Enigme et mystère (3)
Parmi les humains, on en trouve qui affrontent les énigmes. Dès lors ils font autorité et la réponse quils apportent à lénigme est par là même vraie. On appelle vraie une réponse dont lauteur ne sest pas dérobé devant lénigme qui lui a parlé, parce quelle est une interpellation singulière à sa propre vérité, cest-à-dire à sa propre et définitive étrangeté. Pour cette raison, il ny a pas de différence entre de ne pas se dérober devant lénigme et répondre à la question quon est de soi-même : à lénigme, cest toujours en première personne quon répond. Mais comme cest forcément en troisième personne quon réfléchit, celui qui naura pas reculé devant les énigmes restera celui qui naura pas reculé, sans rien avoir ni savoir dautre.
Pour le mystère, cest le contraire : il ninterpelle pas le sujet dans sa singularité mais au contraire dans luniversalité de sa condition. Les mystères de la nature nous font partager la même soumission à lordre physique et annoncent entre nous et toute choses une communauté originelle de nature que nous pouvions méconnaître, exactement comme les mystères religieux font admettre au croyant une communauté " spirituelle " non seulement entre lui et les autres, non seulement entre lui et toute chose, mais encore entre lui et le principe de ces identifications qui est Dieu. Le mystère de la foi, par exemple, cest que nous soyons déjà de nature divine sauf que pour linstant nous lignorons plus ou moins.
Lopposition entre lénigme et le mystère est donc celle de la nécessité dadvenir à soi en étrangeté à soi et donc aussi à tout autre (énigme), et de la nécessité dadvenir à soi en identification à soi et donc aussi à tout autre (mystère).
Je donne le principe de cette opposition : alors que la vérité divise (énigme) le savoir rassemble (mystère).
Si banale quelle soit lénigme est distinguée (lénigme de la sphinge appelle dipe à lui-même) ; si rare quil soit le mystère est commun (le mystère de la foi appelle nimporte qui au même salut en Dieu).
Or lopposition du distingué et du commun, tout le monde sait quelle est question dorigine.
Définition du mystère : passage de limpossibilité à la nécessité de lorigine
Est mystérieux ce par quoi on est toujours déjà pris, ce vers quoi on est toujours en train de sapprocher comme à ce qui a depuis toujours décidé de notre vraie nature. Cest bien sûr de lorigine quil sagit : mystérieux et originel sont en ce sens interchangeables. Et comme il ny a de mystère que dans lhorizon dune révélation qui viendra de lextérieur, par opposition à lénigme quil sagit de résoudre soi-même, on peut dire aussi que cest toujours lorigine qui sera révélée à la fin des temps : celle qui est toujours au-delà de toute empirie mais qui la conditionne. Au moment de la révélation, japercevrai enfin ma vraie nature, cest-à-dire une certaine nature dont je saurai alors quelle est ma vérité parce que je me tenais depuis toujours dans son ouverture, que je laie su ou pas.
De sorte quon peut définir le mystère en disant que lorigine est sa propre promesse : lorigine, cest quil y ait une promesse dorigine. Les définitions de lorigine et du mystère sont inséparables, le second fournissant en quelque sorte laspect subjectif de la notion, puisquil renvoie indistinctement à lapproche, à la promesse, et à lidée dune vérité originelle dont on serait réellement soi-même de participer concrètement.
On a compris que lopposition de lénigme et du mystère tient à cette opposition entre une vérité qui soit vraiment celle du sujet et une autre qui soit réellement la sienne : dans le cas de lénigme, la promesse que le sujet est pour lui-même est celle de cette étrangeté définitive à soi quon indique à travers lidée de destin, alors que dans le cas du mystère elle est tout au contraire lidée dune retrouvaille de soi. Le moment de la révélation est en effet celui dune reconnaissance : on aperçoit enfin quelle était depuis toujours notre réelle vérité. Cela signifie que la notion de vérité sentend alors dopérer un rassemblement du sujet avec son origine laquelle, originellement définie par sa perte, devient alors vérité du sujet donnée cest-à-dire réelle.
Limpossibilité de lorigine est le principe du mystère, mais le mystère lui-même, cest quil appartienne à lorigine dêtre en même temps la promesse de sa propre rédemption, précisément en tant quorigine cest-à-dire en tant quimpossible. Limpossibilité de lorigine, en effet, va de soi : elle est ce qui conditionne le commencement, avant quoi, par définition, il ny a rien. Précession impossible, par conséquent, et par là même décisive : il appartient à lorigine de décider de la vérité (par exemple lorigine de la géométrie est une certaine décision quant à la nature de lidéalité et au type de légitimité que sa mention suscitera). Si la notion dorigine est énigmatique, lorigine elle-même est toujours mystérieuse : la démarche régressive lapproche constamment mais, de sappliquer forcément à des réalités déjà concernées, la manque par là même. On le voit bien quand on sinterroge dune manière un peu naïve sur lorigine du langage : pour quils commencent à parler à partir dun certain besoin quils auraient ressenti on suppose généralement aux " premiers hommes " des conditions subjectives et des préoccupations qui nont de sens quà valoir pour des sujets déjà parlants, ou sur celui de la géométrie qui suppose une certaine " faculté " de passer du réel à lidéal (par exemple du rond au cercle). Mystère assurément, celui que constitue le moment où lon se met à parler ou à idéaliser, qui est toujours antérieur à lui-même puisque seul un locuteur ou un sujet pur peut se mettre à parler ou à concevoir. Lever le mystère, cest alors rendre au locuteur sa propre origine laquelle ne sera alors plus mystérieuse du tout et ne sera donc plus une origine. Tout mystère est promesse dune révélation et il ny a de révélation que comme abolition du mystère. Concrètement cela revient à dire quil appartient forcément à lorigine de se donner dune manière téléologique, comme une " nature " toujours à venir dont le mystère est le pressentiment.
La dimension métempirique et donc mystérieuse de lorigine la range du côté de la promesse, dont je rappelais lautre jour quelle sentend seulement de ne pas se soumettre à la réalité. Mais cette impossibilité qui définit la promesse comme un acte originel douverture du temps (comme avenir par opposition au futur), elle dit par là même ce quil en est réellement des choses de la vérité desquelles elle aura décidé. Sans le savoir, il appartient donc à ces choses impliquées dans le mystère (et on peut dire cela de nimporte quoi, à la limite, dès quon se pose la question dune origine proprement eidétique, irréductible à tout commencement empirique) dêtre en route vers leur propre origine. Il est en effet impossible que la vérité dune chose ne soit pas le sens de son devenir, puisquelle sentend comme promesse et que la promesse lest toujours dune certaine réalisation. Cest pourquoi il faut dire que lorigine renvoie à la réalité véritable des choses et non pas à leur vérité. Les êtres qui relèvent du mystère ont avec leur origine un rapport de finalité : elle constitue en quelque sorte le télos dont le mystère lui-même est lefficience. Ce qui est en route vers sa propre origine, je dis que cela relève du mystère. Par exemple, la science nous approche de plus en plus de la nature dont elle fait à la limite lobjet de sa révélation, et cest bien en tant que nous sommes nous-mêmes des êtres originellement naturels que nous pouvons parler des mystères de la nature et de leur dévoilement progressif par la science : à lhorizon de la science comme dévoilement progressif des mystère de la nature, il y a notre naturalité entendue comme claire coappartenance de tout à tout. En pratiquant la science nous sommes donc en route vers notre origine naturelle, exactement comme on peut imaginer quen priant le croyant soit en route vers sa propre origine divine, la vie éternelle sentendant alors de ce quil ny ait plus de mystère mais seulement la vérité en tant que réelle et ainsi de suite selon la détermination quon voudra bien donner à lorigine.
La notion qui simpose quand on a reconnu que lorigine et le mystère étaient finalement le même, cest celle dune destinée de vérité. Par destinée, je rappelle quil faut entendre le gouvernement de lexistence par le savoir. Et certes, il appartient au mystère davoir toujours déjà inscrit lorigine sous le régime du savoir ; la corrélation de la promesse et du savoir, cest la destinée où réalité et vérité cesseront enfin dêtre distingués. Par opposition, le destin sentend bien dune promesse, mais sans le savoir dans lirréductible de la division.
Avoir pour destinée sacrée la promesse dun autre ou pour destin athée la sienne propre
Si nous radicalisons lidée de destinée à partir de nécessité pour le savoir davoir toujours déjà posé la question de lorigine en termes de savoir et donc, puisque lorigine est justement ce qui conditionne le savoir et par là lui échappe, en termes de révélation, nous voyons quil appartenait déjà à lorigine, comme promesse et donc ouverture du temps, dêtre en quelque sorte déjà son propre savoir puisquelle finalisait et quil est impossible que nous ne nous représentions pas la finalité autrement que dans les espèces du savoir (" tout se passe comme si "). Mais la finalité qui caractérise lorigine, où mène-t-elle, sinon justement à lorigine maintenant avérée comme nature si lon se place du point de vue de la promesse tenue ?
Lorigine, dont la définition est quelle soit impossible à elle-même, a donc pour réalité dêtre nécessaire à elle-même ! Eh bien, cest ce passage que jappelle " mystère " : la nécessité de la promesse comme réalité de lorigine à laquelle il appartient donc de devoir disparaître comme telle pour devenir, une fois le mystère levé dans la révélation, une nature allant de soi.
Tout mystère est donc une promesse quon peut penser subjectivement en lui reconnaissant un sujet activement dévoilant (Dieu, le progrès des connaissances scientifiques, lEtre heideggerien etc.) : ce sujet, toujours autre, promet à lhumain quil le fera un jour accéder à sa vraie nature. Se tenir dans cette promesse, cest ce quon peut appeler vivre selon le mystère. La promesse étant métempirique (elle se définit de ce que la réalité ne compte pas), il lui appartient par conséquent de poser un ordre quon peut dire celui du sacré. Le sacré, cest simplement le caractère métempirique de la promesse et donc limpossibilité originelle de cela à quoi on se reconnaît pour vérité réelle (pour nature véritable) dêtre assujetti.
On aperçoit ainsi que la reconnaissance du mystère est celle de notre assujettissement : cest toujours dun autre (ou de moi en tant quautre, comme dans lhypothèse dune découverte radicale que je serais sur le point de faire) que jattends la levée du mystère : sa promesse est ma vérité. Que cet autre soit ma propre origine ne change rien à son essentielle impersonnalité ni surtout à la mienne. Dire quil y a du sacré (et il y en a partout, dès lors quil est toujours possible de repérer des eidétiques cest-à-dire des origines), cest dire quil peut bien être réel que nous décidions de nous-mêmes, mais que cela ne peut pas être vrai parce que nous avons une " nature véritable" qui est celle de notre mystère ! Car bien sûr la reconnaissance du mystère est inséparable de sa propre incidence subjective : si je parle du mystère de lorigine du langage, je parle de moi comme locuteur littéralement fait de ce mystère, et ainsi de suite selon tous les exemples quon voudra prendre. Dire que je suis mon propre mystère revient donc à dire que jai pour nature daccomplir la promesse dun autre (de la nature, de Dieu, ou de tout ce quon voudra). Or cela, il faut lappeler une destinée. On peut en présenter la conscience à travers cette question, qui serait donc la question réelle de chacun (par opposition à sa vraie question) : de quel autre ma vie a-t-elle à tenir la promesse ?
La destinée soppose radicalement au destin, comme le rassemblement eschatologique avec lorigine soppose à létrangeté définitive de la marque et donc, pour un sujet, de sa capacité de vérité. Dans le mystère, la vérité révélée apparaîtra à la fin comme nétant plus une vérité mais une réalité, alors que dans lénigme il ny aura jamais de réconciliation parce que cest toujours en étrangeté à soi-même quon répond à sa question dès lors vraie.
Lopposition est donc claire : entre la question que chacun est réellement pour lui-même (mystère) et celle quil est vraiment (énigme), entre la destinée dont un autre (lorigine comme nécessité) soit le sujet et un destin dont le sujet lui-même (la marque comme contingence) ait sans lui à être le sujet dès lors vrai.
On répond à lénigme par une vérité personnelle dans laquelle il est par principe exclu quon se reconnaisse jamais parce quelle scelle un destin, alors quon répond au mystère par un savoir commun dans lequel il est par principe nécessaire quon se reconnaisse toujours, parce quil scelle une destinée.
Une responsabilité désinvolte (mystère), une responsabilité responsable (énigme)
Il ny a pas de différence entre reconnaître les mystères de la nature ou de la foi et se reconnaître toujours déjà fait de nature ou de divinité, et par conséquent toujours déjà voué à une vie disons, pour aller vite, écologique ou religieuse ; il ny a pas de différence entre reconnaître les énigmes et ne pas se reconnaître dans la réponse dont seuls les autres sauront pourquoi elle était vraiment la nôtre puisque cest de son étrangeté que lénigme a depuis toujours institué la question de la vérité. Avoir affronté lénigme, cest mener une certaine vie dincompréhension et de vérité, la première conditionnant subjectivement la seconde. Une vie entière décriture, par exemple, cest une sorte folie quil est impossible de ne pas apercevoir comme un destin : quelque chose de fatal, qui arrive de lextérieur, quon ne comprend pas, avec quoi il faut faire désormais mais quon se trahirait soi-même de récuser. Dans le mystère, la désinvolture toujours possible ne serait pas une trahison de soi comme sujet singulier, mais la trahison dune essence qui est originellement la nôtre et dont la vérité est quelle soit commune (nous sommes des connaturalités avec lunivers pour le premier exemple, des créatures de Dieu pour le second).
Le mystère est une responsabilité : se tenir dans le mystère, cest sêtre fait le gardien de la promesse par laquelle on se constitue comme sujet général dêtre concerné (par exemple pécheur promis à la rédemption, etc.)
Finalement et à lencontre de lénigme, tout mystère est promesse den être ; elle sera tenue par un Autre qui peut être Dieu, la nature, lHistoire, ou toute autre entité, même triviale comme une décision de marketing ou farfelue comme un type dobjets de collection, quon voudra mettre à cette place de ce qui compte : dans le mystère il ne sagira finalement que davoir été compté et par là dêtre institué comme étant semblable en vérité originelle à tout ce qui laura été également. Ainsi sommes-nous tous pécheurs et avons-nous tous à espérer dans la promesse de lEvangile, pour prendre lexemple du mystère chrétien. Et certes, puisquil est question de vérité il doit lêtre aussi dune marque et dune marque originelle, antérieure aux marques des épreuves dinitiation dont jai parlé précédemment. Dans cet exemple, ce serait le baptême, et il est sûr quà toute mention dun mystère doit correspondre lindication dune marque originelle : langoisse devant linfini du ciel ou la fragilité devant la maladie peuvent être vues comme des marques de la nature en nous, si lon mentionne les mystères naturels. Ce sont des marques communes : elles attachent la vérité au sujet, mais dune manière commune (tous les chrétiens sont baptisés, tous les vivants sont susceptibles de maladie ) et par là en font des sujets relevant dune vérité commune et donc réelle puisquelle sera réalisée dans la promesse, elle-même entée dans la marque qui identifie chacun pareillement à tous les autres.
L'énigme aussi est une promesse, sauf que cest à celui à qui elle sadresse dans sa propre marque (par exemple la boiterie ddipe) quil reviendra de la tenir, dans une irréductible étrangeté à lui-même. Lui, il donnera de la vérité, tandis que le sujet du mystère en recevra. Le paradoxe de lopposition de lénigme et de la promesse est donc quil ait lieu à chaque fois dans la même dimension de la vérité promise, sauf que dans le cas de lénigme la vérité sentend dexclure le savoir, et par là de faire naître le sujet désormais pour lui-même ouvert à son propre gouffre. Tout au contraire, le mystère est bien la promesse, comme telle assurément abyssale, quil ny ait un jour plus de gouffre
Il ny a pas dautre mystère que celui de lorigine, disais-je, et on peut traduire cela en disant quil ny a pas dautre mystère que celui dêtre faits dune certaine nature dont il faut nommer vérité quelle soit notre réalité ultime et donc anonyme (puisquil ny aura plus de gouffre). Contre cela, on dira quil ny a pas dautre énigme que celle dêtre soi, parce que toute énigme quon rencontre met le sujet au pied de son propre mur, lenjoint à être vraiment lui-même dans limpossibilité expresse que cette promesse soit tenue en lui. Par exemple Hegel affronte lénigme dun sens à lHistoire ; et il ny a pas de différence entre dire quil ne sest pas dérobé devant elle et dire quil en a donné une réponse hégélienne celle qui consiste précisément à sêtre installé dans limpossible de la pensée, tel que nous pouvons lénoncer en disant quil appartient à lHistoire davoir été hégélienne depuis toujours (lui, il ne pouvait dire cela et cette impossibilité, nous savons que cest sa pensée). On peut dire pareillement que Freud affronte lénigme de létrangeté du sujet à la conscience quil a de soi et que, davoir reconnu que là était vraiment sa question, quil se donne le destin que nous savons : celui de limpossibilité réelle pour le psychisme dêtre dit enfin par lui " freudien ".
Tenir la promesse singulière quon est depuis toujours sans le savoir, cest un combat. Jai dit que lopposition subjective du mystère et de lénigme est quon approche le premier alors quon affronte la seconde. Et laffrontement se fait de récuser une réponse qui eût été commune. Cest ainsi que Hegel pense contre une conception providentialiste de lHistoire (et donc de lui-même), ou Freud contre une conception romantique de la psyché (et donc de lui-même). Voilà ce quon peut nommer liberté : la conquête de lénigme sur le mystère.
Car comment ne pas nommer " liberté " le fait dêtre vraiment sujet cest-à-dire sujet dune chose dont on soit sujet en vérité : lautorisant (vérité) et non pas sy exprimant (réalité). Il faut donc entendre ce terme de liberté comme une conquête, et pas comme un état quil faudrait dès lors qualifier de mystérieux ! Or ce nest plus de mystère quil sagit dans la liberté, mais dénigme
De ce que luvre soit vraie réponse et non pas réponse vraie (par exemple définir Hegel comme un penseur et non comme un endoctrineur), elle se trouve à son tour forcément énigmatique. Toute uvre est une énigme, puisquelle nest rien dautre que le réel dune impossibilité celle de dire le mot de lénigme que par ailleurs, et dans la seule dimension du savoir, nous avons désormais la possibilité de dire (la nature hégélienne de lHistoire, la nature freudienne du psychisme, etc.). Contre le sujet commun du mystère, lélu est fait expressément de cette impossibilité, et cest en quoi il marque, autrement dit fait autorité.
Dans le mystère au contraire, il y a bien une promesse, mais cest celle dun savoir dont, par opposition à celui de lénigme qui est impossible et donc propre (en première personne) la nature ultime soit dêtre commun. Le savoir dont on nomme " mystère " la promesse est commun au sens où il est sa propre possibilité, et par là même constitue une réponse valable pour nimporte qui, pour le sujet de la réflexion en général qui sen trouvera rassemblé avec sa propre vérité, dans une nature enfin véritable. . Si nous prenons comme exemple de mystère celui de la foi chrétienne, cela revient à dire que le croyant qui sen approche sapproche par là même dune vérité qui était la sienne depuis toujours sans quil le sache, parce quelle était aussi bien celle de nimporte quel autre pécheur pris dans lefficience historique de la Rédemption. Il ne savait pas que la dimension de lHistoire (je mefforce de garder le même support dexemplarité) était le réel de la promesse divine comme accomplissement du temps, accomplissement apocalyptique dont on peut dire quil est pour le sujet la restitution de sa vérité originelle qui est dêtre une créature de Dieu ayant péché et devant être sauvé. Or cette vérité chrétienne, elle vaut exactement de la même manière pour le sujet et pour son voisin de palier, qui a aussi pour nature véritable dêtre appelé à la vie divine à travers la Rédemption.
Le mystère est toujours la promesse, pour celui quil touche, quil accède enfin à sa nature véritable. Dans lénigme, la promesse est dêtre vraiment soi ce qui est exactement le contraire.
Le mystère est pour le commun, qui a à se retrouver lui-même et à jouir dêtre assujetti à sa lorigine qui lidentifie à nimporte qui ; lénigme sadresse au sujet distingué qui répondra sans reculer à la question quil est singulièrement pour lui-même, sans aucun profit daucune sorte, pour rien.
Le mystère vaut pour lhomme en général alors que lénigme vaut pour le sujet. Et certes, être humain est une responsabilité, et très lourde celle de préserver le mystère notamment contre sa réduction à la platitude sinistre les problèmes. Mais cest une responsabilité en quoi il ne va de soi que comme " en tant que ". Responsabilité désinvolte, alors, que nul ne confondra avec la vraie responsabilité, celle de lénigme, qui est celle dadvenir définitivement à sa propre étrangeté dans une uvre dont on na rien à faire.
Je vous remercie de votre attention.
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