Apprendre à vivre (11) : La notion de désinvolture (1)
Aujourdhui nous allons prendre notre problème général par son envers : à la question des " leçons de vie ", à celle de la méditation, à la distinction de ceux qui nous imposent le respect et auxquels nous sommes définitivement redevables dune marque qui nous donne littéralement à nous-mêmes, nous allons substituer la question de la désinvolture. Cest exactement la même question : celle de la définition de la vraie vie à partir de la reconnaissance du vrai et celle de ses effets à ceci près que nous labordons aujourdhui par la négative. La désinvolture sentend en effet dabord à partir de la décision non pas quil ny aura pas de vrai mais quon ne le reconnaîtra pas.
En prendre à son aise avec la vérité
La désinvolture semble une qualité morale liée à la liberté : à lencontre de celui qui, pris par lesprit de sérieux et le conformisme, se soumet à des autorités dont seul fondement est quelles soient admises comme telles, celui qui fait preuve de désinvolture montre quil nest pas dupe et que tout ce qui soumet les autres ne compte pas pour lui.
La désinvolture est séduisante, opposée quelle est aux pesanteurs de lesprit de sérieux et du conformisme habituel des opinions : elle représente la légèreté de celui pour qui les choses ne sont pas lourdes et pour cette raison elle est esthétiquement proche de la grâce. Quest-ce quun danseur, en effet, sinon un corps qui est désinvolte envers la pesanteur ? Celle-ci importe toujours (il ne se met pas à marcher au plafond) mais la liberté du danseur, dont il faut nommer grâce la phénoménalité, est précisément quelle ne compte pas. Le considérant, lui, nous parlerons donc de grâce, mais considérant son rapport à ce qui simpose à tous dans la lourdeur des choses et des corps, nous parlerons de désinvolture. A chaque fois que nous rencontrons la grâce, nous pouvons ainsi opérer un retournement et considérer lobjet comme lobjet même de la désinvolture : que par exemple le chef de lEtat gracie un prisonnier et il sera presque impossible aux policiers qui auront éventuellement risqué leur vie pour larrêter ainsi quaux magistrats qui auront longuement instruit son procès, de ne pas parler de désinvolture. Les propos désinvoltes tiennent de cette réciprocité de lobjectif (désinvolture) et du subjectif (grâce), et cest delle quils tiennent leur caractère séduisant, plaisant, dégagé. Si la grâce est le réel de la liberté, la désinvolture en donnerait limagination.
On nignorera bien sûr pas la relativité du jugement de désinvolture : dans lexemple précédent, ce sont ceux dont le travail est ramené à rien qui voient de la désinvolture là où on peut tout au contraire apercevoir la donation paradoxale dun surcroît de consistance (cest de nêtre pas absolue et définitivement inexorable que la justice est forte comme institution humaine). Pareillement ceux qui sont indifférents à ce qui compte pour nous susciteront en nous le sentiment quils sont désinvoltes, parce que nous naurons pas fait leffort de réflexion de reconnaître que ce qui nous rend sujet peut être, sagissant deux, un simple élément (éventuellement très important) du monde. Et certes tous les autres sont désinvoltes relativement à ce qui nous fait exister comme nous le sommes nous-mêmes à leurs yeux. Lartiste par exemple aura un rapport désinvolte à ses obligations de citoyens, bien que par ailleurs (mais justement : tout est là) il reconnaisse que la citoyenneté compte dans lexistence commune que tout être humain mène forcément avec les autres. De la même manière, le financier qui nest pas forcément une brute inculte aura un rapport de désinvolture avec lart, qui sera comme un supplément dâme dans une vie quil aura par ailleurs complètement asservie à la symbolique sociale (que lart, cest-à-dire la distinction pratique de la vérité et de la réalité soit quelque chose dont on dise quelle importe, voilà le désinvolte !). Or du point de vue de ceux qui sont institués dans leur vérité de sujets par quelque chose à quoi les autres ne reconnaissent que de limportance, il faut bien admettre que ces autres en prennent à leur aise avec la vérité. Bref, un premier niveau de réflexion nous oblige à reconnaître quon peut faire à chaque fois de la chose qui compte pour nous le principe même de la vérité, et par là même sincèrement constituer lattitude dautrui en désinvolture.
Il nen reste pas moins quon a reconnu dans la désinvolture lattitude qui consiste à en prendre à son aise avec la vérité, la question du jugement concret étant de savoir si cette reconnaissance est seulement un effet détrangeté (je dirai par exemple que les artistes sont désinvoltes avec la question de la vérité : ils vivent dedans et ne font généralement pas leffort de lire les ouvrages que les théoriciens ont consacrée à cette notion !), ou si elle est véritablement une décision, celle du refus positif si lon peut dire, davoir une conduite qui soit entée sur la reconnaissance du vrai. Puisquon linterroge non pas comme signification éventuellement projective voire fantasmatique mais comme comportement, il faut convenir de réserver ce terme à un certain mode de responsabilité : la responsabilité de lirresponsabilité. Car opter pour la désinvolture, cest avant tout refuser de répondre de soi (de ses jugements, de ses conduites ) devant le vrai. En quoi on peut dire plus simplement que cest refuser de répondre de soi, puisquil ny a finalement jamais de réponse, en termes déthique, quenvers le vrai. On peut nommer " désinvolture ", au sens strict, le refus de cette responsabilité.
Tout le monde nest pas en position de refuser de répondre de soi : il faut le pouvoir et donc ne pas se trouver dans une situation où lon aurait vraiment à sautoriser de soi. Celui qui parle dautorité (cest-à-dire en première personne, en impossibilité à soi) ne peut pas être désinvolte alors que celui qui est nimporte qui, justement pour cette raison, lest de toute façon déjà.
Lexistence en troisième personne est la désinvolture même, y compris dans ses manifestations les plus sérieuses et les plus responsables, les moins désinvoltes. Car être sérieusement administrateur, pharmacien ou notaire, cest refuser sérieusement la nécessité éthique inhérente à limpossibilité quon est pour soi-même ! Autrement dit, cest mener une vie dans laquelle ne compte pas quon soit la première personne, soi-même et non pas nimporte qui, puisquon sidentifie à une fonction dont la définition même est quelle admettre nimporte quel titulaire dès lors quil aura la qualification requise (laquelle qualification et à la portée de tout le monde : il suffit détudier). La désinvolture et la trahison de soi, éthiquement, sont le même, puisquil sagit den prendre à son aise avec sa propre vérité. Inversement lécrivain qui gagne sa vie comme surnuméraire au service des cartes grises de la préfecture, sil a inconditionnellement le devoir de bien accomplir sa besogne et ne saurait moralement arguer du caractère exquis de sa sensibilité pour ne pas mériter jusquau dernier centime de son salaire, peut éthiquement récuser ce que nous devons dès lors nommer la désinvolture dêtre sérieux. On la déjà dit à propos de la morale, qui commande à chacun dagir expressément en tant quil est nimporte qui alors même que la vérité personnelle dun sujet sentend à lencontre de cet indéniable statut. Peut-être une notion marginale du discours lacanien, celle du " cynique " (dans la trilogie du " cynique ", de la " canaille " et du " débile "), éclaire-t-elle ce paradoxe. Utilisons-la en disant que contre toute morale et donc de manière inexcusable il arrive à celui qui a été analysé et qui est en quelque sorte passé de lautre côté du miroir (qui ne se prend plus pour son moi, et ne reconnaît dès lors plus vraiment les autorités qui y sont attachées), de laisser la besogne aux autres ! Lexemple de lécrivain est à mon sens bien plus prégnant, philosophiquement. De toute façon, ce tourniquet du sérieux et de la désinvolture (il y a un niveau où le sérieux moral est la désinvolture éthique, et inversement) vérifie à chacun de ses moments quon nomme désinvolture la décision den prendre à son aise avec la vérité, et cest ce qui compte ici.
Ladolescent est volontiers désinvolte envers ses parents, les autorités scolaires, les représentants de lordre social, les valeurs établies (par exemple il proclamera larbitraire et donc la fausseté des classifications " bourgeoises " pour lesquelles Racine est très supérieur à Boris Vian). Le seront aussi beaucoup dayant-droit de la protection sociale, qui pensent que tout leur est naturellement dû comme si ce quils reçoivent en prestations navait pas son origine dans le travail, lingéniosité et la souffrance des autres. On pourrait mentionner dautres catégories du même ordre, dont lensemble regrouperait tous ceux qui sont dans la situations dêtre pris en compte par les autres mais de ne pas compter eux-mêmes. Et certes, il est narcissiquement tentant, quand on ne compte pas, daffirmer que rien ne compte ; il est encore plus tentant quand on ne vaut soi-même pas grand choses (on ne possède aucun talent particulier, on nest pas très instruit, on ne travaille guère ) de proclamer que tout se vaut et de rationaliser ses cataplasmes imaginaires en répétant que tout est finalement arbitraire et convention (" tout cela est très subjectif ", disent les élèves qui refusent dentrer dans les raisons des auteurs quon voudrait leur faire lire, cest-à-dire qui refusent de devenir capables de jugement). Au sens de la décision dirresponsabilité nest donc pas désinvolte qui veut : la désinvolture est la première forme du ressentiment (dont on approfondirait nietzschéennement la notion en pensant spécifiquement quon soit désinvolte envers le temps mais cest une autre question).
Impossible en somme dêtre sincèrement désinvolte : de même quil faut savoir quun homme nest pas un chien pour le traiter comme un chien (Sartre, à propos du racisme), il faut savoir que tout ne se vaut pas pour se conduire comme si tout se valait, et il faut avoir admis lautorité du vrai pour dénier quil y ait aucun vrai qui fasse autorité. Car pour poser quil y a seulement des importances et que rien ne compte, il faut avoir déjà admis que les importances nétaient telles quen fonction dune autre réalité, dès lors sans importance Cest seulement de lextérieur quon peut parler honnêtement de désinvolture, quand on reconnaît en soi-même ou chez les autres lattitude qui ramène la valeur à linsignifiance, les égards à la convention, le talent au hasard, le sérieux à la vanité, pour la seule raison que tout cela relève dun domaine où ce qui compte pour nous nest pas engagé. (Mais il existe bien sûr des domaines, par exemple la citoyenneté pour lartiste dont je parlais plus haut, dans lesquels il est impossible à la réflexion dadmettre quon dise quils ne comptent pas.)
En quoi se dédit la corrélation de la grâce et de la désinvolture : si on ne peut être gracieux quà ignorer quon lest (une jeune fille qui se sait gracieuse et qui agit comme telle na plus quun comportement hystérique), on ne peut être désinvolte quà vouloir lêtre et quà en rajouter sur ce vouloir. Subjectivement donc la désinvolture est un mensonge, et objectivement elle est un déni : déni de la valeur, de lautorité, du travail, etc. bref de la vérité.
Jintroduis donc mon étude en définissant la désinvolture comme la liberté quon prend à légard de la vérité.
Et cette définition ne peut elle-même sentendre à ce que nous ayons reconnu alors quil ny a originellement de liberté que donnée par le vrai auquel, par principe, on peut seulement avoir raison dêtre ordonné Cest davoir la vérité elle-même et comme telle pour déni que la désinvolture est le " crime des crimes ".
Ne pas sembarrasser avec lorigine
Si la désinvolture est un comportement, elle sadresse à un certain objet, au sens le plus large du terme : cest forcément un objet qui fait autorité dont on doit dénier quil le fasse (et il est certain en ce sens que la désinvolture nest jamais loin de lirrespect), un objet dont lexamen du terme même devrait nous permettre de saisir la spécificité.
Le dictionnaire, corroborant un simple examen de la manière dont le mot est formé, apprend que le terme vient de litalien desinvolto qui signifie développé, dégagé. Littéralement donc, la dés-involture serait laction de dégager et, si lon veille à la littéralité des termes, renverrait à une é-volution, qui est aussi un dégagement. Mais là où lévolution se donne pour un devenir par engendrement des formes et donc, à la réflexion, pour le dégagement progressif dune forme apparaissant par après et dune façon toute imaginative comme le sujet final du procès dont elle résulte (par exemple on peut parler de lévolution qui a conduit de la " soupe primitive " à lhomme), la dés-involture serait le fait dun sujet déjà constitué (ou se croyant tel) qui se dégagerait de lui-même de ce qui apparaît dès lors comme une gangue faite de conditions mortes et désormais sans vérité. Bref, pour le dire familièrement, la dés-involture peut sentendre comme le fait de ne pas sembarrasser de ce dont pourtant on résulte et on la déterminerait subjectivement en disant quelle consiste à se croire autorisé à le faire à cause de la distance quon a eu la possibilité de prendre relativement à cela dont on est soi-même issu. Je synthétise donc en définissant la désinvolture comme le fait de ne pas sembarrasser avec lorigine.
Lusage ne me semble pas contredire cette compréhension, tant dans sa dimension laudative que péjorative. Avoir de lesprit suppose en effet une certaine désinvolture de la parole : le mot desprit, qui est un " bien dire " de linconscient, est en général dautant plus apprécié quil est irrévérencieux et quil permet de dire (en nayant justement pas eu la grossièreté de lavoir dit) son mépris ou sa haine envers ce quil est convenu de respecter ou daimer. Avoir de lesprit, le sens du bon mot et de la répartie qui fait mouche, est une qualité sociale magnifique dont notre époque, étrangère à lart de la conversation, ne garde quun souvenir estompé et lointain. Mais la désinvolture qui contribue tant au plaisir de lesprit (et a dû permettre des chefs duvres dont nous navons pas idée) est par là même déjà une mauvaiseté, ouvrant au caractère péjoratif de sa compréhension puisquelle récuse, sous les apparences du contraire plaisamment marquées comme telles, la nécessité daimer ou de respecter. Que cette récusation soit grossière, et la différence nest plus que déducation : à lélite la désinvolture de lesprit, au peuple celle des manières mais à chaque fois lobjet est le même.
Lobjet de la désinvolture
Lobjet, je viens de le dire, cest ce quon doit respecter ou aimer ; et lexamen précédent a fait reconnaître que cet objet devait aussi sentendre au sens de lorigine, ou plus exactement, lorigine nétant rien (on ne la confondra ni avec le fondement ni avec le commencement), comme ce qui reste de lorigine.
Lobjet de la désinvolture, donc, cest le reste de lorigine.
En termes subjectifs, cela revient à dire que la désinvolture nest pas le contraire du respect, mais de la piété, puisque cest ainsi quon nomme le sentiment spécifiquement adressé à cet objet très particulier qui est chu de lorigine, et dont la désignation paradigmatique serait donnée par le terme de reliques.
Concrètement donc, et au-delà de la simple mention de lorigine, on dira que la désinvolture consiste à ne pas sembarrasser avec les reliques.
Or le trésor, je le dis, est forcément constitué de reliques. Pour me situer dans le cadre des réflexions précédentes, je donnerai de la notion la présentation subjective suivante : est désinvolte celui qui saccage son trésor. Voilà bien en quoi la question de la désinvolture est lenvers de celle de la vraie vie.
Lattitude désinvolte a pour signification quil y a seulement des choses plus ou moins importantes, et que dès lors rien ne compte ou plus exactement elle a pour signification lidée quil faut récuser jusquà la distinction même de ce qui compte, relativement à ce qui importe. Lobjet de la désinvolture sera par conséquent le distingué comme tel quil faudra dès lors traiter comme un indifférent, comme une réalité banale qui aurait aussi bien pu ne pas être ou être autrement constituée. Car le distingué, nous le savons, opère la distinction : le vrai se reconnaît à leffet de vérité, qui est la distinction.
Rien de ce qui est distingué, et qui par là fait autorité (impose le respect) cest-à-dire distingue, ne doit être reconnu comme tel, quand on est désinvolte : il faut que, layant reconnu malgré soi, on fasse expressément comme si de rien nétait et donc comme si lon nétait pas divisé davec soi
Cependant cette définition est insuffisante, car elle conduirait à confondre la désinvolture avec labsence de respect : il faut penser le distingué non pas dans sa réalité mais dans son effet de distinction, ou plus exactement (parce que cet effet est lautorité et donc, réflexivement, le respect), dans son rapport à quelque chose dont la désinvolture prétend avoir le droit de ne pas tenir compte. Or de quoi pourrait-on légitimement ne pas tenir compte, sinon de ce qui nest littéralement rien mais dont le distingué, quil faudra donc dénier pour cette seule raison, tient sa distinction ? Je pose la même question en demandant ce que cest quopérer la distinction. Et je réponds : cest faire origine.
Dans la désinvolture, cest par conséquent la question de lorigine qui se trouve expressément récusée. Non pas ignorée mais bien récusée, puisquon nest désinvolte quà la condition de refuser davoir des égards envers ce qui nest pas causé comme important, et donc envers ce dont on nest pas sans savoir quil est finalement la seule chose qui compte. Récuser non seulement lorigine, qui nest rien, mais son effet qui est toujours un effet de distinction par opposition à un effet de différence qui devrait forcément procéder de quelque chose (souvenons-nous de lexemple du bourgeois distingué : cest un bourgeois comme les autres, à ceci près quil est dorigine bourgeoise).
La question de la désinvolture, quant à son objet, est par conséquent celle du reste de lorigine envers lequel il sagira expressément de navoir aucun égard, notamment réflexif Tout ce qui fait autorité a figure de relique : cest toujours quelque chose qui est tombé de limpossible, et qui en témoigne dans le champ du possible, là même où limpossible est précisément impossible. La désinvolture est le refus de voir ce témoignage : " mais de quoi parlez-vous donc, puisque limpossible est impossible !? ".
Chu de limpossible, lobjet auquel il sagira de refuser tout égard ne pourra prétendre y avoir droit : pour quil y ait des raisons, il faudrait que limpossible ne fût pas limpossible mais seulement une sorte de possibilité, éventuellement rare, mystérieuse et paradoxale (une " révélation divine ", un " don naturel ", par exemples).
Ainsi quil appartient dune manière générale au ressentiment, la désinvolture est une bonne conscience : il ny a pas de raison davoir des égards ! Et sa force est de pouvoir létablir, puisquil ny a par définition que la réalité, laquelle est comprise comme le tout de ce que nous pouvons apercevoir tout hors de quoi il ny a rien, par définition, rien dont on puisse sautoriser pour faire des distinction là où il est évident quil ny a pas de différences.
La tautologie est par conséquent le grand argument des désinvoltes. Le passé, cest le passé. Les morts sont morts. Les productions humaines sont des productions humaines. Et ainsi de suite. Elle sacharnera donc sur lobjet qui aura comme sens de récuser lirrécusablement tautologique. Par exemple elle sentendra à lencontre didées comme celles-ci : que nous serions en dette envers les morts, que le passé déjà happé par le néant nous demande malgré tout de le maintenir dans lêtre, que des uvres puissent donner du sens à la vie alors même quelles en sont les produits, et dautres. En somme elle sentend toujours à lencontre du sentiment que nous puissions être obligés à des égards envers ce qui na aucun pouvoir daucune sorte dimposer la contrainte de sy soumettre
Cest pourquoi la désinvolture est une bonne conscience, si lon nomme ainsi le sentiment de celui qui estime quil en a assez fait, quil a fait ce quil devait et quon devrait bien le reconnaître. Bien sûr on reconnaît la question philosophique de lessentielle inconsistance de la vérité, autrement dit de son irréductible distinction à toute forme de réalité. A celui qui a fait ce quil devait, on nest assurément pas fondé à demander encore de faire quelque chose (" jai déjà donné ", dit-il au second mendiant), et pourtant nul nest sans savoir quil na encore rien fait (répondre cela au second mendiant, cest tout simplement refuser de donner).
On a compris que la désinvolture tenait sa force, à ses propres yeux, de demander à ce quon exhibe des différences qui justifieraient les égards dont elle est le refus. Or justement, ce nest pas le différent qui a droit aux égards, cest le distingué. Montrer que le distingué nest différent en rien, voilà en quoi consiste larrogance. Il ny a de désinvolture (envers le vrai) que comme arrogance (à lencontre de la distinction).
Il faut répéter quelle est le " crime des crimes " parce quelle consiste à poser, pour la raison en effet irrécusable quil ny a pas de vérité mais seulement de la réalité, que la vérité ne compte pas puisquil ny a que du réel !
Quen est-il alors de labsolutisation de la réalité et donc, réflexivement, du savoir ? Quelles conséquences, relativement à la " vraie " vie, implique lidée quil ny a que la vie , en nous qui dès lors serions en mesure de décider de la vérité elle-même ? Autrement dit quel est lenjeu secret de la désinvolture ?
Cest ce que nous verrons dans la seconde partie de cette étude.
Je vous remercie de votre attention.
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