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(Ce texte paraîtra sous cette forme dans les actes du
colloque)
La notion dun moment singulier de lhumain est celle dun moment où sy décide quon soit humain. Si lirréductibilité à la nature est le sens minimal de ce dernier terme, ce moment est celui dune responsabilité quon naura donc pas pour nature immédiate (il y aurait simplement lhumanité et aucun « moment singulier de lhumain ») mais dont on aura dès lors pris la responsabilité : quêtre humain ne soit plus notre condition mais notre affaire. Doù la nécessité didentifier lhumain au sujet ayant pris la responsabilité dêtre sujet, responsable en somme dêtre responsable avant de lêtre de ceci ou de cela. Et certes, cest la définition même de la responsabilité dès lors quon loppose à linnocence des processus naturels quelle porte avant tout sur elle-même (par exemple un responsable social est dabord responsable doccuper son poste, davoir au moins accepté dy être nommé, avant de lêtre de ce qui pourra lui être imputé ès qualité).
Parler dun moment singulier à ce propos exclut quil sagisse dune simple nécessité de structure. La question de lhumain devient alors celle dune rupture et dune donation, autrement dit dun événement, et par là dune rencontre : quelque chose a dû nous mettre au pied de la décision dêtre humain cest-à-dire sujets dêtre sujets, avérant quil ne suffisait pas dêtre un sujet pour, précisément, être un sujet. Ainsi sommes-nous devenus identiques à notre propre question, puisque la responsabilité quon en aura prise ou refusée interdit désormais que lhumanité ou lêtre-sujet constituent une nature, quelque chose à quoi un savoir satisfaisant puisse jamais correspondre.
La question dun « moment singulier de lhumain » est par conséquent celle dune rencontre dont chacun tienne indistinctement dêtre sa propre responsabilité et sa propre question.
Or une question est une exigence de réponse. Cette rencontre qui nous a causés comme humains en nous faisant sujets de la condition même dêtre sujets nous a donc voués à une certaine réponse à la question dêtre sujet, une réponse qui soit réelle puisquil doit sy agir dune prise de la responsabilité dêtre responsable. De cette réponse, dès lors, il ne suffira pas dêtre sujet comme nimporte qui lest pour nimporte quoi, mais dêtre vraiment sujet Sil y a un moment singulier de lhumain, il sagit dun événement quil faut penser subjectivement comme le devenir vraiment sujet du sujet.
La notion dun tel moment articule donc deux questions : 1) Quest-ce quon a rencontré pour quil ne suffise pas dêtre sujet pour être sujet ? et 2) De quoi est-on sujet quand on est vraiment sujet ?
La question est dabord celle de la rencontre, par là même décisive, de ce qui rend sujet dêtre sujet. Elle concerne donc une chose qui compte. Il ne faut pas confondre ce qui compte et ce qui importe : la première notion concerne notre institution comme sujets pour la responsabilité au sens où ce qui compte nous compte au nombre des sujets, et institue notre existence à partir du fait dêtre être concerné par ce comptage. Les choses qui importent supposent au contraire quon soit déjà sujet et déterminent le contenu et les modalités de cette réalité instituée par ailleurs. Prenons un exemple : en Europe, si ce terme désigne une responsabilité (un destin singulier : être soi pour soi et pour les autres) et non pas un simple ensemble de coordonnées géographiques, économiques et politiques (une destinée particulière : conséquence dune situation), langlais est évidemment la langue la plus importante. Mais la langue qui compte, cest le latin lequel na quasiment plus dimportance. Pour prendre lexemple plus banal dun enfant en qui les siens auraient placé leurs espoirs de promotion sociale, on dira que lécole est pour lui la chose la plus importante (il y passe le plus de temps, y consacre le plus dénergie, etc.) mais que sa famille est ce qui compte (elle lui donne la responsabilité dêtre responsable), et ainsi de suite pour tous les exemples quon voudra prendre. Le moment singulier de lhumain est donc la rencontre de ce qui compte.
Si lon demande au sujet ce qui compte pour lui et comme sujet, il dira toujours que cest son bien, puisque cest à partir de lui quil se reconnaît comme manquant et comme ayant à assumer son manque, cest-à-dire comme sujet se prenant en charge. Le moment singulier de lhumain serait donc celui de la rencontre du bien sous une forme ou sous une autre
De quel sujet responsable dêtre sujet le bien est-il alors linstitution ? Le sujet répond en décrivant son rapport au bien : on le choisit chaque fois quon a le sentiment de le reconnaître. Le sujet du bien se désigne donc dans sa réalité comme le sujet du choix. Et certes, tout choix est choix du préférable, cest-à-dire du meilleur tel quil apparaît sur le moment. Si la question du « moment singulier de lhumain » est, comme prise de la responsabilité de soi, celle du passage dêtre sujet à être vraiment sujet (prendre la responsabilité de sa propre condition de sujet), elle serait donc celle du moment de choisir ? On peut raisonnablement le penser car il est indéniable quen choisissant ce que je choisis, je me choisis moi-même (et donc aussi lhumanité telle que jestime quelle doit être, dit Sartre). La question du sujet serait en même temps celle du bien et celle du choix.
Elle est paradoxale, parce que son inhérence au savoir interdit quelle se pose ! Cest en effet le savoir qui institue nécessairement et surtout exhaustivement le meilleur comme tel, sans que le sujet ait donc à en prendre le moins du monde la responsabilité : celui qui est compétent en mécanique voit tout de suite que cette voiture-ci est préférable à cette voiture-là et que, toutes choses égales par ailleurs, cest elle quil faut acheter. Il ny a pas de différence entre sa détermination de sujet par cette compétence (cest un mécanicien) et limpossibilité quil ne voie pas que cette voiture est la meilleure ; de sorte que la réalité du savoir et la visibilité du meilleur sont transcendantalement le même. Et nous avons tous fait lépreuve de notre ignorance dans notre incapacité à reconnaître le préférable là où il était forcément, cest-à-dire là où il aurait été impossible à une personne compétente de ne pas lapercevoir. Si donc il arrive souvent que le bien (ce quil faut faire : assumer le préférable comme tel) ne soit pas évident, cest parce que le savoir nest pas assuré soit en lui-même quand on ne possède pas la réponse aux questions quon se pose, soit dans son opposition à dautres savoirs également valables et dont on ne sait pas comment assurer la conciliation ou la mise en hiérarchie (cas des dilemmes où deux nécessités séquivalent). La réalité du savoir, autrement dit, ne se distingue pas du fait que ceci soit actuellement préférable à cela, sans que nul nait jamais à en prendre la responsabilité. Quon veuille malgré tout insister sur la responsabilité quun sujet devra assumer de sa propre responsabilité, et lon fera seulement appel à un savoir réflexivement différé (par exemples : « il était évident que je devais étudier la mécanique automobile », ou « je ne savais pas quil fallait acquérir ce savoir ») : un savoir « méta » vaudra pour le sujet de la réflexion exactement comme un savoir spontané aura valu pour le sujet du choix, le caractère préférable de ceci par rapport à cela se réitérant à un niveau supérieur.
Par où lon aperçoit 1) que le sujet du bien est identique au sujet du savoir et, de ce que celui-ci comprenne en lui-même sa nécessité, 2) que la question du bien exclut paradoxalement quun sujet y soit jamais en question.
Or lidée dêtre responsable de sa responsabilité même na-t-elle pas comme envers la nécessité pour chacun quil soit identique à sa propre question, qui est la question dêtre sujet ?
On objectera quil faut distinguer entre le bien qui serait régional et qui est en effet purement inhérent au savoir, et le vrai bien, qui vaudrait pour le sujet en tant que sujet quant à être sujet. Mais quest-ce que le vrai bien, relativement à la question du sujet, si cest de sa responsabilité quil est dabord responsable ? Voici la réponse : on appelle « vrai » bien ce bien particulier qui interdit à la question que le sujet est pour soi de continuer à se poser. Cette notion suppose en effet quadvienne un moment littéralement salutaire où la question soit réglée une fois pour toutes et donc un moment où le sujet nait plus à être sujet (donc responsable) de sa condition (donc de sa question) dêtre sujet. Une réponse à sa question aura pris la valeur de réponse ultime et définitive : il est une créature de Dieu, ou il est un agent historique, ou il est un sujet moral, etc. On découvre alors que la notion de « vrai bien », qui semblait en indiquer une constitution régulatrice, est absolument exclusive de celle de sujet comme ayant à prendre en charge sa condition de sujet.
La notion dun « moment singulier de lhumain » sentend donc en réfutation expresse dune telle hypothèse : ce nest jamais en rencontrant ce qui sauve quon advient à la condition dêtre soi, puisque cette rencontre serait celle de labolition de la singularité dune question toujours en suspens au bord delle-même dans luniversalité dune réponse définitivement assurée et forcément commune. Le même argument apparaît dun point de vue logique, quand on souligne que lidée dun « vrai bien » est corrélative dune dernière signification qui fasse réponse, dun savoir total et définitif sur ce que cest quêtre sujet : limpossibilité quil y ait jamais de dernier terme en est la récusation expresse puisquelle est identique à la susceptibilité pour cette réponse dêtre complétée, précisée, commentée, infléchie, modulée, bref à la nécessité quelle reste suspendue malgré tout. Il y a irrécusablement des biens, par exemple la santé pour le malade, mais ils ne riment finalement à rien, à aucune assurance de dernière instance dont il resterait encore forcément sans raison à décider de la valeur. Lirrécusable assurance des biens régionaux laisse donc ouverte la question dêtre sujet qui est la réalité du sujet ; et cest seulement en apparence, ou dans le mensonge, quelle aurait pu lui servir à sassurer de soi en sassurant de son bien.
Et puis sil y avait un bien ultime, on ne pourrait en limiter le prix. Quon le fasse malgré tout montrerait quon ne le considèrerait pas comme ultime. De sorte que lidée dun dernier bien, immédiatement ou réflexivement (on peut imaginer que le « vrai » bien consiste à renoncer à tout bien), est finalement identique à celle daccepter un prix qui soit sans limite. En quoi on donne tout simplement la définition de la misère. Est en effet misérable celui qui est prêt à nimporte quoi pour obtenir ce quil veut. En somme la notion de vrai bien (de salut) est non seulement un mensonge parce quelle fait semblant dignorer que lidée dune réponse définitive est absurde, mais elle est surtout misérable parce quelle est celle dun bien dont il serait contradictoire de limiter le prix. On ne dépasse pas la régionalité des biens et le sujet ne cesse pas davoir pour existence linsistance de sa propre question.
Doù cette conclusion que la question du sujet nest pas la question de son bien, et quil se méconnaît totalement dans sa certitude didentifier son bien à ce qui compte pour lui. Disons-le autrement : le moment singulier de lhumain est le moment où tombe la question du bien. Et comme la notion de salut supposait un savoir que son caractère ultime permettait de confondre avec la vérité, on déduit aussi de limpossibilité pour le sujet de confondre sa question avec celle de son bien que le moment singulier de lhumain est celui où le savoir cesse de pouvoir être pris pour la vérité.
Le moment dadvenue de la responsabilité paraissait être celui du choix, parce quil est indéniable que je me choisis moi-même en choisissant ce que je choisis ce qui correspondrait à lidée de prendre la responsabilité de sa propre responsabilité.
Or ce que je choisis, cest nécessairement le préférable : cela que le savoir, tel que jen dispose consciemment et inconsciemment et même tel quil me constitue, fait apparaître comme tel. Le sujet du choix imaginait que son bien était ce qui comptait ; mais nous découvrons que cest en réalité son savoir. Quand on sait, le préférable est évident et le choix est absolument automatique ; quand on ne sait pas, le choix est impossible ; de sorte que par « choix » cest une fonction subjective du savoir quil faut entendre, malgré les protestations de la conscience représentative qui veut y apercevoir sa liberté. Entre les extrêmes de la parfaite compétence donc du choix automatique et de la parfaite incompétence donc du choix impossible, nos choix sont plus ou moins difficiles ou problématiques parce que les savoirs sont multiples, insuffisants et impurs.
Quen est-il de la responsabilité dans ce contexte ? Si le choix se révèle judicieux, je pourrai mimaginer en avoir été le sujet, puisque je me confondrai avec mon savoir : après avoir lu des ouvrages de mécanique, jai bien fait de choisir cette voiture, et je me félicite de navoir pas suivi les injonctions publicitaires qui tendaient à men faire acheter une autre. Mais sil se révèle mauvais, ce sera au savoir que je ferai porter une responsabilité dont je métais juste imaginé, tout à lheure, quelle était la mienne : aux reproches quon me fera, je répondrai toujours que je ne savais pas, que je ne pouvais pas savoir, que je ne savais pas quil fallait savoir, bref que cest à chaque fois les insuffisances du savoir quil faut incriminer et surtout pas moi. Le sujet du choix est toujours bon ou innocent : lidée de choisir le mal est simplement absurde[1]. On se représentait donc le choix comme une prise de responsabilité personnelle non seulement quant à lobjet mais encore quant à soi comme sujet, et nous découvrons quil est en réalité une démission radicale de toute responsabilité assortie dune illusion narcissique. On aperçoit alors quidentifier le moment singulier du sujet au moment de son choix est une désinvolture, cest-à-dire à la fois une fausseté et une indignité relativement à la question de la responsabilité dêtre sujet. En somme, cest du même mouvement que nous reconnaissons le sujet navoir pas pour question celle de son bien et nêtre pas là où il est pourtant certain dêtre, dans son choix.
Pour
le sujet, refuser de placer son existence dans son choix et sa vérité dans son bien, cest refuser dêtre irresponsable
de soi par identification au savoir et par défaussement sur lui de la question du mal.
Mais on peut avoir refusé dopérer ce refus, et nen être par là même pas
moins humain.
Doù la nécessité de faire du « moment singulier de lhumain » celui dune alternative : ou bien le savoir compte (choix) et on est dans la trahison de sa propre responsabilité au profit du savoir dont on aura originellement décidé de sautoriser, ou bien il ne compte pas, et la responsabilité dêtre sujet pourra être prise comme celle dêtre vraiment le sujet quon était déjà.
Prendre la responsabilité, cela sappelle décider. Le moment singulier de lhumain est donc celui de la substitution de la décision au choix. Comment penser la substitution du préférable quon choisit à la responsabilité dont on déciderait ?
Commençons par indiquer les caractères essentiels de la décision, par opposition à ceux quil faut reconnaître au choix. On peut les présenter ainsi :
1) On ne décide que sans le savoir, sinon cest un choix, comme on le voit de ceci quon signe une décision alors quon explique un choix. On décide quand il ny a pas de raisons, ou quand les raisons sont exactement équivalentes, ou quand il faut encore prendre la responsabilité de ce quon posera, même en suivant les raisons. Par exemple un chef dEtat décide même si sa décision suit lavis des experts quil a consultés : leur savoir importe, mais il ne compte pas.
2) Justement de ce que le savoir des choses ne compte pas, il faut reconnaître à la décision quelle ne porte quillusoirement sur ces choses qui sont en effet ce que le savoir dit quelles sont. Doù ce paradoxe quune décision ne peut être ni bonne ni mauvaise ! Elle ne le sera que pour la réflexion qui, a posteriori, la considèrera comme un choix et par là même comme un défaussement de responsabilité : telle décision politique sest par exemple révélée catastrophique, et il en aurait été autrement si le chef dEtat avait été informé de tel aspect de la situation quil ignorait sur le moment, ou avait su quil fallait en être informé. Mais comme décision, cest-à-dire dans son irréductibilité au choix que la réflexion pourra toujours en faire, elle est seulement lacte dun sujet qui a pris une responsabilité, et qui a pris la responsabilité de prendre cette responsabilité. La décision na donc pour objet que dêtre responsable : dans la méconnaissance produite par lintérêt de lobjet et donc malgré soi, un sujet y décide exclusivement dêtre sujet. En quoi elle est bien formellement « le moment singulier de lhumain ».
3) Nous avons vu que le choix était identique à sa propre méconnaissance, et que la présence du sujet à ce quil faisait était ou bien la source dune illusion (quand le choix sest révélé positif) ou bien celle dun défaussement (quand il sest révélé négatif). Dans la décision cest très différent parce quelle nest que son propre après coup et jamais sa propre réalité. Décider, en effet, cest réaliser que la décision est déjà prise depuis un moment au fond de soi, et quon ne le savait pas. Dans les exemples du mariage ou du divorce, le couple qui décide prend par là même conscience quil était déjà installé dans cette idée sans le savoir, et sa décision consistera donc à entériner une décision prise parfois depuis des décennies.
4) Toujours prise avant même quon songe à la prendre, la décision ne renvoie donc pas aux habituelles identifications à autrui. Ce que je choisis, nimporte qui le choisirait dès lors que son savoir serait identique au mien ; de sorte quexpliquer un choix revient à expliquer aux autres quil aurait été le leur sils sétaient trouvés dans la même situation objective et subjective. Tout choix est commun, dans tous les sens du mot. La décision quon signe est au contraire un acte de solitude, et même de vraie solitude : non seulement sans les semblables quon ne peut mettre à sa place puisquon ny était pas soi-même mais encore sans soi et enfin sans le savoir, pour cette même raison. La vraie solitude nest pas dêtre sans les autres, mais originellement dêtre sans le savoir et donc sans soi. Qui ne cède pas sur sa décision dêtre sujet se condamne alors à une solitude définitive, et dautant plus étrange quelle restera étrangère à celui quelle concernera.
On peut dire ainsi que « le moment singulier de lhumain » est celui de la distinction actuelle entre choisir et décider ce qui revient à dire que ce moment est celui d un arrachement à la logique du choix. La question devient donc de savoir ce qui a pu nous arracher à cette logique tellement évidente, la logique du monde et de la vie commune.
Si lon a été arraché à la logique du choix et mis dans la logique de la décision, cest forcément quon a rencontré une réalité « décisive » à qualifier ainsi ce qui nous a mis au pied du mur de notre responsabilité dêtre sujet.
On ne choisit pas de considérer une réalité comme décisive, et on ne constate pas non plus quelle lest faute de quoi nous serions dans le défaussement du sujet sur un savoir dont il se serait toujours déjà autorisé. Le paradoxe de telles réalités est par conséquent quon en décide. Une réalité décisive est une réalité dont on décide quelle est décisive. Disons-le autrement : on choisit ce qui importe, mais on décide de ce qui compte.
Evidemment, toute la difficulté dune telle notion cest-à-dire de lidée quil y aurait «un « moment singulier de lhumain » est quil ne faut pas être accusé darbitraire dans la désignation de ses objets. Comment concevoir une réalité quon prenne la responsabilité de distinguer des autres, sans quil sy agisse ni dassumer une réalité préalable et commune dont nimporte quelle réflexion eût fourni le savoir, ni dexercer un arbitraire expressément exclu par la simple notion de responsabilité ?
Lexamen de la question permet de dégager a priori les caractères suivants, qui sont subjectifs et objectifs. Nous verrons sils suffisent à opérer le rassemblement de la distinction quon aura opérée en reconnaissant certaines réalités pour décisives, et de la prise de responsabilité quun sujet aura faite de sa propre responsabilité.
1) Comme le savoir ne compte pas en elle (sinon ces réalités seraient objets de choix et non de décision), on en aura fait lépreuve et non pas lexpérience (on obtient la notion dépreuve en retirant sa référence au savoir à celle dexpérience).
2) Lexpérience enrichit mais lépreuve marque. Une réalité décisive est donc marquante : elle nous distingue du sujet commun (celui de lexpérience et donc de la réflexion) quon reste forcément par ailleurs. On est toujours le même, après lépreuve, mais on est désormais un autre. Le décisif est alors corrélatif de ce nouage didentité et de différence quil faut nommer distinction, et qui est pour un sujet limpossibilité dêtre le semblable de semblables dont par ailleurs (mais par ailleurs seulement) il ne diffère pas. Est par conséquent décisive une réalité qui exclut du sujet que compte pour lui ce qui compte pour ses semblables et donc aussi pour lui-même: le service des biens et du bien en tant quil ne diffère transcendantalement pas de la nécessité pour tout objet de sinscrire dans lhorizon dun savoir quon puisse réfléchir[2]. Bref une réalité décisive nous met définitivement en porte-à-faux par rapport nous-mêmes.
3) Les réalités décisives sont forcément contingentes et donc événementielles : en ce qui les concerne le savoir ne vaut jamais qua posteriori et jamais de manière constitutive comme il en est des réalités simplement mondaines cest-à-dire communes (par exemple on peut toujours montrer la Révolution française était à la limite nécessaire et quen somme il ne sest rien passé de sorte que cest le même de reconnaître son événementialité et de reconnaître que ce savoir, indubitable par ailleurs, ne compte pas).
4) Corrélativement à la distinction de lépreuve et de lexpérience, une chose décisive se reconnaît à ce que son savoir ne peut pas être sa vérité. Et cela, il faudra en prendre la décision puisquon peut au contraire décider den rester à lirrécusabilité du savoir dont on sautorisera pour se tenir dans la réalité commune et le légitime service des biens. On le voit a contrario dans les choses saturées de savoir (casernes, bâtiments administratifs, centres commerciaux, produits industriels) qui sont exactement ce que le cahier des charges a dit quelles devaient être : aucun sujet de décision ny est impliqué mais seulement un sujet de savoir (ingénieur, urbaniste) et donc de choix. (Bien sûr, on peut toujours imaginer une reprise de second degré de ces choses saturées pour en montrer le caractère secondairement décisif ce dont lart contemporain ne cesse de donner des exemples.) On mentionnera ensuite toutes les choses de lesprit, en quoi on peut toujours décider de voir des documents et les restes dune idiosyncrasie sociale et individuelle, mais qui ne sont choses de lesprit que pour autant que cela ne compte pas. (Définition de lesprit : lêtre en question du sujet, quant à ce quil soit sujet, dans ce dont il est le sujet.) Enfin il faut parler du sublime dont la notion est celle de la récusation actuelle du savoir par la vérité. Quil soit en effet expressément exclu, pour une chose où dès lors le sujet saperçoit en question comme sujet, que le savoir satisfaisant quon a delle soit jamais identifiable à sa vérité, et on la dira sublime (par exemples le savoir dune tempête : un moment objectif des échanges thermiques entre latmosphère et locéan ; ou le savoir de lhumanité : une espèce parmi dautres également issue des hasards naturels).
Dès lors que la vérité exclut le savoir et que cela constitue le caractère décisif de certaines choses, on dira que la catégorie essentielle du décisif est lautorité. Cest le même dêtre décisif et de faire autorité, de décider et de faire acte dautorité. Doù cette conclusion formelle : le moment singulier de lhumain est le moment de lautorité.
Ainsi comprend-on que les réalités décisives nous mettent au pied du mur de prendre la responsabilité dêtre responsables : lautorité qui simpose de ce que le savoir négale pas la vérité et par conséquent de ce quil ne compte pas, nest pourtant là quà la condition quon ait pris la responsabilité de la reconnaître comme autorité ce que le savoir exclut davance puisquen fait lautorité nest rien (ce qui est quelque chose cest le pouvoir ou la puissance) et quil est par conséquent toujours possible de dénier toute implication dexistence subjective en récusant quil y ait des réalités « décisives ».
Fixons un paradigme : la loi nest en fait quun rapport de forces sociales à un moment donné de lhistoire dun pays ; or si lon décide que ce savoir irrécusable ne compte pas, on se trouve devant lautorité de la loi, dont on aura ainsi pris la responsabilité dans le moment même où elle fait de nous des citoyens responsables. « Respect » est le nom quil faut donner à cette corrélation. Ainsi respecter la loi, alors quon sait quelle est seulement lexpression dun rapport de forces, cest prendre la responsabilité quelle soit la loi et par là quon lui soit assujetti, et surtout cest prendre la responsabilité de prendre cette responsabilité. Dès lors advient le sujet contre son habituel défaussement dans le savoir et dans les places : dans un moment singulier où il décide de sa propre existence subjective là où elle lui est donnée cest-à-dire là où le savoir négale pas la vérité, en exclusivité à toute éventualité représentative.
Présentons la même chose autrement : cest la réalité de la loi quelle soit un rapport de forces sociales, mais ce savoir nen est pas la vérité le sujet advenant dans la décision de ce « mais » quil ne prend pas actuellement (ce serait choisir de ne pas réduire la loi à un phénomène social pour assurer le service don ne sait quel idéal) mais dont il reconnaît quelle est déjà prise sans lui, qui ne fait en quelque sorte que constater. Cela revient en somme à reconnaître sans le savoir (car lui a seulement le sentiment de suivre une évidence) quil était sujet là où il était impossible que la loi fût ramenée à sa réalité factuelle, cest-à-dire fût ramenée à ce que le savoir avérait légitimement quelle était. Concrètement le sujet ne décide donc de rien sinon davérer après coup et sans le savoir (ce qui est proprement décider !) des impossibilités éthiques de céder sur sa propre responsabilité dêtre sujet, telles quelles apparaissent dans des évidences qui restent injustifiables puisquelles ont pour sens que le savoir ne compte pas autrement dit que la réalité en question ait été décisive. Dans notre exemple qui sert de paradigme, il sagit que la loi ne soit évidemment pas ce que nous savons pourtant quelle est, ce « ne pas » désignant après coup le lieu où lon aura été sujet ce dont le respect quotidien de la loi sera ensuite la prise de responsabilité.
On voit ainsi quune réalité décisive ne lest pas en elle-même, mais nest pas non plus lobjet dun vouloir arbitraire : à jamais étranger à lui-même, toujours reconnaissable par nous dans laprès coup davoir été là où il ne pouvait pas savoir quil était, le sujet est sincèrement voué à constater des états de choses dont il peut même pousser la méconnaissance jusquà les croire objectifs à ceci près quil restera en porte-à-faux par rapport aux nécessités du savoir commun et de sa propre réflexion. Restera en somme une souffrance : que le savoir, où tout doit pouvoir se résoudre et hors de quoi rien ne puisse être envisagé, ne soit pourtant pas ce qui compte, sans quil puisse jamais mentionner autre chose.
Parce quil faut lentendre uniquement à partir de lépreuve de réalités dès lors « décisives », la question de la décision nest donc pas, idéalistement, celle dun « vouloir ». Cest uniquement la question dune souffrance : celle dêtre sujet sur le mode exclusif de lavoir été (par opposition à la méconnaissance du « je veux »), davoir été sujet là où lon ne pouvait pas savoir quon était, là où lon na même pas besoin de savoir quon était, là où se décidait hier quon ait aujourdhui à signer. On le fera dans létrangeté de devoir prendre la responsabilité de ce quon ignore pourtant toujours[3] : non pas quon soit mais quon ait été sujet. Bref, décider, cest prendre la responsabilité dune responsabilité quon avait déjà prise malgré soi : celle dêtre sujet.
Elle sassure dune part contre la notion de mensonge, dautre part contre la notion de savoir[4]. Le mensonge est de sidentifier à une réponse qui vaudrait pour la question dêtre sujet alors que chacun est singulièrement sa propre question, être sujet nétant pas la nature du sujet à quoi il lui suffirait dêtre conforme, mais son affaire. Dautre part cette réponse devrait forcément être ultime afin de correspondre non pas à un souci particulier du sujet mais à son existence et aucune signification ne saurait être la dernière. Les deux raisons se correspondent.
Parce
quil ny a jamais de dernier mot, limpossibilité que le savoir
soit ultime laisse un vide qui interdit quon le confonde avec la vérité. Celle-ci
nest donc pas un supplément de savoir qui ne ferait que repousser la question, mais
dabord une place : celle du terme toujours manquant et dont la présence
aurait absolutisé le savoir. Ce dernier ne suffisant jamais, cest exactement à
cette place que simpose la décision. Ainsi avons-nous affaire à lindistinction de lémergence du sujet
quant à être sujet et de lobjet quant à ce quil soit décisif. Au bord
extérieur du savoir, lobjet ne peut pas être constaté comme étant vrai (la
vérité nest donc pas une qualité) puisquil est reconnu là où il faut décider et non pas savoir. Ce quon traduira
ainsi : reconnaître le vrai, cest prendre la
responsabilité quil soit vrai.
Là où le sujet, sans le savoir donc hors de toute éventualité de choix, décide, il ne décide que de lui-même comme prenant la responsabilité dêtre responsable (on a vu quune décision nétait ni bonne ni mauvaise) ; et comme lobjet de la décision est reconnu exactement à la place quil faut dire de la vérité, on en conclut que lobjet de la décision est toujours le vrai quant à ce quil soit vrai. Là où un sujet est sans excuse dêtre sujet, autrement dit là où il prend la responsabilité dêtre un sujet (quêtre sujet soit son affaire et non pas sa nature), se trouve donc le vrai. Doù cette corrélation : dune part le décisif est cet objet très particulier en quoi se joue quun sujet prenne la responsabilité dêtre un sujet, et dautre part le vrai est cela dont un sujet répond quand il le fait seulement comme sujet, là où le savoir négale pas la vérité cest-à-dire là où savoir ne compte pas.
On découvre alors que la question du sujet, celle quil était pour lui-même dans les réalités décisives quil a reconnues et qui est la question dêtre sujet, est désormais la question de lobjet quant à ce quil soit vrai. Voilà par conséquent le moment singulier de lhumain : le sujet découvre que sa question nest en vérité que la question du vrai. Par ailleurs il continue de reconnaître, cest-à-dire de méconnaître, sa propre question dans celle de son bien (son plaisir, son utilité, son bonheur, son salut).
Le moment singulier de lhumain est alors le moment où tombe la question quon est pour soi : il appartient toujours au sujet dêtre sa propre question (la question dêtre sujet), mais cela ne compte plus. Là, et là seulement, dans cette chute, il est vraiment sujet : le passage a eu lieu du décisif au vrai. Ou pas. Car on peut malgré tout avoir décidé den rester au savoir quon fera semblant de pouvoir confondre avec la vérité en déniant que rien soit jamais décisif, cest-à-dire en ayant pour existence lindéfini renouvellement des nécessités immédiates et / ou réflexives (le service des biens et / ou du bien).
Si le moment singulier de lhumain est celui de lautorité et sil faut lentendre comme un passage, alors il sagit forcément du passage de lautorité quon a reconnue aux réalités décisives, à lautorité dont, pour la seule raison quon aura pris la responsabilité dêtre un sujet pour la vérité en les reconnaissant comme décisives, on sera soi-même et malgré soi le titulaire. Le titulaire de lautorité, quand elle est originelle cest-à-dire identique au refus de céder sur la responsabilité quon a de sa condition de sujet, cela sappelle un auteur. Le moment singulier de lhumain est donc celui du passage dêtre sujet à être auteur. Tel était lenjeu de la question : ce quon peut nommer, en empruntant à Deleuze un type de formulation, le devenir auteur du sujet.
Cest
donc à avoir à être un auteur quon est humain, non pas au sens où il
sagirait don ne sait quel idéal ou mission métaphysique incombant à chacun
pour quelque raison de structure ou quelque prescription divine, mais au sens où on
advient seulement à sa propre responsabilité
de sujet en avérant quil y a des choses qui comptent (des « réalités
décisives »). Car ces choses dont il faut décider davoir décidé font par
là même de chacun un chargé de vérité comme
il y a des chargés denseignement ou des chargés daffaires, dès lors que
cest là où le savoir ne compte pas quil les a reconnues : cest le
même davoir fait advenir le décisif comme tel contre toute raison, davoir
ainsi pris la responsabilité dêtre responsable et, depuis cette place qui est indistinctement celle de la
vérité et de la responsabilité,
davoir à porter la responsabilité du
vrai quant à ce quil soit vrai. Prendre
la responsabilité du vrai comme vrai, cela sappelle faire acte dautorité. Impossible dès lors de désigner
autrement que comme « auteur » le sujet qui a fait de sa responsabilité non
pas sa nature mais son affaire, et ainsi de sa
question subjective (celle dêtre sujet) la question du vrai (celle de la vérité).
Quest-ce
quun auteur ? La réponse est simple : cest un sujet dont la
question propre est tombée. Le sujet est sa
propre question (la question dêtre sujet) quil tient des choses qui comptent
; mais la question de lauteur,
cest-à-dire du sujet en tant quil prend réellement
la responsabilité dêtre sujet au lieu dy parer par le savoir et les
réponses communes, est celle du réel de cette
prise de décision réel que dès lors il est impossible de ne pas désigner comme
le vrai (cest à la place de la vérité quil se tient). La signature, qui
avère quon prenne désormais sur soi que le vrai soit vrai, dit cette chute :
là où la question était pour le sujet dêtre sujet, elle est désormais pour
luvre dêtre une uvre, puisquon nomme ainsi ce en quoi
lauteur a mis sa question qui est celle
dêtre un auteur.
Le moment singulier de lhumain est le moment de luvre comme nécessité ; ou, pour le dire subjectivement, cest lavoir à être « auteur » quon peut méconnaître ou dénier mais qui cause lhumain comme tel cest-à-dire comme en question pour soi-même. Luvre nest pas du tout le réel du sujet : cest le réel de léthique dêtre sujet par opposition à la démission de soi qui définit le choix où chacun sautorise de son savoir et / ou de sa place. Son universalité est donc évidente : si elle correspondait à la question particulière dun sujet, elle nintéresserait que lui ; or elle marque tout sujet parce quelle est, à titre de réel irréductible aux raisons du monde, léthique même dêtre sujet. Chacun y reconnaît formellement son affaire qui est celle dêtre sujet et, dans sa déterminité, la manière dont il aura été possible de mener cette affaire[5]. Cela nest évidement envisageable quà ce quon refuse de céder sur sa propre responsabilité de sujet pour le vrai : le spectateur, le lecteur ou le témoin ne reconnaît une uvre quà dabord décider quelle est une uvre quand il est seulement irrécusable dy voir un document ou un moment historique, social, psychologique ou, pire, culturel.
On veillera donc à navoir pas une conception trop étroite de luvre et à ne pas sortir de la définition qui vient den être donnée (« le réel de léthique dêtre sujet »). Chaque fois quun sujet refuse de démissionner de sa responsabilité au profit de son savoir ou de sa place, autrement dit chaque fois quil refuse la désinvolture subjective attachée à ces déterminants, on doit nommer « uvre » (ou « vrai ») ce quil pose par là même exemplairement. Le critère subjectif est simple : il prend réellement la responsabilité dêtre responsable quand sa question tombe pour devenir la question propre de ce quil fait, qui nous apparaîtra comme celle de son exemplarité. Cela signifie concrètement que la vérité du sujet ne peut pas être récupérée comme un bien singulier quil aurait eu lhabileté de se réserver : sa « vérité » quil pourrait enfin se réapproprier, puisque cette vérité est désormais laffaire exclusive de luvre quant à ce quelle soit une oeuvre. Le sujet qui ne cède pas sur sa responsabilité dêtre responsable agit donc en pure perte, car sa définitive étrangeté à lui-même (quil peut tout à fait méconnaître) est son indifférence à la question du bien[6].
Le moment singulier de lhumain est celui de
lalternative originelle du bien et du vrai : ou le bien dont on assume le
savoir, ou le vrai dont on prend la responsabilité.
Elle
est apparue successivement quand on a dû opposer ce qui compte à ce qui importe,
lexplication du choix à la signature de la décision, la présence et la
familiarité du moi à laprès coup dun soi toujours étranger, la propriété
subjective de sa question à létrangeté réelle de cette même question. A chaque fois se reconnaît limpossibilité
définitive de la réconciliation. On peut le déplorer et se situer alors dans le premier
terme de lalternative, ou en tirer la conséquence qui est de se mettre au travail,
parce que cela simpose de soi et non pas pour quelque bénéfice
« spirituel » en admettant que ce terme désigne lordre de biens
quon dirait vrais par opposition aux biens mondains dont tout le monde aperçoit la
réalité. Le moment singulier de lhumain nest ni le premier terme, ni le
second mais leur exclusivité comme réelle, cest-à-dire comme décisive. Enoncée
dune manière à la fois normative et négative, lidée du moment singulier de
lhumain est alors celle-ci : depuis une épreuve à chaque fois singulièrement
réitérée dans la rencontre des réalités décisives et qui lui fait reconnaître que
le savoir ne comptait pas, il appartient à tout sujet dêtre pris dans
léventualité de son devenir-auteur. Et ce nest le bien de personne
dêtre un auteur. Par quoi précisément les auteurs sont des auteurs ; et les
autres, plus ou moins, des sages.
[1] Il ny a pas de volonté ayant le mal pour objet mais il y a une volonté mauvaise (Kant). Autrement dit on ne peut pas présentement choisir le mal sauf à en faire un bien de second degré (comme dans le jeu de qui-perd-gagne) et donc à le nier comme mal, mais on peut avoir décidé dêtre mauvais ou même méchant (ce quil ne faut pas confondre : les égoïstes sont mauvais mais ils ne sont pas méchants, puisque les autres leur sont indifférents).
[2] Le bien et les biens que la représentation morale oppose nécessairement à travers les idées dimpératif, dobligation, de tentation, de mérite et autres, relèvent de la même identification du sujet à son savoir, la distinction tenant seulement à ce quil soit transcendantal ou réel : le sujet du bien est celui de la réflexion cest-à-dire de luniversel (une bonne action est celle que nimporte qui doit accomplir comme un résultat en mathématiques est celui que nimporte qui doit trouver ou comme lenseignement dune expérience est celui que nimporte qui doit pouvoir élaborer), alors que le sujet des biens est celui de la particularité, de linhérence mondaine et du savoir concret des situations (par exemples celui de sa santé ou de lintérêt quon aurait à ne pas tenir parole). Ils sont donc irréductibles, mais toujours à lintérieur de cette identité dans le savoir de la question du sujet à celle de son bien, qui fait que le sujet empirique se retrouve dans ses intérêts damour propre et que le sujet réflexif se retrouve dans la nécessité morale, celui-ci étant inséparable de celui-là comme lexpérience de vivre est inséparable de la vie. Cest de cette identité que le « moment singulier de lhumain » est la chute, justement comme singulier et non pas structurel. On pourra traduire cela à la fin de notre exposé en disant que la question dun sujet, dès lors quêtre sujet sentend non pas comme sa nature ou son statut mais comme sa responsabilité (son affaire), nest en aucun cas rabattable sur celle de lhumanité en général. Au niveau des notions, cela revient à dire que la question de léthique (la décision de sa propre étrangeté) est totalement étrangère à celle de la morale (le choix de sa propre universalité).
[3] Ce dont lenvers est quune décision ne soit comme telle ni bonne ni mauvaise.
[4] Lassurer contre lerreur revient à rabattre sa notion sur celle du savoir, et à confondre son problème avec celui de la manière dont le savoir produit et réalise les normes de sa légitimité.
[5] Y montrer un sujet en question quant à être sujet définit linterprétation. Cette dernière notion est lautre versant de la notion dauteur : cest le même de dire que luvre est le lieu où se décide quun auteur soit un auteur et de dire quelle est faite de la nécessité dêtre interprétée, puisque celui qui la reconnaît comme telle a par là même toujours déjà décidé quun certain sujet na pas cédé sur la responsabilité dêtre sujet linterprétation proprement dite étant laprès coup de cette décision (elle est donc vécue dans lévidence et la nécessité, et surtout pas dans larbitraire et le caprice). Cest ce que dit notamment en musique lopposition de lexécutant qui doit être bon (une compétence : justifier des choix) et de linterprète qui doit être grand (une autorité : imposer des décisions).
[6] La littérature et le cinéma nous donnent beaucoup dexemples de cette « autorité » qui ne se limite pas à celle des « auteurs » au sens académique du terme, bien quévidemment cette acception reste la principale. En voici deux empruntés à la culture qui est aujourd'hui celle de tout le monde : Danse avec les loups et Million dollar baby.
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