Apprendre à vivre (6) : Le savoir-passe et le trésor (suite)
Les " leçons de vie " enseignent dabord lexclusivité de la vie et de la vérité, telle quelle apparaît dans la nécessité éthique de laisser le service des biens (y compris de la vérité quon serait " philosophe " en réalité métaphysicien de " chercher ") à ceux qui rassemblent. Ceux qui distinguent, au contraire, produisent sur nous un effet qui, justement dêtre de distinction, se réfléchit dans le terme de " leçon ". Celui qui donne les leçons, forcément sans le savoir, ne peut être identifié au maître exclusivement défini par sa place : il sautorise de soi, cest-à-dire de sa propre impossibilité, et cest justement deffectuer celle-ci et non pas un quelconque savoir sur la vie obtenu à force don ne sait quelles expériences, que nous en recevons une leçon. Celui-là, celui qui parle, qui agit et même qui existe en première personne, je lappelle un vrai. Il y a des personnes qui sont vraies, et nous sommes définitivement marqués de les avoir rencontrées ; et puis il y a tout le monde à commencer par nous-mêmes (car chacun est dans sa réflexion celui que nimporte qui aurait été à sa place) : ceux qui importent plus ou moins mais qui ne comptent pas. Et que nous-mêmes ne comptions pas, cest ce que montre irrécusablement la possibilité dans laquelle nous sommes toujours de nous sacrifier. Cette opposition, que je cantonnerai aujourdhui à la question des personnes après avoir reconnu quil y avait du vrai dans la nature (des choses qui nous parlent, dont la vérité tient à limpossibilité que la nature est pour elle-même), il me semble nécessaire de la traduire en disant quil y a les gens qui viennent de loin et auxquels nous sommes redevables de leçons de vie dont ils seraient bien surpris dapprendre quil nous les ont données, et tous les autres les proches, ceux qui relèvent du même monde que nous parce quil ny en a pas dautres.
Le trésor de la rencontre : ceux qui " viennent de loin "
Il y a tout ce que nous pouvons rencontrer et par ailleurs lindéfinie multiplicité des réalités dont nous faisons à chaque instant lexpérience, et qui par là même importent mais ne comptent pas. Car cest bien sûr den sortir éprouvé ou enrichi que se fait la distinction : rien de ce qui nous a enrichis ne compte jamais, puisquen notre richesse cest toujours encore et toujours nous qui comptons. Toute rencontre au contraire est une épreuve. Et lépreuve est toujours celle, pour un sujet, de ne pas compter.
Corrélativement jopposerai les gens qui sont indéfiniment renouvelés dans le monde commun, nos semblables transcendantalement originés dans la communauté qui est le trait essentiel du monde, à dautres qui récusent cette nécessité pourtant transcendantale et quil peut nous arriver de rencontrer. Que nos semblables ne comptent pas, cela signifie que nous sommes dans limpossibilité de reconnaître la distinction dune personne quand nous nous reconnaissons en elle : delle à nous, elle est forcément commune. Je dis que la rencontre de ceux qui récusent la proximité qui définit la semblance (être le semblable de ses semblable et par là se reconnaître en eux comme originés du même monde) fait partie de notre trésor et quon peut la réfléchir en termes de savoir passe : il y a des gens dont la simple aperception est déjà comme une " leçon de vie " et puis dautres, lindéfinie multiplicité de nos semblables, dont lexistence est pour ainsi dire " normale ", si le propre de la semblance est de se penser à partir de la catégorie générale du monde commun et par conséquent de la vie, et si le propre de la vie est dêtre toujours déjà institutrice de normes. Les autres, au contraire, nont pas pour vérité dappartenir à la vie, cest-à-dire de sembler, ou encore de relever dune existence normale : exister est une grâce. Il faut entendre ce terme au sens objectif : les raisons qui rendraient compte de leur existence sont réelles mais elles ne comptent pas ; mais il faut aussi lentendre au sens subjectif : quand nous les avons rencontres, nous leur rendons grâce dune donation qui a été, pas seulement pour nous mais pour lêtre en général, celle de leur existence. Bref, je propose de faire une distinction entre les personnes qui ne comptent pas etqui sont nos semblables, celles en qui nous nous reconnaissons autrement dit celles que nous ne reconnaissons pas puisque nous reconnaissons en elles celui que nous sommes par ailleurs (et certes, si nous avions occupé leur situation, eh bien nous serions ces personnes) et les autres, dont lexistence est le contraire même de la normalité et que par là même nous ne nous remettrons jamais davoir rencontrées. Et pourtant il peut sagir des personnes les plus banales : lAuvergnat de Georges Brassens, par exemple, et dautres encore dont je parlerai.
Ce contraire qui renvoie à la grâce, je le signifierai aussi par lidée de miracle en insistant sur la définition du miracle qui réside dans son impossibilité radicale.
Le miraculeux nest pas lextrêmement improbable par exemple gagner à la loterie mais ce qui est absolument impossible, eu égard aux lois de la réalité. Si lon prend le miracle au sens habituel des récits fantastiques que les croyants des religions disent tenir pour exacts, cette réalité est la nature. Il est par exemple évident que la nature exclut quon marche sur leau, quon nourrisse une foule de quelques pains et poissons, quon soit vivant après avoir été mis à mort. Je propose au contraire dentendre la réalité dune tout autre manière pour penser le trésor, et donc aussi les leçons de vie, que constitue pour chacun de nous certaines des rencontres quil a faites : jopposerai, en ne méconnaissant pas le caractère paradoxal de mes formules, ce que jappellerai lorigine mondaine et lorigine non mondaine. Est miraculeux ce dont lorigine nest pas mondaine, sachant bien sûr que le monde est lhorizon de tout. Je crois quon ne peut penser le trésor des rencontre quà partir de lidée dune origine non mondaine quil ne me semble pas falloir trop hâtivement ranger dans la catégorie des pléonasmes.
a) Ceux qui ne viennent pas de loin : nos semblables
Ceux qui suivent mon enseignement ne maccuseront certes pas dignorer la contradiction que présente lidée dune " origine mondaine ". Il va de soi que lorigine nest rien dautre que sa propre perte, et que cest justement de cette impossibilité dêtre jamais réelle ni idéale (lorigine nest pas plus le commencement quelle nest le fondement) qui autorise la distinction de la réalité, hors de quoi il ny a rien (même pas la vérité, qui serait alors une nouvelle figure idéale, métaphysique, transcendantale ou tout ce quon voudra de la réalité), et de la vérité. (En quoi je rappelle une fois de plus la distinction de la distinction et de la différence.) Eh bien justement : nommons " origine mondaine " quune vie soit axée sur la confusion de la vérité et de la réalité ! Bien entendu, cette confusion est une décision, car cest une " éthique ", leffectuation dune décision originelle quant à la nature de lexistence et de la vérité, que dêtre pharmacien ou notaire ou artiste. Ainsi reconnaissons-nous obligatoirement le rapport à la vérité qui se trouve par là même toujours déjà distinguée dans le moment même où on la confond, qui va faire que la vie, de trivialité dans les deux premiers exemples, soit encore et toujours légitimée.
Car enfin, celui qui a décidé que tout se ramenait au service des biens et que les " choses élevées " étaient seulement à des " abstractions ", le fait encore au nom de la vérité que par là même il a bien distinguée, puisquen effet il en est ainsi (rien nest consistant que le service des biens et les " choses élevées " ne sont assurément que des productions langagières) et quil le sait. Autrement dit on ne peut confondre la vérité avec lexactitude que depuis leur distinction, précisément parce que cette confusion nest pas une simple ignorance auquel un cours de philosophie pourrait remédier mais un acte originel, un refus celui que la trivialité (le service des biens que nul naurait lidée de limiter aux satisfactions immédiates et matérielles) ne soit pas lalpha et loméga de lhumain. En quoi nul nest vraiment ce sujet qui ne compte pas, dont je pose si commodément la notion pour donner à comprendre quon ne rencontre pas tous les jours bien que notre vie soit presque uniquement faite de rapports sociaux. Je le dis encore autrement : nul nest sans avoir reconnu le " savoir-passe ", même parmi les notaires et les pharmaciens que nous ne pouvons pas nous représenter autrement que comme des humains enfermés dans la petitesse et le sordide de préoccupations exclusivement asservies à lintérêt. Cette idiosyncrasie, en admettant quelle soit autre chose quun cliché littéraire, nest pas un état don ne sait quelle infériorité congénitale mais, je viens de le dire, une décision : il faut que la trivialité la vérité de toute choses, à commencer par celles qui se prétendent grandes. Dire quil y a des gens qui ont ainsi décidé que lorigine était mondaine (par exemple un acte de bravoure est ou bien linconscience dun fou, ou bien le pari dun habile), cest simplement dire quil y a des gens pour qui la distinction du savoir et de la vérité était, scandaleuse, intolérable. Donc reconnue. Par là même ils soriginent mondainement alors même que la décision de le faire est, par définition, éthique cest-à-dire exclusive à toute dimension de mondanéité. En parlant dorigine mondaine, javère une décision que par ailleurs je reconnais comme telle dans son essentielle impossibilité et, hors de tout ce que je puis me représenter, dans limpossibilité pour moi de ne pas la supposer vraie. Car cest toujours en première personne quon décide quil est pour soi-même intolérable de nêtre pas la troisième personne, quil est intolérable de nêtre pas comme tout le monde, occupé à réaliser les idéaux communs. Cest ce que je disais en parlant des gens que nous ne reconnaissons pas : ces gens qui ne comptent pas, nos semblables, puisque être comme tout le monde et être pris dans les idéaux commun, cest la condition dont nous sommes " par ailleurs " - là où ça ne compte pas les tenants. Et certes, à nous reconnaître en eux, il est impossible que nous les reconnaissions, eux, comme les auteurs de la décision de sembler. Cest depuis cette impossibilité que je pose quil y a des gens, ceux quon pourrait nommer généralement les triviaux (non pas des gens occupés aux choses simples de la vie, au contraire, mais des gens sans âme, sans autre rêve que celui dêtre encore plus ordinaire), qui ne viennent pas de loin. Deux, précisément dans limpossibilité où nous sommes daller jusquà limpensable de la décision dêtre ordinairement ordinaire (car on pourrait imaginer quelque sainteté consistant à lêtre sublimement), aucune leçon de vie nest à attendre.
Je parlerai ainsi de limpossibilité dans laquelle je suis de simplement apercevoir le lointain essentiel de la proximité : le notaire ou le pharmacien, identifiant leur vie à la semblance et donc à lhorizon des biens qui est pour tout le monde la réalité commune de la vie, je ne peux pas les voir comme venant de loin ; et cest seulement par une réflexion de second degré, celle qui sauve peut-être du pléonasme mon expression d" origine mondaine ", que jadmettrai comme sa proximité même léloignement radical du proche.
Jinsiste sur le fait que les gens qui ne comptent pas sont nos semblables et que cest pour cela quils ne comptent pas et non pas, viens-je clairement dindiquer, par quelque infériorité dont nous, qui la reconnaîtrions, serions par là même exempts.
Car enfin, la possibilité constante du sacrifice montre paradoxalement quil ny a pas de différence entre être soi et ne pas compter : personne dentre nous nest le semblable de Platon ou de Hegel (notamment pas les individus qui répondaient à ces noms) et, de même quon peut dire, selon moi, que chacun est un petit Eichmann pour la seule et suffisante raison que chacun est nimporte qui (car la vérité de cet homme a précisément été dêtre nimporte qui, autrement dit quelquun qui ne compte pas, jusquau bout), de même chacun dentre nous est-il un Homais ou un Bournisien prototypes de gens qui ne comptent pas (et qui dès lors sont tout entiers occupés dêtre plus ou moins importants). Serait-on le plus illustre des penseurs ou des artistes quon ne pourrait pour soi-même différer de ces gens puisquon ne pense que sans soi et quil ny a dès lors pas de différence entre le pour soi et la priori éthique de la trivialité ! On a tort de voir dans la bêtise un trait contingent : cest une nécessité transcendantale, quon ne peut penser quà préalablement reconnaître que la notion du vrai sépuise, puisque cest une notion réflexive, de récuser le transcendantal en général.
Telle me semble être lessentielle proximité de nos semblables dont ce statut suffit pour quils ne comptent pas, bien quune réflexion seconde, celle que Kant met en uvre en reconnaissant limpossibilité pour le sujet quil se saisisse originellement lui-même, menseigne que la question de la vérité ne laisse jamais de se poser, et quil nest par conséquent pas vraiment possible de dire quil y a des gens qui ne comptent pas puisque cest forcément dun inouï de la vérité quil faut sautoriser pour être notaire ou pharmacien, alors que sa simple notion me paraît impliquer quon soit artiste ou du moins philosophe. Pour la même raison qui fait que nous arrivons toujours trop tard sagissant de nous et quon peut désigner kantiennement par lantériorité du libre arbitre sur la volonté, il nous est impossible de mépriser ceux auxquels nous ne voudrions ressembler pour rien au monde. Ecarter, oui, mépriser, non. La proximité à soi dont il convient décarter de nous les tenants (bien que par ailleurs nous soyons le premier dentre eux !) est un lointain, comme la bêtise dont il est finalement impossible de la distinguer.
Il y a donc les gens qui ne comptent pas pour la seule raison quils sont nos semblables, mais une réflexion de second degré nous apprend quils comptent quand même parce que la proximité est uniquement cette forme de léloignement dont le paradoxe est dimpliquer la méconnaissance. Distinguer ceux dont je vais parler nimplique en rien de mépriser ceux que je viens de décrire, dont il est transcendantalement impossible que je ne sois pas.
b) ceux qui viennent de loin : le respect et le trésor
Aux gens qui ne viennent pas de loin, et qui ne comptent donc pas, jopposerai ceux qui viennent de loin qui ne sont pas nos semblables : ce sont toujours des gens en qui il nous est impossible de nous reconnaître : on ne sy reconnaît que là où, sagissant deux, cela ne compte absolument pas. De sorte quenvers eux nous sommes en quelque sorte contraints de produire la distance dont la proximité était indistinctement le déni et la trahison. Car la bêtise est bien lindistinction de ce déni et de cette trahison de la distance : la bêtise, dirais-je pour proposer une formule, cest que tout soit proche. Eh bien cest à lencontre de notre proximité aux autres (nos semblables) et à nous-mêmes (notre être pour soi) que peut seulement sentendre, à propos de certaines personnes dont la rencontre pourra se voir réfléchie dans les termes du savoir-passe, quelles viennent " de loin " et que nous recevions delles des leçons de vie.
Nous savons comment il convient de nommer la production de la distance originelle celle là même qui ne peut pas être ajoutée par nous mais dont on appellera bêtise la méconnaissance : tout simplement le respect.
Lidée dune production de la distance, surtout originelle, pourra choquer sagissant du respect qui est une émotion : le propre de lémotion nest-il pas quelle soit subie (cest une " passion ", au sens cartésien) ? Certes, personne aujourdhui ne soutiendrait que par émotion il faut entendre une passivité : chacun sait désormais que cest une conduite. Mais au-delà de la référence phénoménologique, je voudrais pointer le caractère très particulier de sa visée, qui est de porter sur la distinction même qui interdit de confondre le savoir avec la vérité et par là sur la vérité elle-même, qui est cette distinction quand elle sentend en première personne.
Car non seulement il ny a démotion que là où le savoir manque (le mécanicien compétent et outillé ne dira jamais que sa voiture " refuse " de démarrer) mais encore cette conduite est expressément une conduite de distinction et même, dirais-je, de production distinctive : quand je suis pressé et que la voiture ne démarre pas, ou alors quand je travaille et que lordinateur " plante ", il mest désormais impossible de voir en ces objets traîtres et malveillants les choses inertes et neutres que leurs semblables restent pourtant par ailleurs ! Cette " impossibilité ", qui est une " conduite ", consiste donc à produire une distinction entre cette voiture ou cet ordinateur qui sont promus au rang de " vrais " de ce que manque le savoir les concernant (je ne sais pas réparer, je ne sais pas comment récupérer le paragraphe que je viens décrire), et les autres voitures ou ordinateurs qui leur sont parfaitement semblables et dont je sais quils relèvent dun savoir exactement satisfaisant. Or ce non-savoir de la distinction, quest-il donc sinon ma propre existence, mon exposition à la contingence et par conséquent la marque en moi de cette contingence ? Or une telle marque, ici mon émotion, je le dis : cest une capacité de vérité (certes pas defficacité !).
Les gens qui nous inspirent un respect particulier récusent donc tout savoir les concernant parce que ce sentiment pose que ce savoir ne sappliquerait jamais quà dautres personnes qui leur seraient par ailleurs semblables. Autrement dit : ils relèvent bien dun savoir, mais cela (le fait de relever dun savoir et pas seulement ledit savoir) ne compte pas. Ce dont le savoir ne compte pas, quand on le rencontre, marque. On respecte toujours et seulement ce qui marque. Les gens qui viennent de loin, cest au lieu de notre marque, cest-à-dire de notre impossibilité à nous-mêmes, que nous les reconnaissons : ce sont des impossibles. La proximité est lordre même du possible.
Ainsi se trouve levée laporie de la reconnaissance de ceux qui ne sont pas nos semblables. Comment en effet pourrions-nous reconnaître les gens qui comptent, quand toute reconnaissance lest dune importance ? Eh bien en ceci que la reconnaissance se fait précisément au lieu de notre impossibilité à nous-même à la marque lequel lieu est notre capacité de vérité. Lacception morale du respect, qui nest pas celle que je reprends ici, vérifie néanmoins cette vérité générale : cest dêtre marqué par la présence de la loi morale en nous (analogiquement à celle du ciel étoilé au dessus de nous), et précisément là où nous sommes marqués, que nous sommes capables déprouver du respect, enseigne le philosophe de la réflexion. Ce que nous reconnaissons là où nous sommes capables de vérité, il faut le dire vrai. Le respect, davoir lieu exactement là où le champ du possible cesse de gouverner les occurrences, nous avons appris depuis longtemps quil fallait lentendre comme le réel subjectif de la reconnaissance du vrai. Réel subjectif, cela veut forcément dire émoi. Si donc il y a de limpossible, cest-à-dire une réalité par quoi le savoir ne compte pas (et pas simplement une existence qui, comme telle cest-à-dire dans lirréductible de sa position, rend le savoir contingent), alors la marque quil laissera sera un lieu de vérité, dont on nommera émoi la conscience réflexive.
Les gens qui viennent de loin, ce sont les vrais : ceux que nous reconnaissons au point dimpossibilité très particulier de la reconnaissance en tant quelle est toujours celle du semblable. Ceux-là, donc, ils ne semblent pas. Et cest pourquoi je les dis vrais. Leffet quà chaque fois ils ont produit sur nous, voilà lélémental du trésor : à chaque fois la conjonction dun émoi et dune capacité de vérité. Pour reprendre lexemple familier de tout à lheure, il et bien évident que lécriture de la chanson sest faite, pour Brassens, en ce lieu très particulier : à la marque laissée en lui par lAuvergnat, qui était aussi don du génie puisquil faut appeler ainsi lacte (ici composer cette chanson) en première personne.
Je crois que les vrais, quand nous les rencontrons, nous touchent au lieu même de limpossibilité radicale qui est le lieu de la pensée puisquon ne pense que là où il nous est impossible dêtre. Nous avons depuis longtemps appelé effet de vérité ce qui reste impossiblement de la rencontre.
Or quest-ce que limpossible, qui se donne à entendre comme criblé deffets de vérité, sinon lâme ?
La question de la rencontre de ceux qui viennent de loin, cest par conséquent la question de lâme dont le soin doit toujours sentendre à lencontre du souci inhérent à la vie. La suite de nos réflexion développera cette distinction dune manière ou dune autre.
Je vous remercie de votre attention.
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