La question de lauteur à nouveaux frais
Je reprends mon enseignement cette année, en un moment historique sombre où la nécessité du libre examen et celle de penser par soi-même apparaissent plus urgentes que jamais, tant les conséquences de leur oubli ou de leur refus sont épouvantables pour tout le monde. Si le bien nest quune idée inconsistante (agir bien cest simplement faire son devoir autrement dit agir normalement), le mal existe, nous le savons, puisquon peut jouir de la négativité. Plus concrètement, le mal se réalise dans le monde et en nous quand on est sans égards pour rien ni personne, ce qui est forcément le cas dès lors quon est certain davoir raison. Et on est certain davoir raison quand plus rien nest ambigu. Si linhumain se représente ainsi dans des univocités de calcul et dinformation dont le chiffre destinal de cette année 2001 est en quelque sorte le symbole, autrement dit sil sentend expressément à lencontre de ces disciplines si légitimement nommées " humanités " où il sagit toujours de mieux lire et de mieux interpréter, il trouve forcément sa réalité dans le refus des égards, dans lindifférence aux existences dont on dira quelles ne comptent pas et aux souffrances, y compris les siennes propres, dont on dira quelles sont sans importance...
Préservons lambiguïté littéraire de nos vies, qui ne sont jamais ce que nous croyons savoir quelles sont. Ne soyons pas sans égards. Ni pour les choses toujours fragiles, ni pour les êtres toujours en danger, ni, dune manière générale, pour létant dont leffort dérisoire pour être alors quil ny a jamais de raisons nous donne lâme puisquil nous rend respectueux envers tout.
Programme : renouveler la question de lauteur
Je salue les nouveaux arrivants, jadresse mes amitiés aux anciens, et je remercie plus particulièrement ceux qui ont bien voulu madresser leurs commentaires et leurs suggestions. La question de lénigme, traitée dans les dernières séances de lannée dernière, a suscité un intérêt multiple et parfois passionné ; plusieurs correspondants mont demandé dy revenir cette année et de développer des indications qui étaient restées allusives. Je le ferai très probablement, bien que je ne puisse pas mengager dune manière certaine, puisque jignore où nos recherches nous conduiront ; mais il est sûr que cette notion recèle encore des surprises, que nous sommes loin de lavoir épuisée et quelle est encore extrêmement prometteuse. Peut-être aurons-nous la possibilité de la reprendre à sa racine et den développer les implications quand jen aurai terminé avec le thème que je voudrais poursuivre, tant je suis conscient de lavoir seulement effleuré lannée dernière.
La notion dautorité à laquelle celle-ci fut en partie consacrée na en effet pas été développée dans sa réalité subjective : jai bien indiqué quà partir delle cétait la notion de lauteur qui simposait (je viens de parler dhumanités or de quoi sagit-il en elles, sinon du respect que nous inspirent les auteurs ?), jai donné des indications sur ce que cest quun auteur, mais je nai pas répondu expressément à la question de lauteur lui-même la question du qui engagée dans toutes les productions de lesprit.
Aussi vais-je commencer ce nouveau cycle en la reprenant pour ainsi dire à nouveaux frais. Il ne sagit évidemment pas dun problème de théorie littéraire, bien que rien ne nous interdise de faire parfois allusion à cet aspect de la notion : je ne vais pas me demander ce que cest que lauteur, ce que cest que cette fonction textuelle très particulière quon nomme ainsi, mais ce que cest, pour quelquun, de faire autorité étant bien entendu quil est impossible de faire autorité en première personne, cest-à-dire dêtre soi-même un auteur. Un auteur est un sujet fait de cette impossibilité, forcément, et cest cela que je voudrais explorer dans la première partie de cette nouvelle année de réflexion.
En quoi jassure la continuité de nos études, puisquelle conjoint en quelque sorte les préoccupations qui étaient les nôtres quand nous réfléchissions sur la philosophie il y a deux ans, et celles de lannée dernière quand nous nous interrogions sur ce qui inspire le respect et par conséquent sur lautorité. Les humanités, on peut en résumer la notion en parlant du respect des auteurs.
Il ne sagira pas répéter ce que jai dit lannée dernière sur cette question (vous disposez du texte des leçons), sauf si certains arguments le rendent absolument indispensable, mais de comprendre une position dont ce respect très particulier quon appelle donc " humanités " est lindication en troisième personne. Car enfin, ces auteurs qui nous ont rendus moins inhumains que nous naurions été si nous ne les avions pas rencontrés (or il ne suffit pas davoir lu un auteur pour lavoir rencontré : il y a eu des nazis cultivés), quen était-il deux ? Ce nest pas de psychologie que je parle, mais de vérité, si vous maccordez mon petit cogito méthodologique, à savoir quon a toujours raison de respecter et si jai pu vous convaincre lannée dernière que le respect était en propre le sentiment que le vrai nous inspire.
Ainsi la question de lauteur est-elle en réalité la question du vrai : on appelle auteur celui qui pose le vrai, tout simplement, étant clairement entendu quil appartient au vrai lui-même dordonner, dans tous les sens du terme, sa position. Disant cela, je rappelle une évidence : on nest jamais auteur que sans soi. Non pas malgré soi, bien sûr, mais sans soi : lidée de vouloir être un auteur, autrement dit de vouloir faire uvre originale, est à la fois grotesque et contradictoire. Cependant il y a des auteurs, puisquil y a du vrai ! Et il y a du vrai puisquil y a de lhumain, si lon définit celui-ci comme ce vivant qui, peut-être seul de tous les vivants (mais peut-être pas : le travail que je poursuis sur la notion de vérité ne me permet pas encore de trancher ), est marqué par le vrai. En cherchant à savoir ce que cest, subjectivement, que lautorité, je parlerai donc encore de la vérité.
Si cest des paradoxes ou même des apories dune " position subjective " quil sera question, notre réflexion sera plus large quune enquête sur lauteur au sens strict de lécrivain : elle devra valoir pour tout sujet ayant à décider cest-à-dire à occuper une place de droit qui, jusque là cest-à-dire quand il avait seulement à choisir, était occupée par le savoir.
Une responsabilité décisionnelle
Je souhaite donc que ces nouveaux développements, que jespère aussi étonnants que certains de ceux qui les ont précédés, vous donnent accès à des vérités que, tout comme moi, vous ignorez mais dont vous nêtes pas sans savoir quelles vous sont essentielles, puisquil nous arrive à tous (certes rarement : deux ou trois fois dans une vie, si on écarte très provisoirement la question de la production des uvres) de décider. En considérant quil lui appartient essentiellement de permettre cette extension, on dira ainsi que la question de lauteur parle de ce qui compte pour chacun dentre nous au point quil me semble quon peut nommer " auteur " non pas simplement celui qui écrit des livres ou qui fabrique des théories (ce qui nest en rien suffisant pour prétendre à ce titre !) mais celui qui posent des choses qui comptent, quelle que soit la manière dont il le fait. Doù à la limite la possibilité de considérer des auteurs qui nont rien écrit (Socrate, mais aussi des " sages " de beaucoup de traditions )
Vous savez que par opposition au choix qui relève toujours dun domaine du savoir (ainsi le médecin choisit la thérapeutique la plus adaptée à son patient, etc.), la décision acte dautorité concerne des réalités qui sont extérieures au savoir, des réalités pour lesquelles il est impossible, notamment, de parler de progrès dans le savoir. On ma donné lexemple de leuthanasie, et cest en effet le type même de question qui ne relève daucun savoir (notamment médical !), parce quil ne sagit pas là de choisir mais de décider. Cela dit, vous vous souvenez que toute décision, quand on la réfléchit, est par là même constituée comme un choix, de sorte quon peut, rétrospectivement, construire un quasi-savoir permettant de se représenter la décision qui en elle-même nest pas représentable, justement parce quelle nest pas comme le choix effectuation du savoir. ce savoir sera de nature philosophique, parce que, concernant des décisions et non pas des choses, il aura pour objet ce qui compte et non pas ce qui importe.
Eh bien ces choses, cest justement à propos delles quon parle dautorité, et je crois quon peut nommer " auteur " un sujet qui, dune manière pour linstant encore mystérieuse, a posé de telles choses.
Mais alors tout le monde serait auteur, puisque cette possibilité est inhérente à la notion de personne, telle quon peut la penser en distinguant le sujet anonyme du choix (l " en tant que ", celui qui confond sa liberté avec leffectuation automatique du savoir qui lautorise) du sujet de la décision ? Les notions de décisions et dauteur seraient alors corrélatives ?
Dune certaine manière oui, et vous comprendrez que ma thèse est moins paradoxale quil ne semble quand je vous aurai dit quun auteur, au sens habituel du mot, nest rien dautre quun sujet qui se tient au lieu de sa décision quand tous les autres occupent habituellement celui de leurs choix. Ce qui revient simplement à reprendre la formule de Lacan que jai déjà citée et sur laquelle je reviendrai : on appelle auteur celui qui sautorise sauteurise, dirais-je de lui-même, puisque cest tout simplement cela, décider, par opposition à choisir (on signe une décision, alors que pour les choix on se réfugie derrière les raisons quon avait de les faire et qui sont autant dexcuses), et quon peut sy tenir par exemple en écrivant ou en peignant Plus concrètement, cest la question du rapport de la décision et de luvre quil faudra penser, et une première définition donne déjà une indication : on appelle uvre une chose quand elle est décisive. Non pas simplement une chose qui fait événement, ce qui est une condition nécessaire, mais encore une chose dont lévénementialité, si lon peut dire, relève de la signature et plus généralement du nom.
Dans nos dernières séances de lannée dernière jai désigné cette propriété sous le nom de contingence, ce qui me permet de mettre en équivalence la définition que je viens de donner avec celle qui consiste à dire que luvre sinstitue de ce que celui qui la produite se soit lui-même autorisé de sa propre contingence. Car une décision qui se signe est toujours contingence, relativement à un choix qui se justifie dêtre celui que nimporte qui aurait eu raison de faire à notre place. Bref, on appelle " uvre " cela quon produit sans avoir aucune excuse de lavoir produite.
Ces définitions assurent une première mise en place de la notion dauteur, puisque lauteur ne se définit que par son uvre. Cest en effet la même chose de désigner quelquun comme un auteur et de considérer quune uvre se constitue de lavoir pour auteur.
Mais cette constitution présente un caractère bien particulier, que personne nignore : ce nest en aucun cas la personne de lauteur qui autorise (auteurise) et par là institue luvre en la constituant, mais uniquement son nom ! Sous le nom de Sartre, par exemple, on rassemble des pièces, des romans, des nouvelles, de la philosophie, mais aussi des prises de position morales et politiques voire même, selon lexpression consacrée, des " notes de blanchisserie " dont on peut discuter pour savoir sil convient ou non de les publier (on ne peut récuser cette éventualité quà ne pas la trouver absurde). Lauteur se définit par son uvre et cest le nom de lauteur qui constitue luvre comme telle. Voilà en quelque sorte la question à double détente qui se trouve impliquée quand on considère que la contingence donne son cadre à la question de la vérité.
Jai longuement développé la question du nom propre telle quelle est impliquée dans cette problématique de ce nom impossible à dire qui fait précisément que lauteur en est un. Javais même proposé que cette impossibilité soit le critère essentiel définissant lauteur, dès lors quon a reconnu quen cette question cest de la vérité elle-même et comme telle quil sagit (Sartre, auteur de la Nausée, pouvait tout dire de lexistence sauf sa vérité, à savoir quelle était " sartrienne "). Je ne reviens pas sur ces acquis, essentiels à mes yeux mais, précisément, je les considère comme acquis. Cela signifie que jadmets davance léventualité dy revenir, si lintelligibilité des développements que je serai amené à poser cette année le nécessite.
Lauteur philosophe ?
On ne pense que " par soi-même ", comme chacun sait mais comme presque tout le monde lignore. Cela signifie quon pense seulement sans le savoir : non pas en étant inconscient (encore que le rêve impliquant linconscience du sujet appartienne de plein droit à la pensée) mais en étant là où le savoir ne compte pas. Si lon se trouve là où le savoir compte, cest quon sen autorise par opposition à sautoriser de soi-même. On nest pas un philosophe : en posture d " en tant que " cest-à-dire en démission de soi-même, on rédigera des monographies inutiles sur les auteurs ou sur des notions abstraites, là où ceux qui pensent, les auteurs, produisent au contraire des uvres et instituent nominalement des " natures " (lIdée de nature platonicienne, la connaissance de nature kantienne, lesprit de nature hégélienne, la liberté de nature sartrienne, et ainsi de suite.)
De quoi est lhistoire de la philosophie est-elle en effet constituée, sinon exclusivement duvres ? Y a-t-il un seul texte, si modeste quil soit, qui appartienne à cette histoire donc tout simplement à la philosophie et qui ne soit pas une uvre ? La monographie, par exemple, nen relèvera jamais et nest donc en rien philosophique, puisque luvre se définit par le nom de son auteur et que de tels travaux épuisent leur essence dans leur anonymat : on les juge à leur savoir et au sérieux de leur composition, alors que la banalité de ce quon lit dans un texte du canon fait seulement penser quon la mal lu.
En science, cette impossibilité dappartenir na aucun sens : alors que la plus sérieuse des thèses nest absolument rien en philosophie (elle nappartiendra jamais à son histoire et par conséquent nexiste simplement pas, puisquexister serait occuper le moment présent de cette histoire), il est indéniable quun travail mineur, dans telle ou telle science, lui appartient e plein de droit cette évidence se redoublant du paradoxe quil ny ait pas de différence entre appartenir à lhistoire dune science et être oublié, fondu dans lactualité de ses résultats. Pour quune monographie puisse appartenir à la philosophie, il faudrait que celle-ci soit une sorte de science, autrement dit quelle progresse. Comme tout le monde la toujours su depuis toujours : il ny a de philosophie que nominativement personnelle (celle dAristote, celle de Descartes ) autrement dit que du génie, lequel est par définition aussi exclusif de toute nature (un " don " naturel, dont personne ne serait jamais responsable) que de toute volonté subjective (lidée de vouloir être original est une contradiction dans les termes). Bref, il est essentiellement possible dêtre un scientifique, et essentiellement impossible dêtre un philosophe et plus généralement un auteur puisquon nomme philosophe un auteur dans lordre du concept.
Essayez donc de penser, dès lors que penser se fait toujours sans le savoir ! Cest impossible. Et si vous pensez avec le savoir, vous vous autoriserez forcément de ce que vous savez et non pas de vous-mêmes : vous tiendrez le discours dun " en tant que " et jamais dun auteur. Vous voyez par conséquent quun locuteur prétendant être un auteur, prétendant sautoriser de soi-même et non pas de son savoir ni de son intelligence, est forcément un imposteur ! Il ne suffit pas de mépriser le refus de penser pour être un penseur... et jouer au penseur est tout simplement grotesque. Telle est donc le paradoxe. Car enfin, il y a des auteurs, et ceux qui le sont nont jamais douté de leur qualité ! Sartre, par exemple, ni Lacan, ni aucun autre, depuis la naissance la philosophie. Ils sautorisaient deux mêmes sans le prétendre dans lacte même de leur pensée, bien quil soit arrivé à la réflexion de cette pensée dapparaître comme arrogante et quils ne se soient généralement pas privés de dire ce quil en était deux-mêmes (les remarques de Sartre ou de Lacan sur leur propre génie ne manquent pas, mais on pourrait trouver bien dautres exemples). Quest-ce que penser dune manière non prétentieuse ? telle est la question. On peut répondre programmatiquement en disant que cest sautoriser de soi-même, alors quun prétentieux sautorise de lenflure de son moi et de ses fantasmes de toute puissance, ou bien de sa place. Pas de différence entre dire quon sautorise de soi, et dire quil est impossible dêtre auteur. La question est donc celle de ce " soi ", identique à sa propre impossibilité.
Dans nos études précédentes, nous y avons répondu partiellement par la théorie de la marque : cest là où lon est " marqué ", et là seulement, quon est capable de vérité. Cela me semble toujours vrai, mais cette année je vais essayer de répondre à la question de lauteur dune manière plus concrète, en prenant à bras le corps la question de lautorisation de " soi ". Car enfin, même dun point de vue strictement littéral, ce " soi " impossible est bien lauteur lui-même et comme tel puisquon produit une uvre quand on sautorise de soi, et que luvre nen est une quà la condition dêtre celle dun auteur (raison pour laquelle la distinction de ce qui est une uvre et de ce qui nen est pas une ne concerne pas la réalité de ce qui est produit : il y a des textes médiocres qui font partie de luvre de tel ou tel penseur, et dautres très intelligents, très subtils et très savants qui auraient aussi bien pu ne pas être écrits et qui, en droit, ne lont dailleurs pas été).
Cest donc encore de la distinction de la réalité et de la vérité quil sagira ; et le " soi " qui est mentionné dans lexpression " sautoriser de soi " sépuise à dire cette distinction. Car cest bien le même de sautoriser de soi, dêtre un auteur, et de sêtre distingué de tous les scripteurs dont beaucoup peuvent posséder un savoir, une intelligence et même un talent bien supérieurs. (Lévinas est un auteur, et on ne peut pas dire quil jouisse dun grand talent décrivain, par exemple. Mais justement : ça ne compte pas !)
On peut enfin présenter ce problème de lauteur philosophe dune manière objective en disant que la philosophie est exclusivement un discours dauteur parce que les choses dont elle traite ont en commun de ne pas relever du savoir : ce sont des choses qui comptent, par opposition aux choses qui importent et qui, elles, relèvent toutes dun savoir et donc dune institution subjective au moins possibles (médecin, géomètre, ou tout autre " en tant que " ). Or cette thèse suscite tout de suite une objection massive : comment dire que les choses dont traite la philosophie sont extérieures au savoir, puisque philosopher consiste précisément à produire des textes cest-à-dire du savoir ? Et de fait, il est impossible de lire, à commencer par ce quon vient décrire soi-même, sans apprendre quelque chose.
Pas si sûr Et la question de lauteur est dans cette restriction scandaleuse.
En effet : est-ce que nous apprenons quelque chose, à lire un philosophe ? Pour quon donne une réponse positive à cette question, il faudrait que les acquis dune lecture puissent servir dacquis pour une autre lecture, quil y ait du progrès en philosophie comme il y en a en science (lequel est tout sauf linéaire). Or ce nest absolument pas le cas et la philosophie sest toujours présentée dans ce paradoxe : dune part les auteurs enseignent, ils ont comme on dit une " doctrine " dont on pourrait imaginer quelle serve de base, une fois épurée de ses éventuelles erreurs, pour leurs successeurs, mais dautre part chaque philosophe reprend à zéro le problème auquel il sattaque, ne se référant aux " auteurs " qui lont précédés quà la condition de ne pas les considérer comme des auteurs cest-à-dire comme des gens quon cite mais quon ne discute pas. Or si vous admettez cela, à savoir quun auteur est quelquun quon cite mais quon ne discute pas (quand on le fait, on cesse de le traiter comme un auteur et on fait semblant de voir en lui un quelconque spécialiste avec qui il est possible de ne pas être daccord), vous admettez par là même une distinction que jexprimerai en disant que la réalité de la philosophie réside dans le savoir dont elle est indubitablement la production, quand sa vérité réside dans lautorité de son auteur. Tout le monde sait que la philosophie est la discipline constitutivement distinguée.
Quest-ce quune vraie activité décriture, par opposition à une activité décriture réelle ? Demander cela, cest demander ce que cest quun auteur et cest déjà avoir répondu que cest un sujet dont le travail est causé par la vérité. Cest de cette causation, exclusive à toute légitimité liée au savoir (parfaitement exclusive du " discours universitaire ", comme chacun le sait également) quil sagit quand on met en avant la contradiction de lauteur en disant, notamment, quil est impossible de philosopher autrement quen étant soi-même un auteur bien quil soit impossible de parler en se donnant une posture dauteur.
On a tout dit en disant que la question de lauteur est laporie dun " en tant que " : on nest philosophe quà la condition de conceptualiser " en tant que " auteur, alors même que la définition de lauteur est quil sentende suffisamment dexclure dêtre jamais un " en tant que ".
Cest à résoudre cette difficulté que je vais consacrer les prochaines séances.
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