Dans la douleur, le sujet sensible bute sur son autre. Quon se coince le doigt dans une porte ou quon perde ses parents (douleur physique, douleur morale), on fait lépreuve actuelle de laltérité du réel relativement aux exigences, ou même simplement aux tolérances, de la sensibilité. Le réel est indifférent, personne ne la jamais ignoré, même peut-être surtout et quand on a passé toute sa vie à vouloir quil ny ait pas de réel. Lépreuve de cette indifférence est la douleur : il ny a rien à comprendre et tout est dit quand on a aperçu une nécessité proprement objective. Par exemple : les parents meurent généralement avant les enfants. Qui a la douleur de perdre ses parents éprouve le réel de cette vérité qui nenseigne rien, qui ne correspond à rien, sinon à la différence des dates de naissance. Quand des parents ont la douleur de perdre leur enfant, ils font pareillement lépreuve du caractère objectif, neutre, et donc inhumain de cette autre vérité que les accidents et les maladies existent et constituent par là même une réalité absolument indifférente aux attachements humains. Mais la souffrance quon a de perdre ses parents (ou ses enfants), elle, enseigne quelque chose. Par exemple quon ne les a pas assez aimés, quon aurait dû leur dire plus quon les aimait, et quil est maintenant trop tard. Dans la douleur la vie bute sur laltérité, dans la souffrance elle est récusée par elle : ici elle est déjà ébauche de sens quand là elle nest que son fait. Or cette ébauche, il est impossible de ne pas y reconnaître celle de la vérité dont, dans la souffrance et non pas dans la douleur, on se découvre manquer. On peut donc aussi bien dire que le réel insiste dans la douleur (cest spécialement évident quand elle est lancinante), mais que cest la vérité qui insiste dans la souffrance.
La douleur donne à réfléchir, puisquà la reprendre subjectivement on peut en tirer un savoir sur les modes quelquefois paradoxaux que prend pour nous lindifférence du réel. La douleur, par exemple dune chute, peut ainsi enseigner aux enfants que les lois de la physique ne sont pas négociables et aux adultes, par exemple dune trahison, que les plus vives protestations damitié ne changent rien au noyau dégoïsme qui leste la vie des semblables. La souffrance, elle, ne donne pas à réfléchir mais à méditer.
Cela signifie quelle nest pas du côté du savoir, puisque le savoir la supprime en la convertissant en douleur, mais du côté de la vérité : là où elle est, il ny a rien à comprendre, mais il y a à penser.
Par cette opposition je veux indiquer quon ne posera pas des réalités (par exemple physiques ou psychologiques) mais des vérités lesquelles, comme telles, ne correspondent à rien. Je ne donne quun exemple, qui sert de paradigme à tous les autres : les souffrances infligées montrent que le mal existe. Cette proposition ne concerne absolument pas la douleur mais seulement la souffrance, puisquà la douleur correspondent des explications cest-à-dire des indications de faits, alors quà la souffrance correspond la reconnaissance dun manque de sens. Le sens manque, et ce manque insiste parfois de manière effroyable. Dire ainsi que le mal existe est à la fois une évidence (comment peut-on ne pas le voir ?) et un non sens (il ny a rien de tel, sinon le malheur né de lindifférence du réel à nos besoins et les conséquences de cette indifférence). Celui qui dirait que le mal existe en arguant de son expérience ne se rendrait pas compte de labsurdité de sa parole : on na jamais que lexpérience du malheur, et notamment du malheur quil y ait des méchants cest-à-dire des gens qui ont le malheur dêtre méchants. Et certes, cest un malheur, puisque nous les plaignons et que nous sommes heureux de ne pas lêtre nous-mêmes. Parler de lexistence du mal, au contraire, ne renvoie à aucun fait quon pourrait objectiver : si le mal était quelque chose, alors ce serait simplement un malheur quune telle chose existe. Cela renvoie donc nécessairement à un au-delà de toute réalité possible : au sens, jamais accompli quand bien même il serait évident, des réalités et non pas à ces réalités mêmes. Or ce sens est subjectivement instituant : ceux dentre nous qui admettent la réalité du mal, cette réalité déjà mauvaise qui interdit de ramener le mal à la neutralité dun malheur métaphysique (ce serait un malheur métaphysique que le mal existe comme cest un malheur humain, certes bien moindre, quil pleuve aujourdhui), ne vivent pas du tout de la même existence que ceux qui, comme le pharmacien Homais, sen tiennent à ce qui est objectivable : être sujet quand on a affaire à la réalité infinie du mal (la réalité du mal est déjà un mal), ce nest pas du tout la même chose quêtre sujet quand on a affaire à la réalité finie des choses (quelles quelles soient, les choses se ramènent en fin de compte au fait de leur existence). Or ce qui décide de ce que cest quêtre sujet, dès lors quon est sujet quà avoir raison ou tort de lêtre, et de lêtre comme on lest, par définition, il faut dire que cest le vrai. Et le vrai est exclusif de la réflexion qui fait toujours le départ entre le savoir dun côté et le réel de lautre, ou plus exactement il est exclusif au refus de considérer quen toute réflexion il y a un reste. Pour nous, ici, cest bien sûr ce reste qui compte, puisquil est linsistance de limpossible.
La douleur nest que son fait, la souffrance est la nécessité dun sens de ce sens qui labolirait en faisant delle la douleur. La douleur est sa propre irréductibilité (on peut dire tout ce quon veut, cela ne changera rien à la douleur), alors que la souffrance, au contraire, nest rien dautre que la nécessité quelle soit réduite par le savoir : quand ce quon subit a un sens, on a toujours mal mais on ne souffre plus (sauf, au second degré, davoir mal cest-à-dire dêtre sujet à la douleur). De fait, la souffrance est résolue quand le savoir est là : cest toujours de ne pas comprendre, de ne trouver aucun sens et en même temps de demander du sens quon souffre. Son irréductibilité nest donc pas de droit, comme la douleur, mais seulement de fait : si le savoir pouvait être total, il y aurait toujours la douleur mais il ny aurait plus de souffrance. Cest la raison pour laquelle on peut considérer que la souffrance du sujet est aussi bien celle du savoir : le savoir est en souffrance, souffre dêtre en souffrance, et cest cela, dune manière générale, quon appelle la souffrance puisque la souffrance du savoir est celle du sujet de ne pas savoir.
Dans son acception la plus triviale, le souffrir confirme ce redoublement et surtout ce décentrement du sujet par le savoir dont il est le sujet. Si je dis en effet que je souffre du dos ou des dents pour indiquer que je suis sujet aux douleurs dorsales ou dentaires, cest bien une manière de me plaindre de linsuffisance du savoir médical concernant ces affections : un savoir suffisant aurait simplement supprimé ces handicaps, de sorte que mentionner cette souffrance en moi revient en quelque sorte à exiger de ce savoir quil se complète. Et si lon confine la médecine dans lordre de la pure théorie, je dirai que je ne souffre du dos ou des dents que dans la mesure où les explications quon ma données, et qui constituent alors ce que je ressens comme douleur et non plus comme souffrance, ne suffisent cependant pas à résorber la demande de sens : la douleur est due à tel tassement de vertèbres, daccord ; mais lui, à quoi est-il dû ? à une mauvaise position adoptée dans mon enfance, daccord ; mais pourquoi navais-je pas à cette époque le maintien des autres enfants ? En passant à chaque fois dune réponse à la question quelle suscite, on arrive alors à cette énigme : parce que je suis moi. Et quest-ce que cela veut dire pour moi, que je sois moi, alors quil est bien certain, mais par ailleurs seulement, que je suis celui que nimporte qui aurait été à ma place ? Je ne sais pas : le savoir défaille depuis cette distinction que lon appelle la première personne.
On a compris que lultime irréductibilité de la souffrance à la douleur, à quoi la fonction du savoir est de la réduire, sentend comme le manque un savoir quon dira ultime : non seulement celui qui permettrait de comprendre tout ce qui arrive mais encore celui qui résorberait la distinction quon est toujours pour soi (être soi, cest nêtre pas nimporte qui or cela est par définition vrai de nimporte qui). En dautres termes : la souffrance identifie quun sujet soit son propre manque, et que ce manque soit celui dun savoir qui serait proprement le sien en somme un savoir qui le dirait enfin, jusque dans son attitude envers ce même savoir, un savoir dont il revient par conséquent au même den former lidée et den reconnaître limpossibilité, puisque si javais le savoir de moi-même, je ne saurais pas comment le prendre ni quoi en faire.
Le manque subjectivé du savoir, tel que la nécessité en apparaît dans le renvoi à linfini impliqué dans lidée dun savoir de soi, cela sappelle la question. Ne souffre donc quun sujet qui est sa propre question, et de cela, précisément, quil soit sa propre question. Quand on ne se situe pas dans lordre des réflexions humaines, cest toujours de létonnement dêtre quil sera question. Et tout être vivant est en décentrement dêtre puisque son vivre a dêtre pour enjeu et quil est impossible que la vie, dès lors quelle est dun vivant, ne soit quun processus objectif indifférent à soi. Quon bannisse cette considération et lon en reste à la seule douleur.
Lêtre sujet à la douleur, est toujours engagé dans la souffrance et par conséquent dans lêtre sujet, tel quil apparaît dans la question de la question. Car cest bien le propre du vivant de saisir toute réalité en fonction de lui-même et donc dans lhorizon de la question que, de nêtre jamais nimporte quel vivant, il est forcément pour soi. Il est pour lui-même en question dans la compréhension quil a de tout ce qui nest pas lui, justement de ce quelle soit sa compréhension. Autrement dit la vie est réflexive en ce sens quil revient au même dêtre vivant cest-à-dire de comprendre axiologiquement les choses (ici un obstacle, là un aliment ) et dêtre concerné par le fait de vivre ce quon peut ramasser en disant que vivre et vouloir vivre sont le même.
Mais vouloir vivre, cest forcément avoir des raisons de vivre : non pas toujours des raisons explicites qui justifieraient quon se maintienne dans lexistence mais une certaine signification, toujours obscure et implicite, dont la vie doit forcément être tissée pour apparaître bonne et pas seulement réelle. Lidée de vouloir sans raison est contradictoire : on ne veut que ce qui semble bon à obtenir ou à garder (a contrario se laisse-t-on mourir quand on na plus de raisons de vivre). Ne veut vivre que celui qui a reconnu la valeur de la vie : on ne vit pas depuis la vie, mais forcément depuis un savoir de la vie ce qui est tout autre chose. Quon le nie en faisant de la vie un conatus aveugle, une force irrépressible et stupide de persévérance de soi, et lon nie que la vie soit toujours celle dun être : vivre, ce nest pas simplement être une « fermentation », pour emprunter ce terme ironique à Hegel. Cela dit, dans tel ou tel champ dobservation, on peut noter quil y a une « fermentation » : de la vie mais pas dêtre vivant. Reconnaître un vivant, cest tout autre chose : cest lui supposer au moins ce minimum de savoir sur la vie qui la fasse apparaître comme bonne et pas simplement réelle, autrement dit qui la distingue delle-même.
Par ce dernier terme, on entend dune part la corrélation de la vie et du savoir de la vie qui fait jusquà présent (et sans préjuger de ce quil en sera plus tard) considérer la vie comme quelque chose de valable, et dautre part limpossibilité quil aille de soi dêtre soi, puisquon nest sujet quà nêtre pas nimporte quel sujet et quon est forcément celui quun autre aurait été à la même place. En fait les deux arguments sont le même, puisque la valeur de la vie est une incidence subjective et non pas une évidence objective que nimporte quel être aurait raison dentériner. Bref, les notions de sujet et chaque fois quon parle dun être vivant, on parle dun sujet, même si ce terme ne sapplique évidemment pas toujours de la même manière et de vérité sont inséparables, puisque la première sentend dêtre extérieure à un savoir quil est impossible de ne pas supposer (que la vie soit valable et pas seulement réelle), et que cest précisément lextériorité au savoir quon nomme vérité.
Un manque de soi corrélé à un savoir impliqué, voilà ce que jappelle une question. On ne reconnaît jamais un être que dans la question quil est ainsi pour lui-même. Cest sa souffrance constitutive. Par quoi il faut conclure quon ne reconnaît jamais un sujet que dans sa souffrance.
La distinction ainsi entendue, quand on loppose à la simple vie (en admettant que cette locution ne soit pas contradictoire, puisquon ne voit pas comment la vie pourrait nêtre pas la réalité du vivant), je propose quon la nomme existence. Lexistence ainsi entendue nest pas une autre chose que la vie mais cest que la vie, hors de quoi il ny a rien (car on peut aussi parler dune vie morale et dune vie intellectuelle qui en soient les modalités), ne soit cependant pas tout. Il ny a pas de différence entre la vie et lexistence, mais lexistant nest pas un simple vivant puisquil ne va pas de soi, pour lui, quil soit et quil soit celui quil est, et surtout quil ne va pas de soi quil vive : encore faut-il que la vie lui apparaisse comme valable. Le vivant distingué on peut nommer un existant en appliquant à la distinction que la vie valable est pour elle-même, une acception aux longs états de service.
On a compris quon pouvait alors opposer la douleur à la souffrance comme la vie à lexistence. Disons-le autrement : il y a souffrance là où la vie est valable et pas simplement réelle (ce qui, notons-le en passant, nimplique en rien quil y ait conscience cest-à-dire représentation du caractère valable de la vie), de sorte quon peut aussi bien définir la souffrance, en ce début de réflexion, par linsistance de cette seule distinction : que le réel ne soit pas le valable.
Tout cela est très concret, pour ne pas dire trivial. Les gens heureux, par exemple, ne sont pas intéressants : on peut évidemment les envier, mais ils ennuient tout le monde (en quoi ils ne restent donc peut-être pas heureux très longtemps !), et ne suscitent en nous aucune reconnaissance au sens existentiel du terme. Nous apercevons évidemment quils sont des sujets et même des humains, mais il sagit pour ainsi dire dune constatation ce qui nest pas du tout la même chose quune reconnaissance. Peut-être serai-je mieux compris quand jaurai rappelé quà cette reconnaissance est inhérente la nécessité du respect. Les humains en général, nous savons quil faut les respecter. Mais lhonnêteté oblige à reconnaître que ce savoir est en même temps une dénégation : ce nest pas du tout la même chose de savoir quil faut respecter une personne et de la respecter effectivement ! Eh bien les gens heureux illustrent à lextrême ce paradoxe : on constate quils sont des sujets, on ne les reconnaît pas comme tels dans la mesure où il est impossible que cette reconnaissance ne soit pas subjectivement vécue comme du respect. Les gens qui souffrent, eux, imposent le respect. Aux yeux de chacun, c'est donc bien dans sa souffrance que le sujet existe, autrement dit dans une distinction, dont il soit le sujet, entre la réalité de la vie et son caractère (jusquà présent) valable.
La douleur peut bien susciter la compassion, elle ne suscite aucun respect sinon bien sûr comme souffrance (révélation à propos dun semblable quil est effectivement sujet à la douleur). Jamais la douleur ne fonde la moindre considération, puisque cest justement de ce que la douleur nait pas compté, dans les sociétés primitives qui pratiquent des initiations souvent terribles, quun individu pourra être reconnu membre légitime de la communauté. Les enfants le disent quand ils viennent de se faire frapper par dautres et que des larmes de douleur leur inondent les yeux : « jai même pas mal !». Tout le monde voit que cest faux, mais tout le monde voit aussi que la considération personnelle ne peut se maintenir quau prix de ce mensonge. Quant aux douleurs de laccouchement que les hommes ne connaissent pas, on ne voit pas quelles aient jamais conféré aux femmes un droit particulier au respect. Les souffrances de lenfantement, par contre, si. Les premières ne sont que leur propre fait alors que les secondes (dont on peut admettre quen fait les premières ne diffèrent pas, bien que lidée denfanter, pour une femme, ne puisse absolument pas se réduire à celle daccoucher) sont en quelque sorte le réel dune question que le sujet est pour lui-même (par exemple : quen est-il de soi comme femme à cet instant ?). Enfin, linsensibilité extrême de la société à la douleur sexplique aisément quand on a reconnu quelle repose sur la clivage, théoriquement irrécusable mais existentiellement fallacieux, de la douleur et de la souffrance : les douleurs parfois atroces que les chirurgiens infligeaient aux très jeunes enfants, jusquà une date incroyablement récente, ne tenaient pas à leur ignorance des conséquences de leurs gestes mais à ceci quils imaginaient que les enfants nétaient pas des sujets, et quen conséquence la douleur chez eux nétait que la douleur. Cétaient des médecins, cest-à-dire des gens voués à soulager la souffrance. La souffrance, précisément. Or sous leurs scalpels ils ne voyaient que la douleur. Cest exactement ce qui se passe avec les animaux de laboratoires : les expérimentateurs ne sont pas idiots et ils ne peuvent méconnaître les douleurs quils infligent, mais ils ont décidé au fond deux-mêmes que la semblance était le critère de toute vérité et que les bêtes terrorisées et pantelantes, de nêtre évidemment pas leurs semblables, nétaient par là même pas des sujets. Ils concèdent donc quelles ont mal, mais ils disent quelles ne souffrent pas !
Le respect est le rapport que nous avons à la souffrance : le respect sentiment vertical, par opposition à la simple compassion qui fait apercevoir un semblable en celui dont la souffrance nous aurait préalablement séparé de lui. La souffrance ne fait pas du tout voir le commun de la condition sensible, contrairement à ce quon imagine, elle fait voir au contraire la distinction dans son moment actuel puisquelle fait apercevoir que la vie ait à être valable et pas simplement réelle. Autrement dit le respect atteste de la souffrance comme mise=en uvre dune question que nul ne se représente mais dont nous ne pouvons ignorer quelle est constitutive de chacun, contre une réalité à laquelle il ne se réduit dès lors pas. Plus simplement : le respect porte sur linsistance de la vérité. Ilest en propre ce sentiment que la réalité nest pas ce qui compte, alors même que par définition il ny a rien dautre quelle.
Là où la réalité ne compte pas est la vérité, on le sait. La souffrance est le lieu de la vérité et c'est pour cette raison quelle suscite le respect.
La souffrance impose le respect, comme on le voit de ce paradoxe quelle soit source dautorité. Quest-ce en effet quun individu crédible, à qui on peut se fier ? Je le dis : cest quelquun dont on pense quil a payé de sa personne. Il y a bien entendu toutes sortes de manières de le faire. La compétence, par exemple, impose le respect non pas parce quelle rend capable de performances auxquelles les autres nont pas accès (ce qui serait simplement étonnant, de leur point de vue) mais parce quelle fait supposer quil a fallu la payer avec de la souffrance (par exemple des années détudes difficiles, dexercices fastidieux). Celui qui atteste, par sa compétence, de souffrances passées, atteste par là même de ce quen lui la réalité nait pas compté. Il atteste ainsi formellement que son existence ait été lieu pour la vérité. Le respect ne concerne que la distinction, et jamais la différence : il nest pas le sentiment de constater une réalité éventuellement supérieure, mais au contraire le sentiment dadmettre une impossibilité, celle de la vérité qui nest rien de plus que la réalité, sinon limpossibilité que celle-ci, qui importe autant quon voudra, compte jamais. La douleur, au contraire, ninspire aucun respect parce quelle atteste que la réalité compte !
Les êtres qui ont mal, ils sont sujets à la douleur, et par conséquent ils souffrent au moins davoir mal. Personne ne peut respecter la douleur mais tout être qui ressent une douleur souffre, et la souffrance impose le respect. La douleur ne rapporte pas à la vérité, mais la souffrance si, et cest pourquoi elle suscite le respect, sentiment spécifique de reconnaissance du vrai et de ses effets. Quand il sagit de nous, la question de la vérité est celle de la question que nous sommes malgré nous pour nous-mêmes, et cest toujours à reconnaître la question de la question que nous respectons la souffrance, quelle soit humaine ou quelle ne le soit pas.
Quant à notre souffrance, outre quelle avère pour la vie quêtre réelle et être valable ne sont pas le même, elle est le lieu de lexigence dune réponse : celle davérer ce qui cause la vie comme vraie. Indication programmatique, on le voit.
Je vous remercie de votre attention.
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