Une sensibilité philosophique, 3 : littérature.
Une question philosophique ne touche quà la condition de donner à reconnaître cet enjeu ultime que jai appelé la coupure du savoir par la vérité. Or la vérité, telle quelle apparaît dans les " natures " et dans l " enfin bref " qui en est lindication (" enfin bref, la morale est kantienne "), il faut lentendre à partir dune impossibilité qui est imposée au savoir non pas de lextérieur mais depuis toujours, au sens où il appartient au " fin mot " des expositions de ne rien vouloir dire, de ne rien enseigner. Tout savoir est donc coupé dune nécessité quon peut explorer sous le nom de littérature dès lors quon reconnaît à celle-ci comme premier principe de ne pas ouvrir à la connaissance des choses mais tout au contraire à leur vérité, de nen être pas lexpérience mais lépreuve.
Littérature : depuis toujours et finalement
A définir la littérature par lépreuve des choses, et donc lauteur comme celui qui sautorise de son absence (nêtre pas revenu de cette épreuve), et à lopposer ainsi au savoir déterminé à partir de leur expérience, on reconnaît lantériorité du savoir sur la littérature telle quelle apparaît dans la nécessité quil soit coupé par la vérité. Il faut que le savoir soit coupé par la vérité pour quil y ait littérature parce que la vie en général est forcément première sur la mort locale et la compréhension sur la folie métaphorique. Par là même il lui appartient de rejeter la littérature, alors même que le savoir sidentifie à la nécessité littéraire de son propre " fin mot ", puisque le savoir appelle encore et toujours du savoir. Le fin mot, celui qui se trouve introduit par la coupure de l" enfin-bref ", de ne rien signifier, fait apparaître lautorité dans son exclusivité à toute raison qui pourrait la justifier, et donc la figure de lauteur, comme ce qui fait retour dans le savoir même comme son accomplissement. Y être sensible est une des conditions pour être touché par les questions philosophiques, dans leur caractère littéraire cest-à-dire dans leur originelle " autorité ".
Il est dès lors impossible quune question simpose delle-même : ou bien on pense et alors cest une question qui nous " parle " par opposition à dautres " qui ne nous disent rien ", en ce sens quelle induit une réponse qui soit finalement celle de notre nom impossible à dire (ainsi la question de lexistence " parlait " à Sartre qui pouvait tout en dire sauf le fin mot nétant comme penseur que limpossibilité même de ce fin mot), ou bien on y reconnaît la place dune autorité dont notre lecture ou notre réflexion (pas notre pensée, donc) assurera la circonscription.
Cest toujours dun surplus dautorité par rapport au savoir que la question simpose, et je vois dans cette nécessité le principe de la littérature : toujours seconde pour la réflexion, au sens où lon dirait littéraire un discours qui napprendrait rien, mais toujours première pour la vérité au sens où tout savoir sentend du fin mot dont il est expressément le manque, dont il a toujours été le manque. Lauteur parlant comme tel est toujours un littérateur, de sorte quon peut désigner comme moment littéraire lautorité de tout discours. Par exemple le caractère freudien de linconscient renvoie non pas au savoir qui nous aurait été communiqué par Freud, mais bien à ses textes : non pas à son statut de savant autorisé par la réalité (par son expérience, sa place, son savoir) mais à son statut dauteur (autorisé de soi) ! Et quand enfin la vérité coupe le savoir, il faut y reconnaître lessentielle littérarité de tout ce quon peut finalement dire et quon devait dire depuis toujours. Tout est finalement littérature dans la coupure du savoir par le nom propre adjectivé parce que tout létait depuis toujours, la progression des termes nétant finalement rien dautre que cette nécessité qui devait, à la fin, se révéler avoir été celle dun nom propre. Je mexprime autrement : de nêtre rien dautre que son impossibilité subjective (laquelle est la pensée), le nom propre renvoie tout ce qui était dit au non sens originel de penser, dont il faut nommer littérature la distinction davec le savoir. Car on peut nommer " littérature " la pensée qui na rien à apprendre à personne, la pensée entée dans lépreuve des choses et non pas dans lexpérience du monde.
Limpossibilité littéraire : indifférence du savoir à la vérité
Prenant la morale pour objet, lanthropologue peut bien utiliser des termes kantiens pour poser le problème des valeurs socialement instituées, il fera de la morale une production culturelle, sinterdisant la coupure de son exposé par un " enfin bref elle est kantienne " où, tout au contraire, nous en apercevrions la vérité. Comprenons en effet que si le savant refuse ce que nous identifions sous le terme de " nature ", cest parce quil appartiendrait au discours ainsi constitué davoir été interrompu dêtre autorisés non pas dun savoir mais dun nom dun nom qui, par définition, ne veut rien dire. Nécessité limpossibilité quaucun mot soit jamais le dernier dun discours que je rapporte à limpossibilité pour lautorité quelle soit jamais fondée (si elle lest, cest la fondation qui fait autorité et nullement ce qui se prétendait fondé). Le savoir, on peut toujours imaginer quil veut dire quelque chose : comment le monde est fait. Mais pour un nom propre (" Kant "), il ny a pas moyen, et il faut demblée prendre acte de la coupure, reconnaître que le dernier mot du savoir est en même temps le point personnel de son impossibilité puisque cest dun nom propre et non pas dun dernier signifiant que le savoir peut trouver non pas à se clore mais, jinsiste, à sinterrompre.
La littérature renvoie à sa non-vérité le savoir, qui est indéfiniment à la poursuite de ce qui viendrait compléter ses lacunes, ou plus exactement qui le serait si la vérité nétait, au titre de son interruption dans lenfin bref, à chaque fois la réalisation du savoir (quand on sait que la morale est finalement kantienne, par exemple, on est satisfait). Comme le terme de linterruption ne signifie rien et napprend donc rien, autrement dit comme lenfin-bref nouvre à aucun aspect nouveau de la réalité mais uniquement à la vérité, on peut dire que la vérité nest rien dautre, pour un discours, que leffet de distinction produit par la signature de son auteur et dont seuls les lecteurs pourront dire le caractère sanctionnant.
La littérature est vérité : non pas quelle soit le vrai savoir (terme quil faut réserver à la philosophie, laquelle nest dès lors pas un savoir réel comme tout le monde la toujours su) mais en ce sens quelle est le vrai discours : non pas celui dun maître (autorisé de sa place) mais bien au contraire celui dun auteur (autorisé de soi cest-à-dire de sa propre étrangeté). On peut dire il ny a là aucune consistance, puisque sautoriser de soi soppose à sautoriser de son savoir et ou de sa place, et que le nom adjectivé de lauteur ne signifiera de toute façon rien à ceux qui sen satisferont pourtant. Il appartient dès lors au savoir, ayant à être consistant, de simposer dans et par le rejet de tout ce quil pourrait encore receler de " littéraire ", exactement comme il appartient au littéraire dapparaître là où le savoir ne compte pas. Bref, le savoir doit délirer contre la littérature en se voulant total. Inversement il appartiendra à cette dernière dadvenir là où le savoir, justement daller à la totalité, ne comptera pas.
Si nous prenons La comédie humaine, nous constatons que luvre est remplie de savoir : les sociologues et les historiens vous montreront combien Balzac a compris la société de son temps, à quel point ses descriptions sont justes, les réactions de ses personnages appropriées aux places quil leur donne dans la société de son temps, et ainsi de suite. Luvre de Balzac, un traité de sociologie ? Assurément. Mais cela ne compte pas et cest exactement dans cette impossibilité que le savoir compte, que nous le reconnaissons comme un auteur ! Sans savoir social, pas de littérature puisque les émois de ses personnages sont leur réalité sociale ; mais précisément : ce savoir tellement important, il ne compte pas et cest de ne pas compter quil institue comme littéraire lespace de son creusement.
Quand nous reconnaissons que les philosophes ne sont des métaphysiciens que par ailleurs, là où ça ne compte pas, bien quêtre philosophe consiste uniquement à produire une doctrine, nous reconnaissons de la même manière le caractère littéraire de leur activité. Un philosophe, cest un métaphysicien et donc un endoctrineur à ceci près quil est un écrivain. Cette possibilité institue la philosophie à travers la question des " natures " qui sont donc toujours des natures littéraires comme on le voit dans lexemple de Freud qui vient dêtre cité. En aucun cas le nom dun savant ne peut identifier lêtre des choses quil étudie, sauf justement à le traiter ce quon doit faire quand ces choses mettent en question la vérité elle-même comme un auteur.
La coupure du savoir par la vérité, quand l" enfin bref " force à lindication dune " nature " autrement dit à lindication dun nom propre adjectivé, voilà qui est insupportable au savoir parce que cela pose quil ne compte pas, exactement comme ne compte pas la sociologie, par ailleurs tellement importante, dans la littérature balzacienne. Dire que le savoir ne compte pas, cest dire que son accomplissement dans le fin mot ne se fera pas grâce à un apport supplémentaire de savoir mais tout au contraire par lindication dun auteur, indication littéralement inconsistante parce quil ny a pas de raison à lautorité ni par conséquent de justification à la coupure du savoir.
Le nom propre dont limpossibilité suffit à définir la pensée vaut alors pour tout le savoir manquant. Lexclusivité du savoir et de la pensée sentend depuis cette relation, dont on reconnaît quelle est de nature métaphorique : la folie de ne rien dire et même de ne pas pouvoir dire ce rien enseigné par son propre nom vaut pour la finalité délirante de tout dire !
Jopposerais ainsi la folie de la littérature au délire du savoir pour rappeler, au principe de leur disjonction, le statut si particulier du nom propre comme réponse réelle et impossible à la fois : si la pensée nest rien dautre que limpossibilité de ce nom (Sartre peut tout dire de lexistence sauf sa vérité qui est dêtre sartrienne) alors on peut considérer que ce nom, comme fin mot, est pour chacun la réponse à la question posée depuis toujours par tout ce qui " lui dit quelque chose " (par exemple pour Sartre lexistence). Jappelle " métaphore personnelle " cette nécessité, pour chacun, dêtre lengagement de son propre nom comme réponse à la fois réelle impossible à ce qui lui " parle " : la vérité telle quelle apparaît dans limpossibilité de dire le nom propre (cest de ne pas pouvoir la dire sartrienne que le discours tenu par Sartre sur lexistence est vrai) vaut pour le savoir tel quil apparaît dans lexigence imposée par les questions.
Là où le savoir manque la vérité vaut pour lui, de sorte quon peut aussi bien dire que la coupure du savoir par la vérité est la vérité même. Celle-ci ne diffère en effet pas de lantériorité quelle est pour soi.
Subjectivement parlant, la vérité est donc la métaphore elle-même (lacte de pensée) dès lors quelle est personnelle cest-à-dire dès lors quelle se réalise dans la coupure dont lagent soit le nom propre impossible à dire. Ce qui revient plus simplement à dire quon est seulement là où le savoir (donc la compréhension) manque là où lon manque soi-même comme sujet vivant de ladite compréhension, là aussi où la vérité manque. Mais là où manque la vérité, est la vérité : cest par exemple de ne pas pouvoir la dire sartrienne et exclusivement en ce sens que Sartre a raison de dire ce quil dit à propos de lexistence.
Pas de différence par conséquent entre la notion de " métaphore personnelle " et celle de la marque entendue comme morceau de mort fiché dans la vie, dès lors quon en fait la condition subjective de la vérité en reconnaissant que cest seulement là où nous manquons, de nêtre pas revenu dune certaine épreuve, que nous sommes capables de vérité là et pas ailleurs (ailleurs, nous sommes capables de savoir). La notion de marque désigne par conséquent la coupure même, en nous, du savoir par la vérité !
Et si cest bien là où nous sommes en impossibilité à nous-mêmes que nous sommes capables de vérité, comment ne pas reconnaître dans laberration métaphorique dont par ailleurs (là où nous comprenons cest-à-dire là où ça ne compte pas) nous faisons une communication, le principe même de la littérature ?
La littérature dit la vérité parce quen elle cest de lépreuve des choses quil sagit ou encore de la marque de celui qui nest pas revenu de cette épreuve. Il ny a par conséquent de vérité que littéraire. Non pas que la littérature soit le lieu naturel des vérités, mais en ceci que toute vérité nest reconnaissable comme telle quà être dite littérairement. Dans la métaphore se dit la vérité dune chose dont le concept pourra dire la réalité, parce que la métaphore est faite de pensée cest-à-dire de limpossibilité de la réponse dans linstant même où on la donne (Sartre par exemple dit sans le savoir que lexistence est finalement sartrienne).
Définir la métaphore par laberration (ou, du point de vue de laccomplissement de la vie par le savoir, par la folie locale), cest refuser didentifier la littérature à un moyen de connaissance. Si lon veut connaître la sociologie du début du dix-neuvième siècle, ne perdons pas notre temps à étudier les aventures et les états dâmes de gens qui ont seulement existé dans limagination de Balzac !
Cela signifie concrètement quune vie ne veut rien dire, quelle ne signifie rien, mais elle ne peut ne rien signifier quà la condition de se donner à reconnaître comme métaphore personnelle, cest-à-dire quà signifier forcément une certaine définition de la vérité, une définition inouïe (le génie de la métaphore, comme acte) dont il y a seulement à prendre acte. Cette prise dacte, dès lors à son tour métaphorique, on sait que cest la tradition, dont on peut faire la sanction des vies. Car par elle est avérée que la plupart des vies nauront rien signifié sinon toujours la même lâcheté davoir cédé sur linouï de la métaphore, à lencontre de quelques-unes plus ou moins monstrueuses qui auront littéralement inventé la vérité sans quensuite, quant on ne sait quelle vérité de la vérité qui les jugerait, cela ne signifie rien. Tel est le paradoxe de la tradition quelle sanctionne la signification comme absence ultime de signification. LEurope est évidemment le modèle de cette nécessité, et cest comme littérature européenne quelle se donne pour première instance de vérité. Cela dit, la littérature européenne qui est linstance de vérité, comme telle, ne signifie rien et notamment pas une plus grande dignité civilisationnelle sinon encore et toujours dun point de vue européen, celui de navoir pas cédé sur la question que chaque européen est en vérité bien plus quen réalité pour lui-même.
Dire que la littérature ne veut rien dire, nenseigne rien, cest donc la définir par lépreuve des choses, à lencontre de leur expérience quon laisse aux autres ordres dactivité humaine. Lexpérience, dont nous avons eu loccasion de voir quelle était " la plus servile des notions " parce quelle exclut absolument le respect (dans lexpérience, cest laccroissement du savoir qui compte et non pas la chose dont on lextraira et quon jettera ensuite à la poubelle), lexpérience, disais-je, est justement lencontre de la littérature : cest toujours le point de vue des tenants de lexpérience que dexclure un reste insignifiant, celui là même dont ils disent quil nest " que littérature ". Rien nest plus faux que de présenter la littérature comme un champ dexpérience, justement parce quil ny a de littérature que comme respect de ce qui est arrivé réellement ou fictivement, et quil ny a dexpérience que dans le mépris de ce qui est arrivé (on veut en tirer la " leçon "). La littérature est le champ de nos épreuves, quand nous le reprenons. Je dis la même chose autrement : lordre littérature nest pas du tout celui de notre réflexion ni donc des leçons à tirer (ah, ces " leçons " que les braves gens tirent de la " vie " et des romans, et qui rivalisent toutes de médiocrité moralisante !) ; non : ce que nous donne la littérature, nous avons à le méditer. Je rappelle que la réflexion renvoie au savoir, alors que la méditation renvoie à la reconnaissance de la vérité et cette reconnaissance, elle consiste toujours à prendre en compte un reste, le reste du savoir (puisquon médite au-delà de la réflexion).
La littérature, cest donc que le savoir ne compte pas et que cela donne un reste celui-là même que je désigne en parlant de laberration métaphorique et de son caractère ultimement personnel, puisque cest précisément au lieu de sa coupure par la vérité, donc par le nom propre adjectivé, que le savoir ouvre malgré lui à la méditation. La littérature nest pas une activité ineffable parce quelle ne soppose pas aux nécessités réflexive selon la différence mais bien selon la distinction.
Il est en effet banal de dire que la littérature trouve son principe dans la métaphore, mais ce ne lest peut-être pas de rappeler que dans la métaphore (par exemple que Bayard était un lion) le savoir (par exemple quil était fort et courageux), sil importe au plus haut point (on naurait jamais comparé cet homme à une belette, fort et courageux comme il était) ne compte pas (que ne dit-on simplement quil était fort et courageux !). Ce littéraire quon peut nommer reste (ou aberration) métaphorique, résiste au savoir et la réflexion apprend que cest une folie de résister au savoir. Car enfin, il ny a quun fou qui puisse dire que le dernier chevalier français était un félin de la savane africaine ce qui est effectivement le propos, dès lors que le soi-disant signifié métaphorique na justement rien de métaphorique, puisquil suffit de parler assez pour préciser la nuance quon veut indiquer. Et un fou, quand il parle, il ne dit rien. Retirez de Balzac tout le savoir sociologique et psychologique, toute la pertinence de ses description sagissant des types humains, et il ne reste rien, sinon justement son statut dauteur et non pas de savant. Mais justement : lautorité nen est une quà nêtre pas fondée, que par laberration même ou, dans lordre du discours, que par la coupure du savoir de la vérité.
Balzac est un auteur pour cette seule raison que je puis interrompre la description dune ambition provinciale par un " enfin bref, ce personnage est balzacien ". Ce " rien " de son autorité, dont le réel est par conséquent la coupure du savoir par la vérité, il reste envers et contre tout ce que la réflexion aura eu raison de trouver dans son uvre : le savoir et le talent. Or le savoir et le talent, même multipliés lun par lautre, cela na jamais fait le génie. Voilà pourquoi je dis que la métaphore personnelle nest finalement, cest-à-dire après linouï dune définition de la vérité, métaphore de rien folie pure et par là même inscription traditionnelle.
Laberration métaphorique (ce quon a dit, une fois écartée la compréhension et la communication qui ne comptent pas) renvoie à la folie du locuteur quon peut aussi bien entendre comme mort dès lors que la métaphore fait coupure dans le discours conceptuel et que celui qui la profère ne le fait que de nêtre " pas revenu " de ce dont il parle.
Lindifférence du savoir à la vérité impose donc de définir la littérature comme la folie de celui qui, par ailleurs, est raisonnable. Celui qui a fait lépreuve des choses en est revenu fou, et cest depuis ce retour quil parle en indifférence parfaite au savoir qui, lui, parle depuis lexpérience des choses. Le discours de celui qui nest pas revenu (quon peut aussi nommer le discours du survivant), pour cette raison, on lappelle littérature : un discours marqué par le nom propre au point de nêtre, selon la formule cartésienne où la vérité se dit contre lentreprise générale de savoir, rien dautre que cette marque même. La notion des " natures ", que jai proposée, la été sur la base de ce schéma cartésien, dans le développement dune hypothèse littéralement folle dun être marqué par quelque chose et qui ne soit finalement rien dautre que cette marque elle-même. Par exemple : quy a-t-il de vrai dans la morale, sinon quelle soit kantienne ? de sorte quelle nest, précisément comme vraie, rien dautre que sa marque (mais " par ailleurs " elle a toute la réalité quon voudra.). Quy a-t-il de vrai en Eugénie Grandet ? pas davoir eu un père avare ni dautres choses du même ordre qui constituent sa réalité, mais seulement dêtre de nature balzacienne. Tel est le reste du savoir ce qui nest, à son propre dire, " que littérature " et à quoi linsensibilité interdit de reconnaître comme telle cest-à-dire comme vraie une question philosophique. On nest sensible, sagissant de philosophie, quà des questions qui soient causées par leur " nature " comme Eugénie ou Lucien sont causés dêtre balzaciens ce qui ne veut rien dire et ne suscite aucun enseignement daucune sorte.
Celui qui naura pas reconnu ce vide, inhérent à la nécessité pour tout métaphysicien dêtre un auteur cest-à-dire un écrivain, pourra bien éprouver quelque curiosité pour des bizarreries intellectuelles (" tiens oui : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? cest sûrement à cause de Dieu ! ") ou morales (" effectivement, il faudrait se demander ce que cest que réussir sa vie mais en attendant jai un travail à rendre pour la semaine prochaine "), la philosophie ne sera pas son affaire.
Je vous remercie de votre attention.
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