Présentation de l'année 2002-2003
Nous commençons aujourdhui une nouvelle année philosophique. Jadresse un salut amical à tous ceux qui voudront bien la passer avec moi, à ceux que je connais déjà dans la vie ou dans les échanges épistolaires, et aussi à ceux que je ne connais pas et à qui je souhaite la bienvenue.
Notre travail de cette année nécessitera moins dhaleine que celui des années précédentes et devrait pour cette raison paraître dun abord plus facile. Au lieu de passer des mois et des mois sur un seul sujet, par exemple la notion dautorité dont lexploration avait comme ambition de répondre à la question " quest-ce quun auteur ? ", je vais me consacrer à une pluralité de questions.
On peut changer sa méthode de travail, mais on ne se change pas : étant incapable dapporter quoi que ce soit sur des sujets qui ne me " disent " rien, je men tiendrai donc à ceux qui me parlent et qui, jespère, ne parleront pas quà moi seul. Rien nintéresse la philosophie que ce qui compte, par opposition à ce qui importe, et tout mon enseignement restera pour cette raison centré sur lextériorité au savoir, en ce qui concerne les énoncés mais pas seulement jespère. La position philosophique est toujours celle de cette extériorité, comme on le devine déjà de ce quil ny ait pas de savoir cumulatif quon puisse tirer des efforts des philosophes : on peut seulement pointer ce quils ont dit, sans jamais continuer, puisquhériter consiste à métaphoriser cest-à-dire à ne pas suivre ni encore moins répéter ou commenter (javais pris lexemple de Spinoza ou de Leibniz héritiers de Descartes, ce qui excluait donc quils en fussent les disciples).
Cest seulement là où le savoir, appropriable par quiconque, ne compte pas quil y a parole ou acte en première personne, cest-à-dire tout simplement vérité, puisque la définition même de lauteur, de celui qui fait autorité et à quoi il est possible de remonter comme à une dernière instance (la citation a sa valeur propre et ne se réduit pas à la reprise dune argumentation), est quil parle en première personne ce qui ne consiste assurément pas à dire tout le temps " moi je pense que " ou " mon avis est que ".
Quun discours puisse être un discours de dernière instance au sens où il ferait origine (on peut parler de la " tradition cartésienne ", par exemple), alors même que tout discours est toujours une reprise de discours antérieurs et que la notion même de parole première est une contradiction dans les termes (parler, cest répondre), malgré cela, donc, cest-à-dire malgré tout (ces considérations sont irrécusable, mais tout cela ne compte pas), la pensée est identique à sa propre originalité. Par là même elle nest finalement rien dautre que sa propre étrangeté, puisque le projet que quelquun pourrait avoir dêtre original, en plus dêtre grotesque, est lui aussi contradictoire in terminis. On nenseigne (au sens davoir un enseignement) par conséquent jamais que ce quon ne sait pas, et il ne sera jamais question ici dautre chose que de ce non-savoir, du moins tel quon lentend en philosophie, qui nest jamais dans son histoire une accumulation de savoir ou une progression dans la connaissance, mais uniquement une succession de noms propres. Et un nom propre, chacun sait que ça ne veut rien dire (cest exclusif de toute finalité), que ça ne signifie rien (il donne au savoir quil parachève le statut de non savoir).
Beaucoup de thèmes auxquels jai seulement fait allusion les années précédentes, ou dautres que jai très insuffisamment développés, seront repris. Des notions cruciales vont être approfondies, quand je mefforcerai dapporter une réponse satisfaisante à des questions comme celle de lénigme dans le domaine objectif, ou comme celle de la méditation dans le domaine subjectif pour citer deux exemples à travers une opposition commode et un peu facile. Des questions sur lesquelles on a bien voulu me demander de réfléchir (par exemple " quest-ce quêtre adulte ? ") seront également abordées. Ces développements occuperont à chaque fois plusieurs séances, mais aucun ne constituera la matière exclusive de notre année. Il sera donc possible den rester à telle ou telle des thématiques dont jassurerai le développement et aucun lecteur ne sera obligé davoir suivi les séances précédentes pour profiter pleinement de ce quil aura choisi dapprendre et de méditer. Il va de soi que je resterai attentif à toutes les remarques quon voudra bien madresser pourvu quelles soient argumentées et que, comme je lai toujours fait, je répondrai à tous ceux qui auront la gentillesse et la patience de madresser leurs réflexions.
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