Lautorité et lâme
Lautorité na de sens que corrélée au respect : elle est certes ce quon doit respecter, mais là où elle nest pas respectée elle nest tout simplement pas. Doù ce paradoxe étonnant que lauteur (le sujet qui fait autorité en tant que tel) puisse très bien cesser de lêtre, là où il nest plus considéré comme tel. Or là où il ny a plus dauteur, lespace est concerné dans sa vérité, ou plutôt dans la forclusion de celle-ci : non pas quelle soit refoulée (ce qui implique encore lidée dun retour) mais littéralement barrée : là où il ny a pas de respect, cest-à-dire là où il ny a pas dautorité et donc pas dauteurs, lidée même de vérité na plus de sens. Pour la pensée, elle a perdu jusquà la possibilité dêtre possible. Et certes, on ne trouvera rien à objecter à cela, puisquil faudrait arguer dune certaine réalité et que le propre de la vérité est précisément de ne pas sentendre comme une sorte de réalité. Impossible par conséquent den appeler à la vérité qui existerait pour montrer à ceux qui la dénient quils ont tort ! Cest même le contraire qui simpose : celui là qui dénie tout sens non trivial à la vérité, la réalité lui donnera toujours raison. Cette donation des raisons qui appuient les vérités représentatives, éthiquement, cest le service des biens hors de quoi il est certain que rien nimporte. Là où il ny a pas dauteur, il ny a que le service des biens et que la vérité représentative. Ce qui fait quun auteur en est un et dont toute la problématique de léthique est la théorie voilà ce quon reconnaît en creux quand il ny a plus que le service des biens : il a fallu décider quil ny avait que le service des biens alors même quil ny a en effet rien dautre.
Jinsiste sur le paradoxe de cette décision dont la possibilité subjective tient à la possibilité, qui lui est inhérente, quon la dénie. Comment déciderait-on de ce qui va de soi ? Et ce qui va de soi, cest quil y a toutes sortes de nécessités dans la vie, hors de laquelle il est par définition exclu quon reconnaisse jamais quelque chose (par exemple sil y a un Dieu, il fait encore partie des choses dont notre vie est la compréhension peut-être sera-t-il la plus importante de ces choses). Eh bien, moi je dis quil faut malgré tout lavoir décidé. Et la décision dont je parle là est celle-là même dont je vous parlais précédemment quand jopposais le talent et le métier que tout le monde peut constater au génie dont il faut décider. Eh bien, de même que le génie ne se démontre pas (alors quon peut établir que tel peintre a plus de talent et de métier que tel autre), mais doit relever dune décision qui nous met au pied de notre propre mur, de même lexclusivité du service des bien, pourtant flagrante puisquil ny a par définition pour nous que ce que nous comprenons comme étant, doit encore avoir été décidée. Cette antériorité de la décision, cest bien sûr la liberté : celle-là même qui va susciter la vraie culpabilité, celle davoir pour le dire tout bonnement raté sa vie (rater sa vie, cest avoir décidé quil ny aurait que des choses plus ou moins importantes et que la question de ce qui compte vraiment ne devait surtout pas être posée).
Or cette décision, dont on peut radicaliser la notion en disant quelle est celle didentifier ou pas ce qui compte à la chose qui importe le plus (par exemples rester vivant quand on est en danger de mort, devenir riche quand on est tenaillé par la pauvreté ou célèbre quand on souffre de nêtre pas reconnu, etc.), elle a un enjeu qui est lâme. Car quest-ce que cette identification de ce qui compte au premier des biens sinon la perte de lâme ? Inversement on peut " sauver son âme " en refusant le premier des biens quand on ne peut lobtenir quau prix de ce qui compte (et quon découvre parfois juste à cet instant).
Impossible par conséquent de séparer la question de lautorité de celle de lâme. Et comme lautorité est toujours en fin de compte celle des auteurs, force nous est de reconnaître que les auteurs comme tels, aussi bien en eux-mêmes que pour les autres, appartiennent au domaine de lâme. La question des lautorité, parce quelle est en quelque sorte celle de la hauteur nominale des auteurs et non pas celle dun quelconque pouvoir (même moral ou symbolique), est alors celle du soin de lâme.
Lautorité comme nécessité décisive
Le point de départ de ma réflexion daujourdhui est limpossibilité de séparer lautorité de son respect. Je veux montrer que cette impossibilité implique la définition du service des biens comme impossibilité des auteurs, puisque le service des biens nest rien dautre que limpossibilité du respect (ce qui importe ne vaut que pour et par moi et ne saurait donc mimposer la " crainte ", qui est la conscience de ne pas compter). Or le respect lest toujours de lautorité qui est limpossibilité que ce qui importe puisse jamais compter et il ny a dautorité que des auteurs.
Je ne veux évidemment pas dire que ce qui nest pas respecté nétait pas respectable : loin de moi lidée relativiste et contradictoire didentifier lautorité à la réflexion de sa reconnaissance (si nest auteur que celui quon dit tel, pourquoi laccord se fait-il sur certains plutôt que sur dautres ?). A travers le paradoxe que je viens de signaler, je veux dire au contraire que lauteur est à la fois un sujet marqué puisque cest au lieu de la marque quon est vraiment soi, et un sujet marquant puisquon appelle auteur le sujet qui fait autorité. Le paradoxe est par conséquent celui de la marque, notion sans laquelle lautorité me paraît absolument impensable. Par lui nous retrouvons lidée de la nomination originelle de lêtre et aussi, pour les séances à venir, celles de la métaphore et du style.
Quand il ny a plus dautorité, cest-à-dire quand le service des biens règne sans partage au point didentifier les uvres à des biens culturels (ce qui est le cas, pour prendre un exemple dans lannée en cours, quand des hommes de " communication " nous expliquent que Victor Hugo appartient à notre " patrimoine "), la problématique de la marque nest plus le principe de la pensée, tout simplement parce quil ny a plus de pensée et quil ny a jamais de pensée que de la marque, puisquon entend par pensée louverture de la distinction de ce qui compte et de ce qui importe.
Là où les auteurs ne sont pas respectés, il ny a pas de pensée et cette proposition doit sentendre concrètement : je ne parle pas de lactivité intellectuelle qui peut au contraire redoubler voire même se déchaîner quand il ny a pas de pensée (combien douvrages sur Victor Hugo vont " sortir " cette année de bicentenaire ?!), mais de la nécessité de méditer dans laquelle les choses données (et donc originellement indisponibles) opèrent la distinction de ce qui compte, nécessité par laquelle seulement nous pourrons exister en vérité et pas seulement en réalité. Or, cette opération dont lâme est lenjeu se fait dautorité. On peut alors parler de donation de vérité puisquil appartient au marqué dêtre marquant.
Le paradoxe de lautorité pose dune part labsolue liberté de lauteur, puisquon appelle précisément auteur le sujet qui sautorise de lui-même, et dautre part son absolue dépendance puisque nul ne saurait faire autorité là où il nest pas reconnu. Cette proposition nest pas existentielle mais éthique. Autrement dit, je ne parle pas de la reconnaissance réciproque des consciences ni moins encore de lestime des travaux : je parle de la marque et, dans ce contexte, ne pas reconnaître un auteur (par exemple Victor Hugo) ce nest pas ne pas reconnaître léminence de ses qualités (les hommes de communication nous expliquent quil est probablement le plus important écrivain français), mais cest ne pas être marqué par lui (eux, sa lecture en admettant quelle ait eu lieu , ils en sont revenus). De lui on na pas reçu la marque qui aurait pu rendre vraie la parole (celui qui " communique " ne sera jamais quun bavard). Le lieu de la marque est toujours décisif et cest pourquoi il est aussi bien le lieu où les importances (qui ne peuvent être décidées et relèvent exclusivement des choix) ne comptent pas.
La distinction quon indique à travers le paradoxe de la marque (il faut être marqué pour marquer) rassemble le paradoxe de lautorité si lon le rapporte à la nomination ontologique qui est la fonction véritative de lauteur. Originellement lauteur marque létant quant à ce quil soit. Cest sa responsabilité (par exemple Kant pour le fait quil y ait de la morale, et ainsi de suite). Il najoute rien à sa détermination ni même à son sens, mais il décide de son être. Lautre face de lautorité, cest quon vive auprès dun étant dont lêtre est toujours originellement décidé. Quon le dénie en décidant de sen tenir au service des biens, et il ny a plus dauteurs.
Car la question de lautorité est bien au fond celle-ci : que la question de lêtre soit une question décisive quelle ne renvoie pas à un savoir dont la métaphysique serait la forme, mais à une marque par quoi il y ait vérité, là où il ne pouvait y avoir que réalité. Ce que je mets ainsi en avant, cest la notion dun événement de vérité, de quelque chose qui fasse autorité qui impose à létant de nêtre que nominalement. Ainsi y a-t-il, par exemple, des situations cornéliennes ou des entreprises courtelinesques.
Ce nest pas le concept (donc la métaphysique) qui compte mais la signature, parce quil ny a de reconnaissance de létant dans son être quen termes de vérité et quil ny a de vérité que nominativement constituée. En effet : quel que soit lexemple quon prenne, on devra se référer non pas à une réalité mais à une autorité et donc, ultimement, à ce paradoxe dune autorisation de soi (dun auteur donc), que la notion même de métaphysique contredit expressément puisquelle entend ramener la question de la vérité à celle dune prise en compte de ce qui était déjà.
Quand donc je souligne la double face de lautorité, cest-à-dire lautorisation de soi qui définit lauteur et le respect qui fait quil sagit bien dune autorité et non pas dune quelconque puissance (y compris morale et intellectuelle), cest pour indiquer, à travers la problématique de la marque, la nécessité dune compréhension de lêtre en termes de décision. Létant ne sentend jamais naïvement ou bêtement, mais toujours nominalement. Là où plus rien ne se donne " hugoliennement ", alors il est évident que triomphe le service des biens et que Victor Hugo est un élément de notre patrimoine, toujours plus disponible pour le touriste fournisseur de devises.
Lautorité et la nécessité destinale
Dès lors que sa signature (par opposition à son éventuel talent) est seule à compter, lauteur est le sujet dun acte de distinction. Or cette distinction, quon désigne négativement en disant que le service des biens ne compte pas, cest tout simplement la notion du destin quand on la rapporte à un sujet marqué. Il appartient certes à lauteur davoir un destin, mais je pprends maintenant la question à la lumière de ce que je viens dindiquer, à savoir quil appartenait à lauteur de marquer et que cela se traduisait par la nécessité que la " différence ontologique " soit pensée de manière décisionnelle cest-à-dire nominale. Or cette nécessité nest rien dautre que le destin ou plus exactement, si lon met de côté la question du destin personnel, celle de la nécessité destinale. Lautorité des uns et le destin des autres sont inséparables (on a vu que cétait notamment le principe de lautorité parentale) et il faut penser cette unité problématique comme étant lautorité elle-même.
Ma thèse est que lautorité de lauteur est inséparable du destin de celui qui en respecte lautorité, puisque lautorité est une certaine décision, celle-là même quon présente négativement en disant que le service des biens ne compte pas, et quon appelle destin lexistence selon une décision. Car la décision est toujours déjà prise, par opposition au choix qui peut sentendre au présent. Il appartient donc à toute décision dêtre originelle. Exister selon lorigine propre, cest avoir un destin, par opposition à lexistence selon la cause qui renvoie au contraire à la fatalité, et à lexistence selon la raison qui renvoie à la destinée. Mais quest-ce que lorigine propre sinon la marque dès lors quon nest vraiment soi que là où lon est marqué (par ailleurs on est nimporte qui : le sujet du service des biens) ?
Faire autorité (être auteur, sautoriser de soi), cest marquer et par là même donner à autrui la nécessité éthique dêtre soi. Telle est la fonction de lauteur, pensée à la lumière du paradoxe de la marque (le marqué, il marque). La nécessité éthique dêtre soi, cest le destin. Doù je pose que là où il ny a pas de destin, il ny a pas dauteur alors même quil a pu y en avoir dans le passé.
Lautorité de lauteur est la nécessité destinale. Quest-ce en effet que lautorité de Molière ou de Racine, par exemple, sinon le destin de la France ? Supprimez ce destin et vous supprimez lautorité attachées à ces noms.
Il se peut tout à fait que la France trahisse son destin comme lécole est déjà en train de trahir le sien, quelle perde tout avenir et nait plus quun futur. Cest presque déjà engagé avec le nom dEurope, qui désigne un destin spirituel, et qui pourrait être remplacé par celui de lEuroland qui désigne un futur de trivialité et dindifférence civilisationnelle, puisquil sagirait dun espace économique dans lequel la culture importerait plus ou moins (en certains régions comme la France elle importerait beaucoup, et en dautres elle nimporterait quasiment pas). Il se peut donc que par France on nentende un jour que la partie la plus occidentale de cet espace commun, lui-même entendu comme une sorte dAmérique (le courage en moins, évidemment). Ce jour là, Molière et Racine auront perdu toute autorité. Preuve que celle-ci nest rien dautre que le destin de la France. Et certes, ils comptent toujours, quand il sagit encore de savoir ce que cest quêtre français ou plus généralement ce que cest quêtre européen.
La monnaie " européenne " (ou eurolandaise ?) dit déjà la trahison des " derniers hommes ", sujets exclusifs du service des biens, relativement à une " européanité " qui est en passe de devenir un des multiples avatars de lautosatisfaction mondialisée : ni Victor Hugo, ni Goethe, ni Dante, ni Cervantès ne figurent sur les billets qui ont cours dans notre communauté alors quils sont lEurope elle-même, si ce terme désigne lespace géographique où leurs noms font autorité. A la place de cette autorité (et donc en trahison de lEurope comme destin spirituel) apparaissent uniquement des ponts qui ne relient rien, des ouvertures sur le vide, dont la presse nous apprend quils sont le travail dun graphiste autrichien expressément sélectionné pour lanonymat, linsignifiance et la banalité de ses productions. Lexemple nest donc pas hypothétique, hélas, et la vérification de ce que je viens de dire sur lautorité nest que trop réelle : la perte du destin de lEurope ne fait quun avec la perte de lautorité de noms comme ceux que je viens de citer, ces noms dont elle se définissait elle-même depuis toujours dêtre lespace dautorité Les autres peuples pouvaient bien en avoir connaissance : pour eux cétait de la " culture " alors que pour nous cétait de lautorité imposant à notre pensée une révérence dont le paradoxe était quelle nétait pas forcément exclusive de lignorance. Car on peut être européen sans avoir lu Goethe ou Cervantès, mais pas sans sincliner devant eux pas sans reconnaître quils sont, quand bien même ils ne feraient pas partie de notre vie cest-à-dire quand bien même ils nimporteraient pas, des moments décisifs de notre âme.
On voit la corrélation que nous donne cet exemple entre la marque, lautorité et le destin : lEurope est un espace marqué notamment par ces auteurs, bien que " par ailleurs " (là où ça ne compte pas) elle soit un espace de vie analogue à nimporte quel autre, un continent quelconque. Quelle se trahisse elle-même en décidant que ce qui compte ne comptera pas et que lordre des importances épuise irrécusablement toute la réalité, et ce nest plus là où elle est marquée quelle est elle-même, mais là où elle est nimporte qui, cest-à-dire là où elle vit. Là où était le génie européen est advenue la médiocrité eurolandaise. Rebours de la formule freudienne où se dit la trahison, cest-à-dire la perte dautorité des auteurs, qui ne constituent plus quun " patrimoine " à " valoriser ", et qui pourraient dailleurs sen voir exclus sil savère un jour quils nétaient pas assez antiracistes, assez antisexistes, assez anticolonialistes, etc., selon lindéfinie et constante réévaluation du passé par un présent toujours moins " autorisé " cest-à-dire toujours plus satisfait de lui-même et de sa vertueuse universalité, comme le souligne Alain Finkielkraut.
La marque et lâme
La trahison de soi, qui consiste à rabattre ce qui importe sur ce qui compte (autrement dit qui consiste en la décision de se soumettre aux meilleures raisons), abolit donc lautorité et renonce au destin dans le même geste. Marquer, cest donner un destin, et cest le même de refuser son destin, de ne pas reconnaître ce qui nous a marqués, et davoir décidé dêtre nimporte qui, un sujet quelconque pour qui tout importe plus ou moins. Paradigmatiquement le destin dune nation, précisément comme destin (une existence qui ne soit pas celle de nimporte qui), est identique à lautorité de ses écrivains. Là où le service des biens ne compte pas est notre destin là aussi est lautorité que nous avons reconnue.
Ce qui fait autorité, on ne le reconnaît que dans une épreuve (cest pourquoi les notions de vérité et dexpérience, je le rappelle, sont exclusives : dans lexpérience, cest le savoir qui compte). Une épreuve, on nen revient pas. Ou plus exactement, on en revient, oui, mais pas vraiment On est toujours le même, mais désormais on est un autre : celui quon était nest plus. Si donc on pense les marques selon leur pluralité, par exemple pour lEurope selon la pluralité des auteurs dont elle est lespace dautorité, on doit reconnaître que quelque chose se dessine qui apparaît à la réflexion comme une configuration de marques. Cette configuration, je dis que cest lâme.
La notion est moins étonnante quil ny paraît. Quelle différence y a-t-il entre lEurope et lEuroland sinon lâme ? On peut en effet se demander si en devenant un espace marchand et " culturel " lEurope ne perd pas son âme ? Comment en effet pourrait-on nommer autrement le fait que les auteurs aient perdu leur autorité cest-à-dire ne comptent plus ? Là où lautorité compte est lâme. Nouvelle définition de lautorité : la cause de lâme le mot " cause " sentendant bien sûr au sens de la causalité mais aussi au sens dune cause à défendre : défendre les auteurs contre leur institution " culturelle ", cest défendre lâme.
La notion dâme au sens strict nimplique pas la pluralité des marques : il suffit de considérer ce point dautorité que, précisément, on appelle une marque et de reconnaître quil est un point dabsence (javais parlé dun morceau de mort fiché dans le corps identifié à la vie ). Désormais on est un autre : dire quon nest pas revenu de lépreuve, cest dire quun point de temporalité (le désormais, par opposition au toujours) attache la vie à une absence et la détermine par là même comme vraie vie.
Mais la pluralité des marques permet dentendre cette absence comme un dessin, et donc déjà comme une forme dans la vie, alors même que la vie en est lexclusivité (ce que je traduisais donc par lidée du " morceau de mort "). Des linéaments parcourent les corps, que ce soit les corps individuels ou les corps collectifs (une ville, un pays, un continent ), et ils donnent littéralement lâme à voir. Par exemple lautorité dauteurs comme ceux que jai cités configure lEurope au sens où elle dessine les linéaments de lautorité qui la distingue de tout autre continent, et par là lui donne son visage : un visage qui est certes une figure (puisquil y a un dessin) mais une figure toujours habitée dabsence et par là même causée comme vraie. Ce qui définit le visage. En perdant son âme, on perd son visage pour en rester à sa figure. Et certes, lEuroland qui " valorise " son " patrimoine culturel " et promet de l " authentique " aux touristes, cest bien la figure de lEurope. Mais on ne veut lauthentique (qui sachète : il coûte juste un peu plus cher que ce qui ne lest pas) quà avoir renoncé au vrai. Renoncer au vrai, cest-à-dire à la hauteur de ce qui impose le respect, bref à lautorité, cest perdre son âme ou plus exactement la vendre, puisquon ne la perd que motivé par le service des biens.
Nous venons dapercevoir une corrélation décisive : celle quil faut reconnaître entre lautorité et lâme. Là où il ny a pas dautorité, il ny a pas dâme, là où il ny en a plus lâme est perdue. On ne pense lauteur que selon cette corrélation, dont la notion de marque donne lintelligibilité.
Je vous remercie de votre attention.
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