Promesse et séduction : libérer de ce qui importe
Cest le même de séduire et de promettre. Dire que la séduction est lordre du déraisonnable, cest donc pointer que la promesse nest telle quà être déraisonnable. Une promesse raisonnable nen est pas une : cest en engagement, lequel est exactement le contraire dune promesse puisquil repose sur la nécessité que la réalité décide en fin de compte, nous mettant par là même hors de cause pour ce qui est dêtre sujet. « Moi je voulais faire ceci ou cela mais les circonstances ne lont pas permis, de sorte que ma parole est restée lettre morte. » Dans la promesse au contraire, on ne cède pas sur la nécessité dêtre sujet : on le sera envers et contre tout, et en promettant on rejette davance toute excuse quon pourrait avoir de ne pas lêtre.
Faire équivaloir séduire et promettre, cest par conséquent révéler que la séduction tient à ceci que la réalité ne compte pas. Ce qui nous séduit dans ce qui nous séduit, cest cela : décider que la réalité ne comptera pas, autrement dit quon sera enfin débarrassé des excuses quon passe soi-même sa vie à mettre en avant. On nest donc jamais séduit que contre le sujet de la représentation quon est depuis toujours et dont ce qui nous séduit avère quil nest pas celui que nous sommes en vérité.
Lensemble des excuses, cest lensemble des raisons dont on peut arguer pour expliquer quon nait pas fait ce quon avait dit quon ferait. Lensemble des raisons se définit donc par ceci que la parole ne compte pas, et on doit par conséquent poser la question de la promesse comme celle de la contradiction du savoir et de la parole.
Dune manière
générale, cest le même de mettre en avant les raisons de toutes natures à propos
de tout ce quon voudra et de dire que la parole donnée, en tant que donnée, ne
compte pas. Toutes les excuses dont on peut arguer, et dont la meilleure est la mort (et
certes, à celui qui est mort avant davoir pu tenir parole, il nest pas
raisonnable de tenir rigueur), sont forcément des raisons qui justifient quon ne
soit pas sujet, puisque ce quon a dit quon ferait, on ne le fera pas (on
na pas pu) ou alors, si on le fait, cest que la réalité a bien voulu
quon le fasse. La promesse sentend expressément à lencontre de cette
nécessité. On nest sujet quen exclusivité au savoir, et donc aussi
seulement en exclusivité au raisonnable, puisquon nomme ainsi la position
subjective consistant à avoir décidé que la réalité serait en fin de compte le
décisif. Cest depuis cette nécessité dexclure le savoir et donc, pour soi,
lattitude raisonnable en un mot le représentatif que le sujet de la
promesse pose son exclusivité absolue avec lengagement, cest-à-dire
séduit.
Car séduit nest rien dautre que mettre en uvre cette exclusivité, quil faut donc penser à lencontre du savoir et aussi à lencontre de tout ce qui relève du savoir, qui est la réalité à chaque fois plus ou moins importante. Impossible en somme de reconnaître lexclusivité de la promesse au savoir qui est toujours des raisons (cest-à-dire aux excuses au moins potentielles) sans reconnaître par là même quen toute promesse est dabord écarté tout ce qui importe plus ou moins. Lautre du savoir, cest le vrai avec la question quil ouvre de la représentation quon sen donne sous le nom de « vraie » vie. Lautre de ce qui importe, forcément, cest ce qui compte. La question de la séduction est par conséquent celle de la corrélation entre la question dune vie qui serait « vraie » et celle de ce qui compte.
Donnons le principe : la séduction, cest que soit représenté quon puisse ne pas céder sur ce qui compte, alors que la représentation est comme telle identique pou chacun à lordre de ce qui importe pour lui. Posons déjà cette corrélation.
La question de la séduction indique implicitement que le régime normal des promesses est quon ny croie pas Comment peut-on croire une parole déraisonnable, et comment peut-on accepter la parole de quelquun qui refuse dêtre dédouané de soi-même par la meilleure des excuses, à savoir léventualité quil meure avant davoir eu le temps de tenir parole ? On ne peut pas se représenter cela. Eh bien, la séduction, cest précisément cela, quon ne peut pas se représenter : la promesse, en tant que promesse (et non pas en tant quengagement davance excusé de sa faillite), on y croit !
Etre séduit
consiste donc en ceci quon croit ce
quon ne peut pas se représenter croire.
Il serait absurde de parler de séduction, cest-à-dire de détournement dun chemin quil aurait été légitime que nous suivions, à propos dun discours dont on aurait toutes les raisons de penser quil est réaliste. Le discours réaliste est au contraire celui dont on se représente parfaitement quon sy assujettisse lequel assujettissement est la tentation dont la notion est ainsi parfaitement antinomique avec celle de la séduction. La tentation ne peut concerner que des biens, dont on anticipe la jouissance, alors que la pureté représentative de la séduction sentend avant tout de récuser la réalité des objets qui sont en cause. Cest par exemple la publicité qui séduit, pas les revues techniques remplies de données objectives à propos des produits (mais bien sûr on peut être séduit par lidée ou la perspective de posséder un objet ayant telle ou telle caractéristique objective) et qui permettraient seules un achat raisonnable en déterminant les choix quil serait impossible à un consommateur idéal de ne pas faire. Et si la publicité séduit, cest bien parce quelle se constitue dabord dans cette légèreté de ne pas sembarrasser de réalisme qui est expressément impliquée dans lidée dêtre séduit, cest-à-dire dans le refus de sen tenir au croyable et même den tenir compte. En quoi elle exclut non pas lautoréférence (bien au contraire, puisque cela montre encore plus que la réalité ne compte pas) mais lautoanalyse : celui qui dirait cyniquement quil vend du rêve au public ou « du temps de cerveau disponible » de ce même public à ses seuls usagers qui sont les annonceurs ne séduirait personne (sauf peut-être au second degré, mais alors ce nest pas lui qui séduirait : cest lidée dêtre séduit ou de séduire par le rêve, ou perversement dêtre le pur objet dun scénario de manipulation).
Lessence de la promesse se trouve dans la croyance quelle suscite, mais il ny a de promesse quà la condition quelle ne soit pas crédible cest-à-dire quà la condition quon lait davance libérée de sa dimension représentative par quoi elle est lannonce dune réalité dont on pourrait le moment venu constater objectivement la présence ou labsence.
Une distinction radicale simpose donc : il ne faut pas confondre le fait de croire aux promesses, qui est un certain rapport quon prend la responsabilité dentretenir à un certain type de parole (et dans le cas de la publicité, cette prise de responsabilité est lacte dachat quand il nest pas motivé par des connaissances objectives), avec le fait de croire les promesses, qui consiste à affirmer la réalité future des choses ou états de choses dont elles sont la représentation. Cette attitude-ci concerne la tentation, mais seule la première concerne la séduction : dans la tentation, cest de la réalité des biens dont on pourra jouir quil sagit. Dans la séduction, cette réalité, ni par conséquent le fait que les biens soient des biens, ne compte pas : cest la promesse elle-même qui compte, et non pas un état de fait futur dont elle serait la représentation. La publicité le montre très bien, dont nul nimaginerait quelle a pour vérité la constatation objective des qualités annoncées. Dire ici que cest la promesse qui compte et non pas la représentation en quoi elle consiste pourtant par ailleurs, cest dire que les acheteurs se décident non pas surtout à partir de ce quils savent (ce qui motiverait des choix rationnels qui sont précisément ce que les campagnes publicitaires se définissent non pas de contredire mais décarter) mais à partir de la campagne publicitaire même, à laquelle ils accordent foi ! La publicité qui compte dans lachat du produit, mais pas le produit dont elle a incontestablement été la représentation. Ce nest pas un produit représenté, qui est acheté : cest un produit promis ! Sans être mensongère au sens où elles mettraient en avant des propriétés dont on pourrait constater labsence, la publicité est donc indifférente à la question de la « vérité » au sens représentatif du mot où les choses devraient être exactement comme on a représenté quelles seraient. Et cest de cette indifférence quelle vit, cest-à-dire continue de séduire.
Par où lon voit que la question de la séduction est demblée celle dune alternative dont la promesse est structurellement la présence : dune part toute promesse est promesse de quelque chose dont elle annonce la réalité, et dautre part toute promesse est un acte de parole qui se pose dabord lui-même comme excluant toute autre autorité que celle quil est pour soi. La promesse se définit dabord dexclure ce qui fait pourtant autorité pour la représentation, la réalité (relativement à quoi la représentation sera jugée « vraie » ou « fausse »). Cest cette exclusion quon traduit en disant que la promesse est une représentation qui sentend dexclure de soi toute dimension représentative. Subjectivement parlant, cela revient à dire quon ne peut pas comparaître devant soi comme assujetti à une promesse mais seulement à un engagement : la ménagère nadmettra pas, par exemple, que cest la musique du spot publicitaire qui a été décisive quand elle a acheté telle boîte de petits pois, beaucoup plus chère quune autre par ailleurs identique : afin de se retrouver comme sujet de la représentation, elle se racontera à elle-même que ce produit est meilleur que celui de la marque concurrente et « oubliera » de se souvenir quelle a fait son achat en chantonnant.
La séduction exige quon croie, pourvu quon ne croie pas vraiment se constituant précisément de cette distinction, qui est donc son rapport à la représentation. Concrètement, et dune façon encore toute négative, cela revient à dire que séduire consiste à faire sortir du chemin de la représentation. Ainsi comprend-on ce qui pouvait surprendre de prime abord, à savoir que la conscience quon peut avoir de la fausseté représentative des promesse (au sens où aucun état de fait ny correspondra objectivement) nest pas un obstacle à la séduction, puisque cest en cette fausseté que se révèle quil sagit bien dune promesse et pas dun engagement et donc subjectivement quil sagit bien de séduction et pas de tentation. Ce nest donc pas parce que la plupart des promesses se sont révélées « fausses », au sens représentatif qui vient dêtre dit, que nous sommes immunisés contre la séduction ! Bien au contraire, doit-on ajouter avec lassentiment de tout le monde, parce que cest justement de se libérer de sa dimension représentative, cest-à-dire de la nécessité dêtre vraie, que la promesse séduit. Revenons à la formule déjà proposée : dire quon ne séduit quà la condition de ne pas sembarrasser de réalisme, cest dire quon ne séduit quà promettre.
Ceux qui sengagent peuvent tenter, bien sûr, et la tentation est toujours un engagement que le tentateur prend expressément envers celui quil veut corrompre ; mais ils ne peuvent pas séduire.
Les promesses, pour le dire encore autrement, on y croit et croire, comme chacun sait, cest refuser de savoir. Il y a donc un savoir, celui de la banalité des choses et de la trivialité des usages qui seraient représentés, et par séduction on entend que cela ne compte pas. Doù cette évidence que la promesse, au-delà des engagements en quoi on imagine souvent quelle consiste et qui mobiliseraient donc un supplément de savoir (comment tel candidat aux élections financera-t-il les mesures sociales dont il parle, par quel procédé chimique cette lessive rendra-t-elle mes chemises éblouissantes, etc.), consiste en réalité à poser dautorité que le savoir (ce savoir de la réalité des choses et par conséquent aussi de leur propre irréalité) ne compte pas. Non pas surtout que les promesses ne doivent pas être tenues pour quon puisse parler de séduction (le mensonge flagrant ne séduit pas, sinon parfois au second degré comme indice de faiblesse ou de rapport ludique au monde), mais quelles ne soient pas tenues fait apparaître en pleine lumière que dans une promesse, ce nest pas quelle soit tenue qui compte.
Il y a bien une représentation, dans la promesse, puisquelle est lannonce dune action future dont on sera lagent, mais cette représentation ne compte que comme telle, et non pas selon lobjet auquel il appartient pourtant à toute représentation dêtre laccès. Et certes la séduction est uniquement du domaine de la représentation. Car toute la séduction se constitue précisément de ce que la question de savoir ce quil y a derrière les réalités séduisantes ne se pose pas ! Dailleurs il suffit de dire quune réalité est prometteuse pour que tout le monde comprenne quelle est séduisante, et non pas quelle se contente de le paraître. La réalité en général, et pas simplement celle de ce qui était annoncée dans la promesse, est ainsi récusée quant à ce quelle soit décisive et cest ce quon signifie par des formules comme « advienne que pourra ». Le monde peut menacer de sécrouler (et lidée de tout quitter, dans la séduction amoureuse notamment, est aussi celle de lécroulement du monde ) que cela ne change rien à la nécessité dembrasser la vie qui souvre devant nous, comme si nous savions que le sérieux des choses, ni donc celui de nos actions, nest pas leur vérité, ni par conséquent la nôtre.
Comment envisager que la promesse puisse sentendre en extériorité au régime de la représentation, dès lors que promettre consiste précisément à prendre sur soi que ce quon dit sera bien avéré dans le futur ?
Il est bien évident quil ne revient pas du tout au même que la promesse soit tenue ou quelle ne le soit pas, mais cela ne compte pas dès lors quon pose la question de la promesse depuis son effet subjectif qui est la séduction. Sagissant de la notion, on dira que cela importe autant quon voudra (comment ne pas être déçu dune promesse qui nest pas tenue ?) mais que cela ne compte pas, puisque la promesse est constituée par sa distinction davec lengagement ou, si lon préfère, parce que la séduction est constituée par sa distinction davec la tentation. La question de la promesse serait en somme celle de la distinction entre ce qui importe et qui est de nature représentative, et ce qui compte dont la séduction relève en propre. Une seule chose compte dans la promesse : la parole quon a donnée, puisque cest ce qui fait quil y a promesse. Mais par ailleurs toute promesse est promesse de quelque chose et il est en ce sens évident que ce quon annonce importe (donne du contenu, de la détermination). Importe mais ne compte pas. Là est le décisif de la séduction : il y a des réalités qui font reconnaître que ce qui importe nest pas ce qui compte et ne la jamais été et inversement que ce qui compte ne peut sentendre quà lencontre de ce qui importe (« advienne que pourra »). En somme on est séduit à chaque fois que quelquun sadresserait à nous en marquant que ce qui compte nest pas ce qui importe et nous séduisons à chaque fois que nous faisons voir à quelquun, le plus souvent bien sûr sans nous en apercevoir, quavec nous nest pas en jeu ce qui importe mais bien ce qui compte.
Loin donc que lindifférence au représenté manifeste la désinvolture cest-à-dire labandon de responsabilité de celui qui promet et aussi de celui qui reçoit la promesse, elle manifeste au contraire une responsabilité très particulière qui serait en propre la responsabilité de promettre et dont la séduction apparaîtrait alors comme le domaine : quon ne confonde pas ce qui importe avec ce qui compte, parce quon ne confond pas la promesse où lon est à jamais sans excuses avec lengagement où lon est excusé davance. Car bien sûr, tout se joue sur cette alternative : être sujet sans lêtre, parce quon a davance admis que le savoir est la clé de ce quon fait et de ce quon ne fait pas, ou au contraire être sujet envers et contre tout, et dabord contre soi-même comme sujet du savoir cest-à-dire comme sujet de la reconnaissance des importances, bref comme sujet du service des biens. Car cest précisément dêtre devenu indifférent à lamélioration de sa propre vie quon est séduit, cest-à-dire détourné.
La distinction de ce qui compte et de ce qui importe, dont la promesse est ainsi lépreuve, est à la fois étrangère et familière à tout le monde. En ce sens le mécanisme de la séduction doit nous étonner et en même temps résonner en nous comme une allusion à ce que nous navons jamais ignoré. Expliquons rapidement cette opposition, qui permet de distinguer ce qui est susceptible de séduire de ce qui est seulement susceptible de tenter. Car bien sûr, lopposition de ce qui compte et de ce qui importe est la même que celle de la séduction et de la tentation.
Bien que nous nous attachions souvent à les confondre à cause des responsabilités que leur distinction nest jamais sans impliquer, nous ne croyons pas que la réalité la plus importante dun domaine quelconque soit celle qui compte à son propos. Si lon prend lexemple des langues européennes, langlais est évidemment la langue la plus importante et les autres suivent. Toute importance est donc une relativité non seulement à ce qui est importé (disons ici de léchange, de la communication) et à ce en quoi ce qui est importé est importé (disons ici la vie des ressortissants européens) mais encore aux autres réalités, qui sont plus ou moins importantes que celles que lon considère (ici : les autres langues). Mais ce qui compte est tout autre chose, car compter consiste à admettre au nombre des sujets. Dans le cas des langues européennes, la langue qui compte est le latin, lequel na quasiment plus dimportance (il nimporte que dans des domaines dérudition très parcellaires de la culture européenne) mais est la langue par quoi lEurope est un certain sujet historique (disons, à partir du juridisme romain et de luniversité médiévale, celui de la réflexion et de luniversel dans lhumain), un sujet ayant comme tel une responsabilité quelle peut aussi bien assumer quabandonner. Pareillement dans tous les savoirs dont lEurope est le lieu, un seul compte, qui est la philosophie les autres étant plus ou moins importants. Très concrètement, cela signifie quil est impossible de répondre à la question « quest-ce quun Européen ? » sans mentionner un effet de constitution subjective, cest-à-dire de responsabilité, par le latin et par la philosophie (donc par luniversel), quand bien même on parlerait dindividus illettrés et enfermés dans lâpreté de leurs intérêts particuliers.
Tous les domaines marquent cette nécessité dêtre subjectivés en termes de responsabilité. La géométrie, par exemple, rend parfaitement irresponsable lutilisation de techniques valables pour larpentage, et dont on ne peut pourtant nier quelles permettraient de répondre à certaines questions. Ainsi le jeune élève qui doit dire si deux segments dune figure sont égaux doit-il le conclure dune démonstration, et en aucun cas le constater en appliquant son double décimètre sur la page de son manuel. En géométrie, ce qui compte, cest lidéalité de lespace et donc la rationalité des procédures : cest cela et non pas autre chose qui fait le géomètre, autrement dit qui institue le sujet dun certain type de discours, de savoir, de pensée. Faire de la géométrie et distinguer cela comme une responsabilité qui nous échoie et quon peut assumer ou trahir, cest exactement la même chose : le jeune élève sait parfaitement quen bafouant la démonstration au profit de la constatation, cest non seulement la géométrie quil bafoue (il la ravale à larpentage) mais cest lui-même, en tant quélève du cours de géométrie (il se ravale à être un opportuniste pour qui le résultat est seul à compter). La question de ce qui compte, dans sa distinction avec celle de ce qui importe, est par conséquent celle dune réciprocité des responsabilité.
Est-ce contingent
relativement à la question de la promesse et donc de la séduction, si nous poursuivons
dans la voie ouverte par la définition quon vient den proposer ? Non.
Car distinguer ce qui compte de ce qui importe, cest toujours dégager une
promesse.
Les étrangers à lEurope le savent bien, qui voient en elle la promesse humaine de luniversel. Et les Européens aussi, qui peuvent assumer dêtre européens ou au contraire sen moquer en arguant de ces faits incontestables quil faut bien naître quelque part et quil ny a finalement quune seule humanité mondiale. Il y a mille façons de trahir la promesse européenne cest-à-dire de se trahir soi-même comme fait de cette promesse et aussi, pour un étranger, de se trahir lui-même comme interpellé par cette promesse (par exemple en ny voyant quun espace où les opportunités de profit matériel sont plus grandes quailleurs). Et, pour prendre lautre exemple, est-ce que lidéalité de lespace et la rationalité exclusive des procédures nest pas ce qui rend la géométrie séduisante ?
On voit quen étant séduit par ce qui compte, cest bien dune responsabilité, ici celle de lidéalité de lespace maintenue contre son indéniable réalité, quon prend la responsabilité !
Il ny a dengagements que pour ce qui importe plus ou moins (et certaines choses sont extrêmement importantes) ; et il ny a de promesse que pour ce qui compte. La promesse étant faite de sa propre distinction davec lengagement, elle est par là même la mise en acte de la distinction de ce qui compte et de ce qui importe, laquelle distinction est à son tour laffaire de celui qui prendra sur lui quelle soit légitime en décidant que ce qui importe ne compte pas. Car dans ce quon décide, ce qui compte, cest quon le décide : quon en soit sujet, cest-à-dire quon en prenne la responsabilité, et quon prenne ainsi la responsabilité dêtre sujet. Dans la promesse la question du sujet simpose comme nétant pas la question de son bien sans quelle soit pour autant une autre question (qui serait alors encore meilleure). Cest que la question dêtre sujet nest pas pour le sujet une autre question que sa simple existence à quoi elle viendrait en quelque sorte se surajouter : elle est cette existence même. La promesse dit cette vérité, que lexistence du sujet est pour lui la question même dêtre sujet telle quelle apparaît dans certaines réalités qui ne souffrent pas quon en soit excusé. Ces réalités, dont on dit quelles comptent et dont être sujet consiste à prendre la responsabilité, cest delle quil sagit dans la promesse cest-à-dire dans la séduction : ce sont elles quon reconnaît dans ce qui nous séduit, cest-à-dire dans ce qui nous rappelle pratiquement cest-à-dire par le détournement que notre question nest jamais celle de notre bien.
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