Quest-ce quune plainte ? (2)
Par opposition à la douleur qui est celle de lexistence, la souffrance est lincidence de la vérité dans la vie, et cest par la vérité quun sujet en est un, quil se distingue du vivant asservi à la nécessité des biens quil est par ailleurs. Toute souffrance divise donc le sujet entre sa réalité qui est son rapport à son bien et sa distinction qui est, selon la vérité qui le cause, son rapport à lui-même comme sujet puisquil ny a pas de différence entre être sujet, avoir à en être un, se rapporter au fait quon en est un, comme le marque la notion de responsabilité. Au-delà des raisons de se plaindre, et qui renvoient toujours à des empêchements dêtre sujet dans tel ou tel domaine ou dans la structure elle-même, il y a donc une raison essentielle de se plaindre qui est quon soit sujet puisquêtre sujet cest avoir à lêtre et par là éprouver les difficultés correspondantes. Et il est sûr que la question de la plainte est aussi celle de lépreuve : si le sujet est fait de sa propre impossibilité, cest le même de se plaindre dêtre sujet et de se plaindre dêtre éprouvé. On peut donc définir la plainte comme le discours de lépreuve, laquelle est toujours celle dêtre sujet.
De cette référence à lépreuve,
il suit quon se plaint donc toujours dun certain futur antérieur : dabord
quil impose sa nécessité dans la forme dun « jaurai été
sujet » au-delà de lépreuve dêtre sujet, et ensuite que celle-ci soit
barrée, obturée par des réalités qui la laissent donc en
souffrance, souffrance
qui est donc lépreuve proprement dite. Car souffrir ou être éprouvé comme sujet,
cest pareil. Bref, il faut mettre en corrélation lidée quil ny a
de sujet que causé par la vérité et lidée quil ny a de sujet quen
souffrance, que dans lépreuve dêtre sujet et dêtre le sujet quon
est. La plainte est le dit de cette corrélation.
Disons la même chose autrement : le statut de sujet en général, et surtout dêtre le sujet quon est en particulier, est toujours trop grand pour soi, de sorte que la question du sujet sentend à travers la nécessité énigmatique quil soit à la hauteur dêtre sujet, et quil soit à sa propre hauteur. Cest dabord de ne pas y être quon se plaint.
Se plaindre, cest dire que
« ça » ne va pas. Quoi ? La réponse évidente : être sujet
selon le diverses modalités que cela peut avoir dans autant de domaines. Lobjet
immédiat de la plainte est ainsi le médiateur du sujet à lui-même : cela
qui permet (ou permettrait, justement quand « ça » ne va pas) au projet de se
réaliser, en tant que le projet est toujours en fin de compte celui, impossible, dêtre
sujet. Les raisons que nous avons de nous plaindre déterminent cette nécessité quen
toute plainte, il sagit dun rapport du sujet à lui-même : par lintermédiaire
dune réalité qui peut même être la personne du sujet ou son caractère
comme dans lexemple de celui qui se plaint dêtre velléitaire ou paresseux
il sagit que le sujet ne le soit pas dune manière abstraite et vide
selon la catégorie purement réflexive du statut de sujet mais quil le soit
précisément comme sujet cest-à-dire comme responsable
dêtre un
sujet, et dêtre le sujet quil est. Sil ny a de plainte quà
propos de la difficulté à être sujet, le sens de la plainte est toujours celui dune
responsabilité et donc dune culpabilité de ne pas être le sujet que, justement
comme sujet, on avait la responsabilité dêtre, même quand on se représente quon
lest. Lobjet explicite assure juste la médiation entre soi comme ayant
à advenir à soi, et soi comme empêché de le faire.
On dira que celui qui se plaint de souffrir du dos ninvoque pas une faute quil aurait commise pour ne pas être sujet, mais quil mentionne au contraire une excuse. Or quest-ce quune excuse, justement, sinon une démission de son statut de sujet (certes justifiée, lexcuse étant supposée réelle), et par conséquent une culpabilité quant à la nécessité, qui définit le sujet comme telle, davoir toujours déjà à être sujet ?
La réflexion nous pousse immédiatement à protester contre cette imputation en arguant de la réalité de lexcuse, qui peut même être la meilleure des excuses cest-à-dire la mort. Reprenons lexemple déjà cité : les parents de lorphelin nont certes pas pu lélever, bien quil appartienne à tout parent davoir promis délever ses enfants, puisquils étaient morts. Or si difficile que soit cette reconnaissance au regard de nos complaisances habituelles envers les possibilités dêtre excusés, nous ne sommes pas sans savoir au fond de nous que seuls les lâches ont des excuses, et quil ny a dès lors pas dexcuse à être lâche puisque cest une décision originelle de soi déjà supposée par toutes les excuses quon se trouverait de lavoir prise. Disons-le de manière moins brutale : cette indication dinnocence quon appelle « excuse », justement de ce quelle soit légitime cest-à-dire transférée (ce nest pas moi qui suis responsable mais les circonstances : la réalité na pas permis que ), dit la démission de la responsabilité radicale, qui est encore et toujours celle dêtre sujet. On na jamais dexcuse pour avoir démissionné de soi, puisque la simple éventualité dinvoquer lexcuse a cette démission pour condition. Cette culpabilité est incontestable pour soi, au sens où lon ne peut arguer dune excuse réelle sans la savoir mensongère sinon comme énoncé du moins comme énonciation ; mais elle vaut aussi pour les autres : ignorons-nous que ceux qui sont morts avant davoir pu élever leur enfant avaient malgré tout promis de le faire ?
Cette distinction que je rappelle entre lengagement et la promesse dit celle de ce qui importe (la réalité, les circonstances ) et de ce qui compte (ici la parole implicitement donnée) comme la racine même de la vraie culpabilité, qui est toujours celle de nêtre pas vraiment les sujets que par ailleurs nous sommes indubitablement. Cest que nous sommes constamment en train dopérer la distinction de ce qui importe et de ce qui compte puisquon nest sujet quà ce que ne compte pas ce qui importe ; de sorte que lexcuse, comme savoir, ne pouvant jamais relever que du premier terme, est toujours mensongère par rapport au second (dans lexemple limportant est de savoir que les parents étaient morts ; mais ce qui compte est quils nont pas élevé leur enfant). La plainte, en disant limpossibilité dêtre sujet, dit par là même le fait dêtre sujet comme identique à sa propre distinction. Dit de la souffrance, elle atteste du sujet en tant que tel cest-à-dire pris dans la difficulté dêtre un sujet : elle dit limpossibilité celui quil avait depuis toujours à être (lui-même comme vrai), lui qui a pour vérité que sa propre réalité ne compte pas, ainsi que le montre lopposition de la décision quon signe et du choix quon explique en arguant précisément de cette réalité.
Cest donc toujours de la distinction quon se plaint, puisquelle est notre responsabilité cest-à-dire notre « réalité » de sujet. Si je me plains de souffrir du dos, par exemple, cest bien pour indiquer laberration quil y a pour moi, un sujet capable de décision, dêtre barré dans mon accomplissement de sujet (par exemple que je sois sujet de la promenade) par quelque chose daussi trivial que ma propre réalité. La plainte est bien le discours du sujet comme sujet cest-à-dire du sujet qui souffre dêtre sujet en quoi consiste dabord quon soit sujet.
On voit pourquoi la toute première
demande est toujours, dans la plainte et à propos delle-même, quelle soit non
pas satisfaite mais entendue.
La souffrance, cest toujours que « ça ne va pas » parce quon appelle sujet ce vivant très particulier qui est affecté par la vérité, et donc par une certaine impossibilité de vivre quil faut nommer insistance de cette vérité, ou souffrance. Dans la douleur, ce nest pas la vérité qui insiste mais lexistence, et le savoir se mobilise pour réduire cette insistance. La question de la souffrance apparaît quand léventualité de cette réduction na aucun sens, cest-à-dire quand la question nest plus de la subsumer par un supplément de savoir (par exemple la chimie des antalgiques) mais de lassumer en reconnaissant lessentielle partialité du savoir. Celui-ci reste représentativement lhorizon de la vérité, sauf que ça ne compte pas. (Pour la douleur, par contre ça compte !) Cest de soi comme sujet, là où le savoir ne compte pas, quil sagit dans toute souffrance, alors que cest au contraire de soi comme non sujet (là où le savoir compte) quil sagit dans la douleur (une luxation est nécessairement douloureuse, par exemple : le sujet ny est pour rien). Dans la distinction de la douleur qui pose problème et de la souffrance qui reste énigmatique précisément de ne pas être justiciable dun traitement valant pour la douleur, nous pointons le lieu de la décision (question du sujet comme responsable dêtre sujet), et non plus du choix (question de savoir anonyme). Toute souffrance y tient. On peut dire en ce sens que souffrir consiste toujours à être confronté au décisif.
Doù cette indication, impliquée dans lidée du décisif et dont la portée reste à préciser : il ny a pas de souffrance que la signature ny soit dune manière ou dune autre impliquée. On signe une décision alors quon explique un choix, je lai dit souvent pour opposer la singularité de lacte à lanonymat du savoir. Si lon admet quil y a des réalités décisives en ce quelles nous mettent en quelque sorte au pied du mur dêtre sujet en ouvrant lalternative dassumer dêtre sujet ou au contraire de se défiler par linvocation du savoir et de lévidence réflexive dêtre nimporte qui, on admet quon nen fait pas lexpérience (sujet universel) mais lépreuve (sujet singulier), et quen ce sens elles donnent lieu à de la souffrance. Ces réalités renvoient le sujet à la nécessité quil advienne à sa propre vérité, puisque le propre de léprouvé est quil fasse autorité au-delà de lépreuve. Le décisif nous fait reconnaître la nécessité de faire autorité, sauf bien sûr quil est impossible en première personne dêtre une autorité. On se plaint aussi dêtre confronté à des réalités décisives.
Précisions la corrélation de lépreuve
et de la plainte. Limpossibilité quon soit le sujet quelle réclame
est la réalité de lépreuve : quand il ny a pas dexcès ce nest
pas une épreuve mais une simple formalité. Mais il ne faut pas lentendre dans la
simple acception dune impuissance quon pourrait surmonter. Dune
épreuve, on ne sort jamais : cest un autre qui en sort auquel cest
seulement par ailleurs (du point de vue de la réflexion, qui ne compte pas quand
on parle de vérité et non de savoir) quon peut sidentifier. Et rater lépreuve
signifie nêtre pas un autre, par opposition à celui qui est désormais
un autre (un étudiant et non plus un lycéen, par exemple, alors que lautre est
toujours lycéen). Telle est la différence de lépreuve et du traumatisme :
celui-ci affecte le même en tant que même, alors que lépreuve le récuse.
De quoi se plaint-on, alors, sinon encore et toujours dune certaine épreuve
celle davoir à être vraiment sujet dont on narrive pas à
sortir parce quon reste le sujet quon est en fait ?
Lépreuve être sujet, dès
lors que ce terme désigne une responsabilité et pas un état exige un sujet que
je nai pas la possibilité dêtre ; or elle est mon épreuve cest-à-dire
lépreuve que je fais de moi-même ; donc cest le même dêtre
soi et davoir à être un autre, et de séprouver comme nétant pas en
vérité celui quon est en réalité. En somme cest toujours de sa
propre distinction quon se plaint.
Disons-le autrement, et découvrons lhorizon de notre interrogation sur la méconnaissance constitutive de la plainte : cest toujours dêtre marqué quon se plaint. Voilà comment on peut concrétiser notre compréhension de la souffrance comme insistance de la vérité dans la vie. Car insister, pour la vérité affectant le vivant, cest le marquer, lempêchant ainsi localement dadvenir comme sujet de sa propre vie. Et certes, il sen plaindra, méconnaissant que sa question nest pas celle de sa vie mais celle de sa vérité celle du décisif, tel quune décision (celle den être sujet, forcément) laura instituée.
La plainte dit la souffrance de ne pas pouvoir être sujet, cest-à-dire la souffrance dêtre sujet, en tant que cela consiste à être pris dans lépreuve dêtre sujet. La plainte dit ainsi la contradiction du fait et de la nécessité dêtre sujet. On peut indiquer cette contradiction en disant quil ne suffit pas dêtre sujet pour lêtre vraiment, et quen cette insuffisance réside la réalité éthique du sujet, exprimée par la plainte. Puisquêtre sujet consiste à avoir à lêtre vraiment, alors que le sujet a sa propre impossibilité pour réalité, il faut reconnaître que cest le même dêtre sujet et de savoir quon ne lest pas vraiment dune part, dêtre sujet et de craindre de ne jamais lêtre. Et certes, on nest jamais soi que sans soi : la vérité dun sujet lui est non seulement extérieure mais encore étrangère, puisque cest par définition en lui-même que le vrai est vrai, et non pas dans un sujet dont il serait lexpression. De sorte que la plainte reste le fond de lexpression subjective, justement de ce quelle soit exclusive de la vérité à quoi le sujet, den être originé (limpact du vrai distingue le sujet du simple vivant et par là le cause), est constitutivement voué (on nest sujet quà avoir à lêtre vraiment).
En somme, le fond de notre question est
quon se plaint dêtre à jamais étranger à ce à quoi notre existence
consiste à être voué
Le temps subjectif nest tel que depuis une donation originelle. De même quon ne parle quà ce que la parole nous ait dabord été donnée, on ne vit que dans un temps qui nest le nôtre que depuis une donation originelle par quoi on ait été mis en position de répondre ce qui est indistinctement répondre de soi comme étant bien celui à qui le statut subjectif a été donné et sapproprier le temps de propre la réponse, laquelle nest pas simplement lenvers dune première adresse mais un en plus de reprise subjective. Jinsiste sur ce double sens de la responsabilité : il ny a pas de différence entre répondre de son propre statut de sujet en assumant quune parole, par là même institutrice, ait été donnée, et répondre dun temps qui soit désormais le sien, dun temps donné et pas simplement réel, celui dune vie dont on ait désormais à être le sujet. Tout tient à ce « désormais », dont jai souvent parlé à propos de lépreuve : être éprouvé, cest être désormais un autre. Quon ne soit pas sa propre origine, ou que le temps de la vie soit un temps donné et pas simplement un temps objectif, ou quon ait à être sujet sur le mode du « désormais » cest-à-dire sur le mode de la distinction radicale davec soi, et quon soit originellement un autre, cest donc la même chose. Originé dans la donation, notre temps cest-à-dire notre simple existence subjective est ainsi le temps de la division, celui de létrangeté comme étant la dimension de vérité dont notre vie sera humaine de relever. Que la vérité du sujet lui soit à jamais étrangère, autrement dit limpossibilité quil sy reconnaisse jamais, cest lenvers dune dimension première de son existence subjective comme don. Inversement, simaginer un sujet ayant à se retrouver dans une vérité quil avait commencé par méconnaître, cest dénier que lexistence procède dune donation, puisquil ny a pas de différence entre récupérer et nier que létrangeté soit vraie. Cest le même de dénier au concept dexpression toute pertinence quant à penser le sujet que nous sommes comme nécessité éthique de lêtre, au sens où être responsable consiste dabord à assumer la responsabilité dêtre responsable (en pure distinction à soi, donc), et de reconnaître à lorigine de notre simple existence un don de subjectivité. En quoi on rappelle simplement que notre première parole était une réponse et non pas une initiative et quelle sest par là même inscrite malgré elle dans lhorizon dune initiative antérieure celle de nos parents, bien sûr, et plus généralement de lhumanité qui se perpétue non pas par la reproduction, comme on peut le dire dune simple espèce vivante, mais par le don de soi. Que lexistence soit non pas naturelle mais toujours donnée, cela signifie quil nous est à jamais impossible de simplement vivre, et que la vérité à quoi nous sommes toujours institués dêtre voués, ne sentend pas comme un moment de récupération qui puisse dune manière ou dune autre prendre place dans la vie. Je lai dit souvent : la vérité ne sert à rien. Ou, si lon préfère : les uvres ne sauvent pas.
Mais cela ne change rien à leur nécessité, justement en tant quelle est la leur et pas la nôtre. La nôtre est seulement que la leur soit la leur : que nous advenions de notre propre étrangeté de sujet dans lautorisation qui ouvrira la nécessité quelles seront alors pour elles-mêmes, quand un simple vivant serait advenu de se réaliser dans des expressions.
Or cette nécessité à jamais étrange, à quoi nous sommes voués depuis toujours et dont nous ne saurions tirer bénéfice, même en idée, qui ne voit quelle est une promesse ? Car la promesse se définit bien dêtre une parole donnée, dune part, et dautre part de sentendre en récusation de toutes les importances par ailleurs réelles quon peut reconnaître à la réalité. Que la parole nous ait été donnée ou que notre existence ait pour condition première dêtre une promesse, cest la même chose : la parole nous a été donnée contre la vie, qui est pourtant tout, nous distinguant demblée de notre vie, comme on le voit de ce quelle importe (et certes rien nest plus important que vivre) mais ne compte pas. Exister ou être une promesse de distinction par rapport à la réalité celle-là même que signifie lexclusivité réciproque des notions dexpression et dautorisation cest tout un.
Cest quà se plaindre, on éprouve toujours quon ne tient pas la promesse quon est : sous toutes les raisons quon a de se plaindre, cest toujours de ce regret de cette culpabilité éthique originelle quil sagit. Souffrant, on se plaint donc toujours dêtre commun, de ne pas se tenir dans sa propre impossibilité subjective, alors que dans la douleur, bien au contraire, il sagit de le redevenir.
Cette contradiction donne son sens à lidée de la marque, puisquelle désigne le fait dêtre le même et le fait que cette identité indéniable ne compte pas. Et certes, cest toujours dêtre marqué quon souffre. Mais quest-ce quune marque, concrètement, sinon une promesse ? Par exemple un produit de marque japonaise (le même quun autre, à la marque près) promet de la technologie comme un produit de marque allemande promet de la solidité. La souffrance, dont la plainte est le dit, est par conséquent bien linsistance de la promesse que chacun est originellement. De quoi se plaint-on alors ? de ceci : quon nest jamais à la hauteur de la promesse originelle, celle dêtre vraiment sujet puisquon nest sujet que sans le savoir et que, déjà, nous savons que nous sommes des sujets. Traduite en termes existentiels, cette souffrance est une crainte, celle de navoir jamais été sujet : un autre (ou soi-même en tant quautre) peut bien dire quon la été parfois, comme de toute façon on ny était pas (lidée, par exemple, nous est « venue » : son élaboration sest donc faite en notre absence), pour soi-même, on ne la jamais été.
Doù cette conclusion que rien
ne nous sauve, et que cest de cela que nous nous plaignons.
Je vous remercie de votre attention.
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