Enigme et mystère : qu'est-ce qu'un événement ? (fin)
La vie des hommes est historique, et lhistoire est née de lévénement, de sorte quil est origine non seulement de ce quil suscitera dans le domaine particulier où il sinscrit, mais encore de la nécessité, pour le sujet, quil soit sujet. Or cette nécessité est le dépassement que le sujet est éthiquement toujours de lui-même : il ne suffit pas dêtre un sujet pour être sujet, il faut encore assumer quon le soit. Lévénement est la donation même de cette nécessité, quil est impossible de ne pas voir comme une inquiétude originelle dont lobjet soit indistinctement soi-même et lévénement. Cette indistinction est un des traits essentiels du mystère, qui renvoie toujours à un ordre en quelque sorte souterrain, invisible, en tout cas irréductible à la réalité forcément triviale quon lui reconnaîtrait, et au sujet qui est capable de reconnaître cette irréductibilité et den advenir ainsi à soi-même. Cela revient à dire que là où un sujet nest pas convoqué à sa propre grandeur, il ne se passe rien, puisque lévénement est cette convocation même : il met chacun au pied de son propre mur, et lui fait apercevoir lénigme, entendue comme lidentité de la question et de la réponse, dêtre soi, la grandeur proprement dite étant de ne pas céder devant lexigence que toute énigme ici celle dêtre soi est toujours dun certain mot ici le nom secret quon fait advenir comme le signifiant de son propre destin. Lévénement noue ainsi lénigme, le mystère et à cause du nom qui constitue le mot de lénigme (par exemple " gaullienne " pour lénigme du rôle historique de la France), un secret dont le sujet se produira lui-même de ne pouvoir latteindre : il est le sujet contingent dun destin et non lobjet nécessaire dune destinée. Est grand celui qui ne cède pas sur cette distinction, lévénement lui-même étant le réel de cette nécessité autrement dit de léthique. Il ny a déthique que dans un a priori de mystère, par opposition à la morale qui est au contraire faite, et même épuisée, de la transparence réflexive. Cest le même de reconnaître le caractère originellement donateur de lévénement, de reconnaître lhistoire comme née de lévénement (et non pas linverse !), de reconnaître le sujet humain comme essentiellement historique, et de découvrir dans la simple idée du sujet quil soit, à lencontre de tout idéal de soi auquel il lui faudrait encore se conformer, voué à sa propre grandeur. Bref, mon idée est que linhérence du mystère à lévénement est, quand on la retourne pour la désigner dans son aspect subjectif, une vocation à linouï dêtre soi.
Lévénement comme exigence davenir
Or ce réel de la nécessité impossible, pour chacun, dêtre à la hauteur de la question qui lui est singulièrement adressée, il est énigmatique en ce quil lui " parle " en le poussant à une réponse qui soit dès lors sans lui ni sans possibilité quil en jouisse daucune manière sa vérité. Par là même il procède du mystère de cette dernière. Non pas que je mentionne là quelque détermination qui lui serait afférente (rien de moins mystérieux que la vérité dune personne puisque cest son uvre, laquelle est accessible à tout le monde sauf à elle, bien sûr), mais seulement leffet de sa nécessité qui est dinquiéter. Là où nous sommes inquiétés, cest-à-dire désarrimés du commun dont nous nous épuisons par ailleurs à procéder (ou dont, à la marque près, nous sommes lenvers), sindique une nécessité proprement scandaleuse, puisquelle est celle dadvenir à soi. Et on nadvient à soi que sans soi, à la limite sans le savoir, en tout cas sans en profiter : au lieu étrange et donc indifférent de sa propre vérité (car sa propre vérité, on nen a rien à faire).
Le mystère dessine la géographie de ce lieu : celle dune vocation (au sens dêtre voué) qui ne soit finalement vocation à rien mais dont nul nignore quil sy agit de la folle dignité dêtre soi. Le cur du mystère, cest tout simplement cette folie telle que lévénement sest depuis toujours constitué den " parler " (guillemets signifiant léthique par opposition à la métaphysique) la nécessité. Lévénement nest pas ce qui arrive bêtement mais ce qui, arrivant, nous a par là même toujours déjà mis au pied de notre propre mur. Pas dévénement sans convocation du sujet à lui-même au point que lon peut le définir comme étant le réel de cette convocation : la nécessaire déterminité de la réponse le constitue comme énigme (et donc comme exigence du mot quon ne peut pas dire) et cest de ce que cette réponse apparaisse a posteriori avoir été la vérité subjectivement indifférente du sujet, quil apparaît comme mystère.
Cette convocation, quand on la considère de lextérieur, cest donc tout simplement lhistoire, laquelle résulte donc de lévénement comme je lai indiqué lautre jour. Par exemple la naissance du Christ institue lhistoire comme lordre de la rédemption ordre de vérité par opposition à lordre de réalité quest lhistoire effective. Cette distinction de la vérité et de la réalité en quoi consiste proprement lévénement, jai dit que cétait une promesse : la naissance du Christ, la nature chrétienne de lhistoire ou encore la promesse de la rédemption, tout cela, cest la même chose. Tout événement est donc prometteur, au sens où il ne sentend que de la distinction de sa vérité à lencontre dune réalité par ailleurs irrécusable, et donc de la distinction de linouï dêtre soi à lencontre de lévidence dêtre celui que nimporte qui aurait été à la même place. Cest précisément cet " encontre " quon appelle promesse : une parole (il ny a dévénement que de ce qui nous " parle " cest-à-dire oblige à répondre de soi quant à être soi) qui vaut envers et contre tout et notamment, je lai souvent dit, contre " la meilleure des excuses " que constituerait la mort prématurée de celui qui a promis. Or une promesse a des effets, parce que la distinction de la réalité et de la vérité, de poser que la réalité ne compte pas, fait par là même advenir quautre chose compte en loccurrence la parole, dès lors quelle sautorise de son auteur (celui qui en elle répond de soi comme sujet). Tout événement est une promesse de promesse, en somme, la seconde étant par lui celle que le sujet se découvre avoir depuis toujours été pour lui-même. On parle de mystère pour dire quil y a depuis toujours une promesse qui ne soit pas celle dun bien (la sagesse, le paradis ou tout ce quon voudra dautre) mais celle de la promesse de vérité personnelle et donc détrangeté à soi, que par là même on reçoit de lévénement (on vient de prendre comme exemple la naissance du Christ) comme ce qui nous était depuis toujours le plus propre.
Leffet de lévénement comme tel, cest-à-dire comme irruption dune promesse qui ne soit celle de personne et qui soit pourtant la production de la responsabilité dêtre soi, cela sappelle lhistoire.
Il ny a dhistoire que par un événement à chaque fois originel, un événement qui fasse promesse et qui ouvre lavenir en interdisant quil soit jamais réductible au futur. Car tel est bien leffet de la promesse, qui est une donation davenir une donation dont on aura toujours à répondre (au sens du " quas-tu fait de ton talent ? ") et qui renvoie le futur, réitération indéfinie des maintenant, à lordre des trivialités à lencontre de quoi, précisément, il y a histoire. Car lhistoire nest pas plus la succession des faits que lavenir nest le futur. Disons le autrement : tout événement est de nature prophétique, puisque lon nomme " prophète " celui qui dit lavenir autrement dit la promesse en tant que telle (par opposition au devin qui dirait le futur). Et le prophète parle à chacun dans sa singularité (laquelle peut aussi bien être celle dun individu que celle dun peuple voire de lhumanité en général à condition quelle soit prise dans sa contingence), par opposition au devin qui parle à tout le monde et à nimporte qui. Répondre à la parole du prophète, cest par conséquent répondre de soi : il sagira finalement de dire ce quon aura fait de la promesse, précisément comme promesse et non pas comme annonce dun futur plus ou moins heureux. Et comme la nature de la promesse est que la réalité ne compte pas (raison pour laquelle la " meilleure des excuses " natténue en rien la culpabilité de celui qui naura pas tenu paraole), le sujet qui aura à répondre de lui-même aura à le faire précisément sur le propos de la grandeur puisque ce terme qualifie les comportements avérant que pour un sujet la réalité ne compte pas.
Si on reprend lexemple indiqué, on dira ainsi que la naissance du Christ est louverture et linstitution de lhistoire chrétienne, laquelle est lordre de la nécessité pour chacun dadvenir comme vrai chrétien. Et cette nécessité est la grandeur du chrétien car on ne saurait évidemment pas se dire chrétien hors de la grandeur davoir à lêtre envers et contre tout et notamment contre la réalité culturelle et " identitaire " que cela constitue forcément en réalité. La réalité de lévénement est donc cette exigence de tenir sa propre promesse telle quelle apparaît dans lavenir toujours déjà imputé dont il est linstitution. Lévénement nen est un quà être producteur de responsabilité et dune responsabilité qui soit toujours axée sur lidée dune vérité des identifications dont le sujet aura ensuite à relever. Cest le même de reconnaître la naissance du Christ comme un événement et, à en rester à la perspective religieuse, de reconnaître quon est responsable de navoir pas été un aussi bon chrétien quon le devait puisquon aura fait de cet événement une donnée très importante de la vie alors que, comme donation de responsabilité, il était ce qui comptait (or ce qui compte nimporte pas, et réciproquement). La naissance du Christ est donc ce par quoi chaque chrétien est compté comme un mauvais chrétien. Tout autre exemple fonctionne de la même manière, quel que soit le domaine considéré et à quelque niveau que lon se situe. Jinsiste sur cette idée de niveau pour indiquer la validité formelle de la notion. Car sil y a des événements spirituels ou civilisationnels comme la naissance du Christ, il y a des événements de la vie nationale, de la vie individuelle, de la journée voire même, si lon prend en compte les " tropismes " explorés par Nathalie Sarraute, de la minute si ce nest de la seconde actuelles ; dans un autre ordre didée, une seule phrase peut contenir un événement secret comme un basculement de fantasme inconscient dune phase active à une phase passive, ou alors le nouage, réussi ou raté, de ces deux dimensions.
Il appartient donc à lévénement de produire un effet de vérité, et de le produire sur le mode du manque, de sorte quil est en même temps son propre bougé : cette vérité dont il est la donation au sujet, il la reconnaîtra seulement comme ce quil aura manqué, quand bien même les autres auront reconnu comme telle la tenue de la promesse, cest-à-dire luvre au sens de ce que le nom secret authentifie, quil aura menée à bien. Sans le savoir et en manque de sa propre vérité, pour le sujet de la réflexion, cest la même chose : quand même il a refusé dêtre désinvolte envers la prophétie événementielle, il laura quand même été ! En somme lévénement donne à chacun limpossibilité définitive quil soit jamais satisfait de soi, alors quon pourrait imaginer les exigences de la vie comme pouvant parfois être comblées (par exemple quand on fait correctement son travail). Lévénement est la nécessité quon soit à sa propre hauteur, cest-à-dire à la hauteur de la convocation prophétique et par là il impose la reconnaissance quon ny soit jamais. En quoi on rappelle simplement limpossibilité de la vérité : quelle soit possible et il ne sagirait plus de la vérité mais de lexpression, alors que cest justement à lencontre de toute éventualité dexpression que lidée dune vérité personnelle à quoi lévénement est précisément à la convocation peut sentendre. Et certes, cest toujours de la vérité comme impossible quil sagit toujours dans tout mystère donc aussi dans tout événement, qui renvoie à vanité le savoir dont par ailleurs il relève exhaustivement : non seulement elle nest rien dautre que sa propre distinction davec la réalité hors de quoi il ny a rien, mais encore on na strictement rien à faire de la vérité et cest donc toujours mystérieusement pour soi-même quon sy voue
Lévénement résiste à sa propre événementialité et donne par là même quon y fasse retour
Cette dernière indifférence doit être rapportée à la propriété de lévénement : il existe sans nous, indépendamment de la constitution que nous en opérons en assumant ou pas la promesse quil nous fait reconnaître comme la nôtre depuis toujours, et dans la pure contingence de ce qui navait pas de raison suffisante dexister, ni a fortiori de nous concerner. Cette indépendance objective qui fait que lévénement na en somme rien à faire de nous, il faut donc la voir comme une résistance de lévénement à sa propre événementialité. Noublions pas en effet que cest lappel du sujet à sa propre responsabilité de sujet qui fait lévénement et quen dehors de cet appel on peut juste parler dun fait, aussi important quon voudra. Lévénement ne diffère pas de lappel à être sujet dont tout sujet est depuis toujours constitué (on se reçoit de lui), il est toujours prophétique au sens où il a la promesse pour nature, et nest donc nest tel quà nous vouer à une vérité dont nous découvrions par lui quelle était la nôtre depuis toujours ; mais il ny a précisément dévénement quà ce quil nattende pas de nous dêtre un événement : quoi que nous en pensions et quoi que nous fassions du savoir que nous en avons, il est effectivement arrivé ! Tel est le mystère de se découvrir voué au vrai par cela qui nest quun fait objectif sans intentionnalité, la contradiction des deux, qui est lessence de lévénement, étant par là même son mystère. Doù ce paradoxe que lévénement résiste à lévénementialité et quen cela consiste précisément son essence !
La résistance de lévénement à lévénementialité est une réalité très concrète, et peut facilement être réfléchie dans le mouvement inhérent à la donation dinouï, à louverture davenir, bref à la promesse, quil est forcément. Ce mouvement est un retour imposé par lexcès de lévénement à lui-même sur lévénement proprement dit. Lexigence de ce retour est par conséquent la réalité même de lévénement comme donateur de responsabilité.
Prenons un exemple dans notre discipline, qui devrait le faire apercevoir aisément. On peut convenir de dire que la pensée de Platon constitue un événement dans la pensée humaine, puisquil sagit là dune contingence radicale (cest dun individu singulier quon parle et non pas dune nécessité éternelle de lêtre) dont tout procèdera historialement, sous le nom désormais convenu de " métaphysique ". Impossible de confondre la pensée davant et la pensée daprès : par lui toute reconnaissance est marquée et par là même toute chose en tant que reconnue (par exemple : elle est davance inscrite dans léventualité quil existe une aux questions quelle pourrait susciter). On est en quelque sorte platonicien sans le savoir, et quon reprenne ensuite réflexivement cette marque ne peut se faire que dans lhorizon de ce quelle aura institué : on ne met en cause la métaphysique que pour autant quil appartenait déjà à la métaphysique de se mettre en cause, de manière non sue, parfaitement aveugle sur le moment mais dont nous sommes désormais capables dapercevoir les prémisses, parfois massives, au lieu même de lorigine cest-à-dire, ici, dans luvre platonicienne. Cela signifie non seulement quil est désormais impossible de comprendre Platon comme il aurait idéalement voulu quon le comprît, non seulement en fait (nous navons plus la mentalité antique, etc ) mais surtout en droit : il nétait Platon quà ne pas voir quil faisait advenir indistinctement et la métaphysique et la mise en question de la métaphysique. Or cette mise en question, justement de porter désormais sur Platon lui-même, cest la manière dont linstauration de la métaphysique (lévénement) ne létait quen résistance à elle-même ! Car Platon nest lévénement décisif que dans lhorizon dun " retour " opéré par nous à Platon, lequel se révèle ainsi avoir été depuis toujours identique à sa propre distance, cest-à-dire avoir bien été lévénement quon vient de dire, par opposition au simple fait culturel quon pourrait y apercevoir.
Il y a le fait brut de ce qui a eu lieu (la contingence dun individu, la réalité des ouvrages quil a laissés) mais ce fait nest événementiel que dans la reprise que nous en faisons en répondant à la question que nous sommes pour nous-mêmes (la métaphysique, notamment telle quelle apparaît comme pensée du sujet), réponse qui revient en retour comme une interrogation plus radicale que nous faisons porter sur lorigine, dont on découvre par là même que cest pour elle la même chose dêtre un fait brut, une ouverture davenir, et une antériorité à soi dès lors que cest encore et toujours de ses propre présupposés comme étant en nous déjà elle-même quil sagira dans le retour que nous en opèrerons ensuite. Tout tient à ce " déjà " décalé de lui-même de lorigine, qui est donc son mystère. Tout mystère lest de limpossibilité de la vérité, je viens de le dire, et il lest par là même de lécart que lorigine est delle-même en tant quil lui appartient dexiger quon y fasse retour. Lorigine est toujours déjà perdue et en même temps toujours insistante comme la nécessité quon y revienne et c'est à reconnaître ce nouage comme sa réalité quon reconnaît lévénement dans sa distinction du fait quil constitue par ailleurs. Cette idée de " retour " est inhérente à la notion même de lévénement parce quil nest tel que dans lhorizon général de la vérité cest-à-dire de la distinction : on opposera ainsi le Platon des érudits qui est un moment mort et passé (donc stérile) de lhistoire positive de la pensée au vrai Platon, celui auquel il appartient à laccomplissement de la métaphysique (qui est dès lors elle-même son propre dédit ) de faire " retour " et dont on découvre ainsi quil était depuis toujours fait de sa propre distance vrai par là même.
Tel est lévénement dans son mystère : que son irréductibilité à sa propre factualité soit la place de notre responsabilité dès lors donnée par lui de nous-mêmes comme responsables. Car cest bien dêtre de la responsabilité elle-même que nous sommes dabord responsables. La nature du mystère, je le rappelle, est dinquiéter. Et on nest jamais inquiété quà ce que nous soyons renvoyés à la question que nous sommes depuis toujours pour nous-mêmes : à la responsabilité que nous pouvons prendre (ou pas) de la responsabilité, sachant quil ny a originellement de responsabilité que de lorigine, de la donation qui nous est toujours déjà faite de la responsabilité dêtre responsable. Cest toujours de ce gouffre quil sagit dans le mystère et cest lui qui détermine lévénement comme la nécessité paradoxale quon y fasse retour.
Lévénement inquiète, en ce sens quil voue celui qui la reconnu dans sa folie (il nest quun fait, et sil nétait quun fait il ne serait pas un événement) à une folie qui est sa vocation sa vocation à la folie dêtre soi quand, comme nimporte qui, il est celui que nimporte qui aurait été à la même place. Cette vocation au vrai (luvre) et non pas à laccomplissement (le bonheur pour la foule, la sagesse pour le petit nombre), elle est la folie même puisquelle est sans rapport possible avec le service des biens, et quelle ne sera rien dautre, pour un sujet, que la nécessité de se vouer à lindifférence de ne même pas aimer ce dont il aura reçu la dignité aberrante dêtre soi : je répète que le vrai à quoi le sujet est responsable davoir à se vouer, il nen a rien à faire. Une inquiétude radicale qui ne mène finalement à rien, mais qui ne laisse pas dinsister sur une étrangeté à soi qui serait plus vraie que toute reconnaissance ou tout accomplissement, voilà le mystère de la vocation, quand on lentend à partir de lirréductibilité donatrice de lévénement à sa propre événementialité.
Cest cette étrangeté, justement comme donnée, qui ne fait quun avec la nécessité dun retour à lévénement qui est toujours sa propre perte, par là seulement événement donateur puisquil ny a de don que par la perte du donateur (faute de quoi on parlerait déchange, contre la gratuité qui définit le don). Or cette condition du don quil soit en quelque sorte tombé malgré lui du donateur, il est bien évident quelle sentend aussi comme la nécessité du retour à ce donateur, non pas comme à un donateur réel quon aurait réussi à identifier et quon pourrait enfin payer de reconnaissance, mais au contraire comme à ce donateur perdu par quoi le don est bien un don et non pas un simple fait. Cest le caractère en quelque sorte positif de limpossibilité propre du don qui est en cause dans cette nécessité du " retour " : on ne reçoit le don (ce qui est lassumer comme tel) quà barrer léventualité quil soit un simple fait et cela nest possible, puisquil ny a de don quà lencontre de la réalité dun donateur, que par un retour à limpossibilité de ce dernier qui, dêtre limpossibilité quil soit le donateur, est la réalité, pour le don, du fait quil soit un don.
Je sais, et on me la signalé, quil reste beaucoup daspects des questions de lénigme et du mystère que je nai pas abordés cette année. Ces notions sont si riches et surtout si prégnantes pour des problématiques comme celle que nous explorons ici quil est impossible que nous ne les rencontrions pas à nouveau sous une forme ou sous une autre.
Je vous remercie de votre attention. Nous repartirons en octobre vers de nouvelles aventures.
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