La notion de désinvolture (5) : métaphysique et désinvolture
La question de la désinvolture est celle de la possibilité ou de limpossibilité dapprendre à vivre. Il ny a pas de savoir de la vie, et la sagesse est une imposture. Cela nous le savons depuis le début, de sorte que notre question nest jamais celle de trouver un savoir, réalisé dans des choses ou personnifié dans des êtres humains. Car la vie nest dabord vraie quà ce que le savoir, à commencer par le savoir de la vie sil était possible, ne compte pas, parce que si le savoir compte, cest quil a pris la place de la vérité et quon est déjà dans le mensonge.
Ce mensonge, nous sommes en train de lexplorer sous le nom de désinvolture, dont le trait essentiel est quil soit toujours légitime pour lui-même comme si la légitimité pouvait jamais se dire à propos de soi. Cest pourtant le sens des vies désinvoltes, puisquon ne peut lêtre quau nom des meilleures raisons et quà refuser, les concernant, la distinction de ce qui importe et de ce qui compte. Et certes, qui contesterait des vérités comme celles-ci : " les morts sont morts ", " les paroles senvolent ", " on ne peut nier la réalité " ? Le mensonge propre à la désinvolture réside précisément dans lautorisation quelle tire du savoir, dans le fait de sautoriser de savoir en arguant de son irrécusabilité. Cette attitude est la désinvolture même, qui peut être réelle comme celle de lemployé qui prend sur son temps de travail pour lire Shakespeare, ou vraie comme celle du notaire ou du pharmacien qui ne peut lêtre quà avoir " oublié " au nom des jouissances et des urgences de la vie que la question de lhumain était la question du vrai et donc, subjectivement pour chacun qui en reste marqué, celle de létrangeté inouïe de son propre destin. En termes réflexifs, on dira que les gens qui sont coupables envers eux-mêmes dun tel " oubli " ne savent pas vivre. Vraiment désinvoltes, ils constituent un modèle négatif pour la question de savoir sil est possible dapprendre à vivre : si cest possible, ce ne sera déjà pas auprès deux.
Sagissant donc dapprendre, nous découvrons en réfléchissant sur la réflexion de la désinvolture toujours occupée à convertir la vérité en savoir ou, si lon préfère, la distinction en différence, que la question nest pas celle dun savoir de la vie qui inviterait toujours à se conformer mais, tout au contraire, celle de la vraie vie. Critiquer cette conversion qui est celle de la réflexion en général et donc aussi de la métaphysique, cest le rôle second que je donne à ce questionnement sur la désinvolture. Ceux qui, au contraire, ne cèdent pas sur cette distinction qui est aussi bien celle de lacte subjectif inouï relativement à laction commune compréhensible, je les nomme les vrais : ils nont rien de plus ni de moins que les autres, ne leur sont donc en rien ni supérieurs ni inférieurs, mais ils inspirent un respect particulier que nous réfléchissons en nous les représentant comme susceptibles malgré eux de nous apprendre à vivre parce que nous ne pouvons pas distinguer le savoir de la vraie vie de lénigmatique signification de ce respect.
Si donc la question de la désinvolture est, inversée, celle de la vérité, autrement dit si les gens qui ninspirent dautre respect que celui quon doit à lhumanité en général sont aussi, dune manière quon dira paradoxalement non vraie, concernés par la vérité, alors on ne peut penser la désinvolture, et donc par inversion la vraie vie, en récusation dune duplicité qui soit encore et toujours celle de la vérité puisque cest seulement en vérité quon peut parler de vérité. La question de la désinvolture est dès lors celle du déni de cette duplicité. Et comme la désinvolture est le refus de la responsabilité, quon nest responsable quà dabord lêtre de la responsabilité elle-même (la désinvolture est la responsabilité davoir adopté une attitude irresponsable), et quil ny a originellement de responsabilité que du vrai, on peut dire que le déni du redoublement véritatif est le même que le déni du redoublement qui caractérise la responsabilité.
Ce que nous explorons maintenant, dans la voie ouverte par la définition que jai proposée la semaine dernière, cest donc la corrélation de la responsabilité et de la vérité.
Irresponsabilité métaphysique
La désinvolture est dabord le fait, pour un sujet, davoir démissionné de limputation originelle, celle qui concerne non pas les actions mais le fait den être sujet : quon soit sujet, oui, mais quon nait pas à en répondre.
Lirresponsabilité, cest dabord de ne pas assumer la responsabilité : se conduire comme si lenjeu de nos conduites nétait pas à chaque fois dêtre quelquun de responsable responsable, avant tout ce qui pourra nous être imputé, de notre statut de sujet responsable. Il ny a de responsabilité que redoublée.
La désinvolture radicale consiste donc, à ce niveau très précis de la responsabilité comme structurellement antérieure à elle-même (de même quil ny a de valeur que valablement ou de vérité que vraiment), à rendre acceptable ce quon fait puisquil ny a pas de différence entre faire cela, immédiatement ou médiatement selon que nos actions auront été bonnes ou mauvaises, et avoir toujours déjà démissionné au profit du savoir de notre statut de sujet pour la responsabilité. Cette démission, on peut la nommer dune manière générale en disant que cest lordre du métaphysique, lequel est lordre des raisons et, saccomplissant dans la question de la finalité, celle des meilleures raisons. La démission de soi comme sujet pour la responsabilité est donc non seulement réelle mais subjectivement légitime : elle accomplit sa nécessité comme efficience des meilleures raisons, précisément comme telles. Lordre des meilleures raisons est celui dêtre irrécusablement justifié davoir démissionné de la responsabilité pour la responsabilité. Double jouissance par conséquent, quon peut traduire psychologiquement en disant que la désinvolture est toujours une insolence : " vous nallez tout de même pas aller contre les meilleures raisons par exemple que la réalité a changé et quil faut sy adapter pour me reprocher ma conduite par exemple que je naie pas tenu parole nest-ce pas ?! "
On a compris que la désinvolture consistait à reporter la place du sujet, là où lon a à prendre la responsabilité de la responsabilité, sur la place du savoir, lequel est donc traité comme sil était le sujet du fait dêtre sujet, dès lors quil justifie lirresponsabilité de la responsabilité.
Car si le savoir permet, il acquiert par là même statut de sujet : le propre de la réflexion est den faire le sujet du conditionnement à être sujet. La notion de sujet nest pas du tout prise ici dune manière métaphorique, puisque je parle de la substitution réflexive du savoir au vrai lequel est, par définition , sujet de la vérité ou, si lon préfère, sujet de la marque qui est pour chacun son inouïe capacité de vérité.
Que le savoir soit institué en sujet du fait humain dêtre sujet, à la place du vrai qui causera en lhomme la capacité inhumaine de produire le vrai (la question de la marque est celle de cette transitivité), cest ce quon appelle depuis toujours la métaphysique.
La métaphysique et la désinvolture sont donc le même, si lon reconnaît que cest la responsabilité qui fait le sujet et quon nest sujet quà dabord responsable du fait même dêtre responsable ce dont la métaphysique, en mettant la présence du savoir au principe du bien et son absence au principe du mal, est la dénégation. Cette condition éthique pour le sujet dêtre dabord sujet de sa propre responsabilité, la réflexion en a depuis toujours destitué le sujet au profit du savoir. Et elle le fait avec satisfaction parce quil appartient structurellement à la réflexion davoir toujours déjà converti la vérité en savoir.
Lidentification de la désinvolture à la métaphysique vaut donc pour la forme dont celle-ci est leffectuation, la réflexion.
Donner au savoir la place du redoublement de la responsabilité, autrement dit en faire le sujet de la " subjectité " à la place de la vérité, cest ce quon peut nommer subjectivement désinvolture et objectivement métaphysique. La métaphysique est le discours de la désinvolture, comme telle, puisquelle est à chaque fois la justification dun défaussement du sujet non pas quant à la réalité mais quant au fait dêtre sujet. Prenons lexemple paradigmatique : si lon nomme platonisme la doctrine qui veut que toute question ait une réponse et certes, je ne puis minterroger quà supposer la réponse exister dune manière préalable, dans le monde des réponses cest-à-dire des nécessités idéales on devra reconnaître quune éthique (et donc aussi une politique) se trouve par là même toujours déjà engagée, celle-là même auquel le sujet humain se constituera lui-même comme tel de devenir soumis. Désinvolture, par conséquent : ce nest pas sa faute, si les réalités idéales commandent la réalité empirique, et si sa vérité est dès lors de devenir le lieu subjectif de cette nécessité ! Responsable de son statut de sujet, assurément, puisque toute métaphysique est en même temps une propédeutique au devenir légitime de soi, mais pas responsable de cette responsabilité : le sujet lui-même peut rejeter lantériorité de lidéal sur le réel, certes, mais il ne pas rejeter la nécessité, pour la vérité, quelle sentende comme ce savoir lui-même que son éthique sera donc de subjectiver. Et comme il ny a de sujet humain que par la vérité, on aperçoit que la désinvolture a pour principe de mettre le savoir à la place de la vérité. Substitution qui suffit à définir la métaphysique.
Le propre des raisons qui justifient quon soit désinvolte est de valoir pour nimporte qui, et par là même de désubjectiver celui qui sen autorise. Pas de différence donc, entre avoir universellement raison et avoir décidé de nêtre personne : si nimporte qui à ma place aurait fait ce que je fais, cest tout simplement quil ny a que la place qui compte et que mon agir est la fonction anonyme et indifférente de cette place comme telle.
Mais ce nest pas seulement davoir raison dans luniversel quon a démissionné de soi en sétait toujours déjà identifié à une place, cest aussi davoir tort. Car sil est vrai dun côté que cest mon tort qui me singularise en ce quil est la résistance de lexistence au savoir ou, si lon préfère, à lindifférence des places (avoir tort, cest faire ce que nimporte qui à notre place naurait pas fait), cette résistance de soi à lindifférence est aussitôt récusée par lappel à un savoir de second degré : si jai eu tort et par conséquent si jai pu apparaître momentanément comme un (mauvais) sujet, cest parce que jétais fatigué, ou ignorant, aveuglé ou aliéné, ou tout ce quon voudra dautre bref, cest parce que jétais le véhicule anonyme des forces mondaines. Comment expliquer une action mauvaise, en effet, sinon encore et toujours par des excuses qui, comme le mot lindique, mettront littéralement son sujet hors de cause ? Rien là que de très évident, même en première personne : il mest absolument impossible dassumer ce que je regrette avoir fait puisque je parle justement de ce que, moi qui parle actuellement, je ne ferais pas ! Je ne le ferais pas, et pourtant cela a été fait dans une imputation à mon endroit que par ailleurs je ne conteste pas, une imputation dont je reconnais la nécessité mais non la vérité. Quand je considère une de mes actions que je ne regrette pas, je le fais forcément en mettant en avant que je savais : je nai pas méconnu la situation, je nignorais pas le maniement des moyens à employer, je nétais pas aveugle aux conséquences qui allaient sensuivre et cest bien cela, avoir eu raison. A linverse, quand jai eu tort, cest que je ne savais pas. Et de fait, cest ce que je dis expressément chaque fois quon a raison de me reprocher une de mes actions : je ne savais pas ce quil aurait fallu faire, que ma parole aurait une telle portée, que la situation était aussi grave, et ainsi de suite. Car que jaie raison ou que jaie tort, tout tiendra toujours au savoir comme présent ou comme absent. Aucune action (par opposition à acte) concrète néchappe donc à cette alternative davoir raison ou davoir tort qui est celle de son sens, de son intelligibilité : ce dont je suis le sujet est réflexivement acceptable quand jai établi que cest à chaque fois le savoir qui était la vraie cause, puisquon acceptera immédiatement ce que jai eu raison de faire et qui me constitue rétrospectivement comme le vecteur anonyme du savoir (ainsi le médecin qui a fait le bon diagnostic établit-il quil a été la médecine personnifiée), ou quon acceptera médiatement ce que jai eu tort de faire, dès lors que jaurai établi que cétait encore et toujours le savoir qui comptait seul, à ceci près que dans ce cas cétait comme absent (ainsi le médecin qui fait un mauvais diagnostic prouve quil na pas assez étudié la médecine). En somme, ma réflexion identifie ma responsabilité au caractère acceptable pour moi de toute imputation réelle, et ce caractère sentend de ce quun sujet véritable soit désigné non pas à ma place mais comme le sujet du fait que je sois sujet (dune bonne ou dune mauvaise action) le savoir. En quoi cest toujours le savoir qui reste lagent, en exclusivité expresse de la vérité dans ce quil faut bien nommer une démission radicale du sujet qui ne pourrait lêtre vraiment quà avoir raison sans que ce soit de manière universelle.
Jopposais la désinvolture réelle à la vraie désinvolture. La première relève dun point de vue métaphysique en ce quelle suscite finalement le reproche de navoir pas réfléchi ni donc universalisé sa position (effectivement : si tous les employés lisent Shakespeare au bureau, le service administratif ne sera pas assuré !). La seconde sentend au contraire de lirréductibilité de la vérité au savoir ou, si lon préfère, de lirréductibilité de lacte à laction, telle quelle apparaît dans la nécessité originelle pour la responsabilité davoir été depuis toujours (cest léthique au sens propre) décision quant à la responsabilité elle-même.
Quand le savoir de la vérité vaut pour lantériorité de la vérité à elle-même
On ne peut être désinvolte, cest-à-dire arguer du savoir contre la vérité, quà prétendre à la légitimité de le faire, autrement dit quà sadosser à une doctrine de la vérité que par là même on réalise.
Que la métaphysique, et donc aussi la désinvolture dont elle est le réflexif, sentende comme doctrine de la vérité, cest ce quon opposera à une conception littérale et irrécusable qui voudrait en faire une doctrine de la réalité. Je veux dire que la métaphysique sentend à lencontre de la " méta-physique " pour la raison de principe quil appartient au philosophe et non pas au savant de dire le métaphysique. Certes, tous les métaphysiciens se sont imaginés eux-mêmes comme des méta-savants et ils lont presque tous affirmé de manière explicite. Mais on oublierait, à sen tenir à cet argument, quil ny a de métaphysique que des " natures ", cest-à-dire quil appartient au sujet de lénonciation de frapper son énoncé dune marque dimpossibilité radicale, celle-là même que nous dirons en adjectivant le nom dudit sujet. Quoi de plus objectif et de plus rationnel que cette suite dimpératifs quon appelle la méthode ? Il nempêche quà les dénombrer, nous indiquerons quil sagit là des préceptes cartésiens, disant deux cette ultime vérité de discours que Descartes a été institué comme penseur de ne pas pouvoir dire. Et ainsi de suite. Impossible, donc, de trouver une métaphysique qui ne soit quune " méta-physique ", cest-à-dire qui ne soit pas faite, pour rester dans la même référence, de " la marque de louvrier sur son ouvrage ". Bref, il ny a de métaphysique que dans et par la coupure du savoir (ce que nimporte qui aurait raison de dire) par la vérité (quun seul ait dû et pu le dire), dont jai proposé la notion de " nature " pour donner lindication expresse.
Si donc il est impossible de concevoir quune métaphysique fonctionne autrement que dans le déni pour elle-même de cette coupure, autrement dit sil ny a jamais de métaphysique que de " natures " uniquement dicibles comme telles par le lecteur et donc de métaphysique quen déni dune division qui a toujours déjà eu lieu et qui la fait malgré tout relever de la vérité et non pas du savoir (ainsi personne naurait lidée dêtre disciple de tel ou tel penseur classique, mais personne nignore quil faut les lire et les relire), alors il faut reconnaître que toute métaphysique est une doctrine de la vérité et quelle ne porte que sur les causes premières ou les premiers principes du savoir que comme entités réflexivement instituées par la " nature " de la vérité (par exemple : le caractère réflexif de la morale, cest sa " nature " kantienne, etc.).
Quand nous avons réfléchi sur la philosophie, nous avons souligné ce paradoxe des " natures " ou, si lon préfère, de la nécessaire coupure du savoir par la vérité qui constitue le discours métaphysique en déni de lui-même : il lui appartient de se présenter comme sil nétait pas luvre dun penseur mais la réflexion dun savant, alors même que sa lecture est le réel dune division où cest la pensée et non pas le savoir qui se donne à reconnaître. Voilà pourquoi il est impossible quune métaphysique soit autre chose quune doctrine de la vérité, alors même quelle se présente comme une doctrine de la réalité, comme une " méta-physique ".
Cette nécessité pour la métaphysique dêtre malgré soi exhaustivement faite de la coupure du savoir par la vérité permet de concevoir la désinvolture comme une responsabilité, celle dêtre irresponsable de la responsabilité.
Car si le désinvolte entend ne pas prendre en charge la nécessité pour la responsabilité de porter dabord sur la responsabilité, ce refus est son acte et donc aussi son éthique, si lon nomme ainsi la manière dont un sujet décide de lui-même, notamment par le refus de décider qui est encore une décision. Qui nierait en effet que se laver les mains dune difficulté est encore une manière de sy impliquer ? On sait ce que signifie politiquement la formule " moi, je ne fais pas de politique ", par exemple.
Nous retrouvons ainsi lantériorité paradoxale de la vérité non seulement sur elle-même ainsi que lexige son concept ce dont la désinvolture est précisément le déni mais dabord sur lattitude dassomption ou de déni quune personne adoptera envers elle, puisquelle est justement un personne cest-à-dire un sujet autorisé. Et de quoi pourrait-on sautoriser, finalement, sinon encore et toujours de lantériorité du vrai à soi, autrement dit de sa propre marque ?
Je termine donc en indiquant que la désinvolture est malgré tout lattestation du caractère déjà vrai de la vie puisque cette vie était humaine et que lon doit nommer " humain " ce vivant qui ne se remettra jamais davoir été marqué par le vrai. Car bien sûr la désinvolture est une manière humaine de vivre une manière dont la cause reste par conséquent le vrai, bien quelle le récuse expressément et même thématiquement en insistant sur limpossibilité de principe quil y ait autre chose que le réel. Ainsi, dêtre une manière humaine de vivre, la désinvolture reste véritativement causée, mais dès lors quil appartient à la vérité de sêtre depuis toujours redoublée elle-même (il ny a de vérité quen vérité et pas en réalité), il faut reconnaître que cette manière de vivre, si elle est réellement humaine, ne lest cependant pas vraiment.
Lopposition de la vraie vie et de la désinvolture se traduit donc par cette opposition entre être vraiment humain et être réellement humain et surtout pas, bien sûr, par une opposition entre une élite de gens qui seraient " vraiment " humains et un troupeau de gens qui ne le seraient " pas vraiment ". Aucun individu, si monstrueux quil puisse être par ailleurs, nest moins humain quun autre, parce que la question de la vérité est celle dune distinction qui renvoie à lacte subjectif et non pas dune différence qui renvoie au savoir. Cela dit, il y a des gens qui sont vraiment humains, en distinction et non pas en différence de ceux qui le sont réellement de ceux dont on ne peut donc surtout pas dire quils ne le seraient que réellement sous peine de ramener réflexivement ce qui compte à ce qui importe, autrement dit sous peine dêtre soi-même désinvolte en mettant encore le savoir à la place de la vérité.
Les " vrais ", par opposition à tous les autres qui ne leur sont nullement inférieurs, on peut dire quils savent vivre et que leur rencontre est à chaque fois une leçon de vie que nous avons à méditer une leçon que nous ne nous remettrons jamais davoir reçue.
Moi je dis des " vrais " quils sont élus, ou encore quils sont sauvés en autorisant ce vocabulaire non pas de croyances plus ou moins consolatrices cest-à-dire vulgaires mais, au contraire jespère, de ce que nous avons eu loccasion dapprendre quand nous avons posé la question de la vie " spirituelle ". Quant aux autres, dont chacun fait forcément partie pour soi-même (la réflexion institue le sujet comme identique à sa propre indifférence), lidée de dire quils sont sauvés na par là même aucun sens : on peut seulement espérer quils ne (se) soient pas complètement perdus.
La distinction des " vrais " dont la rencontre est toujours une leçon de vie (et donc, le respect étant la tonalité de cette rencontre, une " humiliation " pour nous), et des autres dont laperception est toujours une expérience non pas seulement anthropologique mais humaine, il faut la penser à partir de la réflexivité propre à la désinvolture, une réflexivité dont le paradoxe est quelle concerne la vérité, puisque cest encore et toujours par la distinction de la vérité et du savoir quon peut récuser que la vérité se distingue du savoir.
Dans les prochaines séances, je reviendrai sur la définition que jai proposée de la désinvolture comme différence de la signature et dune vie dont il nest par ailleurs pas question de nier la vérité, puisque cela reviendrait à en nier lhumanité alors que la désinvolture est une manière expressément humaine de vivre.
Je vous remercie de votre attention.
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