement au lieu de la défaite telle que nous lavons décrite, parce quelle est la production, comme chute du déchet quon est, de la radicale étrangeté à soi supposée par toute responsabilité.
Tel est le sujet en général, qui nest pas sujet comme une table est une table, mais qui lest seulement en ceci quêtre sujet, de nêtre pas sa nature (autrement dêtre originellement son impossibilité même), est son affaire. Un sujet, cest un être qui a pour affaire dêtre sujet. Et de cela, il aura toujours été sujet, forcément. De sorte quil appartient à tout sujet dapparaître après coup comme ayant depuis toujours été le sujet de cette responsabilité très particulière qui sappelle « être un sujet » cest-à-dire dapparaître après coup comme ayant été lauteur de sa condition même de sujet. En disant cela, on note un consentement originel à lexistence subjective dont le principe est une défaite, la division de soi entre un sujet toujours dans le jeu (dans le symbolique, si lon préfère) et un sujet chu, identifié à lobjet encombrant.
La question du sujet est toujours celle de lauteur quil est par ailleurs, là où il est divisé, là où il est frappé de sa propre impossibilité. Cest à cela quon a toujours déjà consenti pour être sujet et cest cela le statut dauteur et donc la question du consentement qui ne cessera jamais dinsister là où lon imaginerait quil est enfin possible dêtre sujet.
On a compris que la séduction est la réitération de cette insistance.
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