Nous avons vu la dernière fois que lautorité nest pas une réalité, parce qualors il sagirait non pas de lautorité mais dune puissance, sans aucun rapport possible avec la question du respect (lexpression contradictoire de « force morale » contraignante sert seulement à dissimuler labsence de pensée). La question est donc celle de limpossibilité du respectable au sens où être respectable ne saurait constituer la nature de quoi que ce soit : la dignité, notamment, nest pas la caractéristique naturelle de certains êtres mais précisément le fait que la nature ne compte pas en eux. Dire que le respectable ne se caractérise pas par quelque chose de spécial, quil na pas de nature propre, cest simplement rappeler que la question de la vérité est celle de la distinction et non pas de la différence (être vrai nest pas une qualité dont certaines choses par exemple des propositions seraient dotées), mais cest aussi indiquer le paradoxe de la distinction comme produisant des effets, alors quil semble que seule une différence en soit capable. Le respect est de cet ordre : cest leffet que produit sur nous une réalité distinguée, la manière dont elle nous affecte. Or cette affectation, précisément parce quelle procède dune distinction et non dune différence ou encore parce que lautorité nest pas une puissance, nest pas une passivité et la question des effets nest pas celle dune production deffets (auquel cas on retomberait dans labsurdité de la « force morale »). Autrement dit respecter ne va jamais de soi, comme ce devrait être le cas si le respectable avait une réalité spécifique, et comme il en va de la réalité des effets dès lors quon a reconnu celle de la cause. Cest donc la même chose de dire que le respectable ne lest quen distinction et donc en impossibilité à soi (son éventuelle respectabilité, entendue comme réalité spécifique, ne compte pas), et de dire que le respect quil inspire est non pas un effet mais un acte : quelque chose comme une Bejahung, un assentiment originel à la vérité qui ne va jamais de soi, dès lors que la vérité nest pas une sorte de réalité. Or cet acte (par opposition à un effet passif) nest pas un choix, parce que les raisons que nous aurions de respecter seraient en réalité des raisons destimer moralement. Mais respecter nest pas estimer. Un acte subjectif qui ne soit pas un choix mais en quoi il sagisse vraiment du sujet, cest une décision laquelle sera qualifiée de personnelle, au sens où tout rapport que nous entretenons à la vérité met en jeu la réponse à la question de savoir qui nous sommes, par opposition à un choix forcément anonyme. La « causalité » éthique quon indique en disant que certaines choses ou certaines personnes suscitent malgré nous notre respect renvoie donc à la question de la vérité propre de celui qui léprouve, à la décision où il sagit vraiment de lui comme sujet. Cest bien entendu de lautorité quon traite là.
Si donc on sinterroge sur le rapport du respectable au respect autrement dit lautorité, on nomme une causalité paradoxale : ce nest pas le respect comme effet que le respectable cause, parce quil est en impossibilité de lui-même comme cause, mais cest le respect comme décision. Tel est leffet paradoxal du vrai quand nous le rencontrons : quil nous fasse décider (ou pas) quen effet (et par là même en cause) il y a de la vérité.
On va subjectiver cette notion en disant quelle renvoie à la décision quon prend de respecter et quon prend forcément sans le savoir (cest le propre de toute décision : la prendre, cest constater quelle est prise) parce que cette décision se confond avec la nécessité que nous soyons vraiment nous-mêmes, en distinction de celui que nous sommes « par ailleurs » et que nimporte qui aurait été à notre place. Et lon doit nommer vérité ce qui relève de la première personne en tant que telle, cest-à-dire dans le refus éthique de céder sur son impossible distinction (car en réalité, chacun est celui que nimporte qui aurait été à sa place).
De ce quelle porte non pas sur une impression mais sur une décision, je qualifie cette causalité déthique, puisquelle renvoie à lidée dêtre vraiment soi-même dans le respect, corrélativement à la nécessité que toute rencontre soit une épreuve. Car dans une épreuve, il ne sagit pas de la réalité des choses mais de la vérité des personnes. Le respect comme vécu de lépreuve (celle de la rencontre) dit dune certaine manière qui nous sommes. Dans la causalité éthique, il sagit par conséquent dune production de notre vérité, si lon nomme réflexivement « vérité », par opposition à réalité, la réponse à la question de savoir qui nous sommes, par opposition à la question de savoir ce que nous sommes lopposition de qui à quoi étant non pas une différence mais bien une distinction (car en fait, si on me demande qui je suis, je mentionnerai une place, une fonction : je ferai semblant de répondre, alors que je men tiendrai à la question de savoir ce que je suis).
Rien ne saurait nous inspirer du respect quil ne nous dise qui nous sommes. Voilà, réfléchi, ce que jappelle la causalité éthique, dont il est désormais sûr quelle est impliquée dans la notion dautorité, précisément parce quelle nest pas une puissance quelle renvoie à une décision et non pas à une impression.
Lautorité, telle quil nous reste à la penser, cest finalement cette distinction du qui et du quoi non pas comme un fait (précisément : ce fait est inconsistant) mais comme vérité personnelle, laquelle est la décision éthique que le vrai (cela dont lexistence compte) légitime et non pas cause en nous.
Autrement dit : lautorité procède toujours non pas dun statut ou dun savoir, mais dune décision, celle de sautoriser de soi-même. Et de fait : alors que nous devons respecter nimporte qui, nous néprouvons de respect que pour ceux qui sautorisent deux-mêmes Ma thèse est que lon ne sautorise de soi quà la condition que cela nous ait été originellement donné le sujet de ce don étant le vrai lui-même, précisément dans sa distinction davec le réel (dont par ailleurs il ne diffère pas).
Le respect ne porte donc pas sur un être-respectable qui serait un état forcément métaphysique (lautorité et la dignité seraient des faits spécifiques, des modalités du réel) dont il suffirait de prendre acte puisque, précisément, prendre acte, ce nest pas respecter. Jai traduit cette idée en disant que le sublime était toujours une imposture. Rien de plus évident : sil ny a plus quun état « nouménal » réalisé (mais la notion du noumène est précisément faite pour éviter cette contradiction), alors il ny a plus de distinction et par conséquent plus de vérité : on est seulement dans un trivial de second degré (il y aurait le monde des héros comme il y a le monde des épiciers : chacun vit selon sa nature à son niveau). Doù ce paradoxe, permettant de penser lautorité, que le respect sautorise de sa propre impossibilité, que cette impossibilité fonctionne comme autorisation !
Et cest justement parce que le respect ne va pas de soi (comme irait de soi le fait de prendre acte dune dimension factuellement métaphysique de la réalité) que les gens qui respectent inspirent eux-mêmes le respect. Et lautorité, cest justement cette nécessité de la transmission transitive.
Pour le penser il faut donc sappuyer sur cette impossibilité que le respect soit possible : respecter nest pas assumer une possibilité mais cest une décision éthique, et cest pourquoi le respect est respectable, sinon on se contenterait de le constater comme on peut constater tel ou tel sentiment dans la personne dautrui sans léprouver soi-même.
Lautorité est absolument inséparable de cette réversibilité, dont jai souvent expliqué quelle était celle de la marque, et dont vous comprenez quelle institue le sujet de la responsabilité : celui de la décision, par opposition au sujet anonyme du choix. Si le respect nest tel, cest-à-dire lui-même respectable, quà être une décision, cela signifie que la question du sujet de la responsabilité est bien entendu celui de cette décision, dautant plus personnelle quelle est étrangère à la représentation : prendre une décision, cest constater en soi quelle est déjà prise, par opposition au choix qui est une fonction automatique du savoir.
La corrélation du respect et de la décision, voilà par conséquent comment on peut traiter la question de lautorité, dès lors quon a reconnu dans le respectable son essentielle impossibilité, qui impliquera quon décide de le respecter.
Dailleurs tout le monde le voit bien : il y a des gens qui ne respectent rien, ou plus exactement qui ne respecte que ce à lencontre de quoi la notion du respect paraît réflexivement (moralement) simposer, par exemple la force ou largent (ou la hiérarchie administrative, ou la réussite sociale ). Labjection dont ces gens font preuve est encore une décision, dont la notion kantienne du « caractère intelligible » donne lindication : cest vraiment deux quil sagit là, comme il sagit vraiment delle quand une autre personne respecte la souffrance ou le travail. Lautorité est cette nécessité de la décision inhérente à lobjet du respect, et lon approche ainsi du cur de notre notion en reconnaissant que le vrai est sujet dune donation qui est celle de notre vérité
Evidemment, toute la question est de penser cette donation, quon ne peut pas confondre avec la donation phénoménologique (elle-même corrélative dune réduction où il sagit au contraire disoler en nous lirréductible du phénomène) parce quelle est, si lon peut dire, de nature éthique. Et certes, vous savez depuis longtemps que la notion de vérité est exclusivement éthique, sil ny a de vérité quen première personne autrement dit sil ny a de vérité quen vérité, selon une infinitisation véritative dont le terme de génie est le signifiant. Et le génie, précisément, nest rien dautre quune décision éthique : celle, en un certain lieu (par exemple la peinture), dêtre vraiment soi.
Ainsi, la question de lautorité et celle du génie sont la même, non seulement parce que le génie consiste simplement à sautoriser de soi-même là où nimporte qui aurait raison de sautoriser dune place ou dun savoir, mais encore parce quil ny a subjectivement de vérité (de génie, donc) quà ce quelle ait été donnée par un vrai, cest-à-dire par un existant, si lon nomme ainsi létant qui renvoie à rien le savoir dont il relève (et donc qui inspire le respect).
Dans lautorité, il sagit toujours du génie, dès lors quon reconnaît dans cette notion la double nécessité quelle concerne le particulier (le savoir commun ne le concerne pas alors même quil sapplique exhaustivement, puisque tout ce quon peut considérer peut être mis dans une catégorie) et que son statut soit exclusivement éthique. Ce qui revient plus simplement à dire que le vrai est ce qui est en première personne (par opposition à ce qui est selon le moi, et quon peut nommer la médiocrité du semblant). Ce que nous respectons, nous avons reconnu dune manière ou dune autre quil existait en première personne, cest-à-dire à lencontre de toute représentation et de tout savoir (donc de toute semblance).
Doù ce paradoxe que nous navons pas fini dexplorer que lautorité naisse toujours de sa propre impossibilité et du retrait de sa propre représentation. Lautorité nest possible que dans la représentation mais elle est, par là même, ce qui atteste que la représentation ne compte pas.
Il y a un paradoxe phénoménologique de lautorité qui est le retrait de ce qui nest pourtant nulle part ailleurs que dans sa propre représentation, doublé dune difficulté philosophique liée au caractère juridique de ce retrait sinon on aurait seulement affaire à une bizarrerie phénoménologique et la question de la vérité ne serait nullement concernée. Or elle lest, en ceci quil ny a dautorité quà ce que la vérité soit en cause dans ce retrait phénoménologique.
Je le dis autrement : lautorité est ce qui fait que la vérité est la vérité, elle qui ne lest quen vérité et jamais en réalité. En disant cela, je rappelle donc que rien ne saurait être (naturellement ou positivement) respectable puisque respecter est un acte et non un effet, autrement dit que cela ne va jamais de soi (ce qui serait le cas si la « respectabilité » était un caractère). Concrètement, je traduis tout cela en me référant à la première personne comme telle cest-à-dire à la nécessité éthique de sautoriser de soi, par opposition à lévidence impliquant quon sautorise toujours de son savoir ou de sa place.
Limpossibilité véritative du respect, cela signifie déjà que cest dans son sentiment de respect que se joue la vérité personnelle de quelquun. Dis moi pour quoi tu éprouves du respect, et je te dirai qui tu es, en somme : là où lacte décisionnel premier assumera comme valable que la réalité ne compte pas.
Cet acte, le paradoxe est quil faut en penser le sujet personnel à partir de la nécessité pour le vrai dêtre sujet réel de la vérité. Le vrai donne la vérité, et cest cela, être vrai. Concrètement, cela veut dire que la rencontre du vrai nous met au pied du mur de léthique : cèderons-nous, en répondant comme nimporte qui aurait raison de répondre, ou au contraire serons-nous fidèle à la promesse impossible que nous sommes depuis toujours de nous autoriser de nous-même ? Le second terme de lalternative, quand on le réfléchit, impose le respect, et par là donne à reconnaître quil sy agit bien de vérité : de la vérité réelle à la vérité personnelle. Autrement dit, le propre du vrai est de nous demander ce quil en est de nous. Allons-nous biaiser (par exemple en répondant à une question philosophique par des références) ou au contraire affronter la décision ? Voilà, à mon avis, en quoi consiste la « causalité » éthique. La notion du génie résume parfaitement cette problématique, quand on la considère selon ce quelle suppose (la reconnaissance de la vérité) et ce quelle implique (ne pas céder sur sa propre incompréhensibilité, autrement dit ne pas ramener ce qui compte au service des biens).
Léthique et la problématique pratique du génie sont identiques puisque le génie nest rien dautre que le refus de céder sur lirréductibilité de la personne quon est à celle quon se représente être (sinstaller dans sa propre étrangeté, autrement dit), et que cette étrangeté nest pas un état mais un acte, celui qui consiste à ne pas se dérober quand le vrai lui-même est là, qui dès lors donne la vérité et par conséquent le génie.
Le vrai donne la vérité, et en ce sens il la « cause ». Cette causation, en tant quelle nest pas linéaire mais forcément métaphorique (car seule la métaphore est lacte dun sujet qui est sa propre impossibilité), je la nomme tradition. Ma thèse est que lidée de vérité implique rigoureusement celle de tradition, et quil est absolument contradictoire demployer ce terme sans reconnaître quelle sentend exclusivement en première personne, laquelle reconnaissance suppose elle-même que la première personne réponde sur le mode de la métaphore (génialement donc, autrement dit dans la décision éthique) de cette tradition.
Concrètement, cela signifie que lautorité qui définit le vrai soppose radicalement à lintelligibilité qui permettrait de ladmettre comme tel.
Là où il y a autorité, il ne peut pas y avoir intelligence, de sorte que, pour parler dune manière générale, il faut dire que lautorité est sa propre aberration, et quune autorité qui nest pas aberrante (comme est aberrante la métaphore cest-à-dire lacte de la première personne pour elle-même) est une contradiction dans les termes.
Rien là que de très banal. Vous voyez bien que si je vérifie, par exemple, lordonnance de mon médecin en faisant des recherches dans les ouvrages médicaux, cela signifie que je ne lui reconnais aucune autorité : jai le sentiment que ce nest pas à bon droit quil sautorise du savoir médical. Si maintenant je prends en exemple une autorité véritable (car le médecin nest quun « en tant que » : cest la médecine qui compte et non pas lui), je ne peux le faire quà accepter davance le caractère incompréhensible des ordres qui seront donnés. Je vais même plus loin en faisant remarquer quil appartient à la nature dun ordre dêtre aberrant, puisquobéir à une consigne dont on a soi-même aperçu la nécessité nest tout simplement pas obéir. On nobéit jamais quà la folie des autres (je parle du point de vue de la représentation, bien entendu : en vérité, cest du génie quil est question), parce quobéir à leur raison cest simplement sobéir à soi-même (comme quand je suis les conseils diététiques du médecin, après quil mait longuement expliqué les conséquences de tel ou tel type dalimentation), autrement dit cest avoir refusé dobéir navoir pas reconnu lautorité. Il ny a dautorité que folle au sens de non raisonnable.
Cette nécessité pour lautorité dêtre aberrante, je la rapporte à la nécessité que la première personne sinstitue éthiquement dans ce que jai nommé la « métaphore personnelle » (si un seul des concepts que je propose dans mon enseignement devait être retenu, je voudrais que ce soit celui-ci).
Mais une métaphore présente une propriété bien intéressante pour nous ici, une propriété qui fonde le sujet de lautorité quon peut, tautologiquement, nommer un « auteur » (auteur = sujet, en tant quil fait autorité). Je lénonce : sa distinction davec le concept se traduit par limpossibilité quelle soit jamais « traduite », au sens où lon pourrait lui substituer une formule conceptuelle équivalente (même si cest une périphrase très longue). Or cette substitution, limpossibilité de confondre la distinction et la différence nous oblige à reconnaître quelle est définitivement impossible. Je traduis concrètement : le propre dune métaphore, cest quelle exige indéfiniment dêtre (ré)interprétée, chaque interprétation donnant paradoxalement lieu à un effet de vérité. Alors, je le demande : est-ce que ce nest pas très exactement ce qui caractérise lauteur ? Par exemple : chaque lustre nous donne son Descartes ou son Platon, dans une interprétation qui nous donne à chaque fois le vrai Descartes ou le vrai Platon et qui, cinq ans plus tard, sera totalement et définitivement oubliée.
Lautorité se définit donc dun côté par limpossibilité de sa fondation (si elle était fondée, elle serait une nécessité de fait ou de droit, mais pas une autorité) et de lautre par la nécessité indéfinie de sa réinterprétation. La « donation » de vérité dont je viens de parler est le nouage de cette double nécessité, que jaurai sûrement loccasion de présenter autrement, mais dont je peux expliquer la paradoxale asymétrie (dun côté luvre qui compte, de lautre linterprétation qui ne compte pas malgré sa nécessité formelle) en réfléchissant sur la nécessité, pour la donation de vérité, douvrir à la question de la vérité personnelle, cest-à-dire à la distinction entre les questions qui et quoi.
En effet, toute reconnaissance de vérité (par opposition à constatation de réalité) est une décision dans laquelle se décide la réponse à la question de savoir qui nous sommes.
Or une opposition radicale simpose, impliquée dans la nécessité périodique de réinterpréter le vrai une nécessité qui ne concerne donc que lépoque, entendue comme un régime original de vérité : quand la réponse à la question qui concerne non pas une personne mais une époque (une époque comme sujet, alors), il faut nommer « interprétation » leffet du vrai. Ainsi les anciennes interprétations nous disent-elles ce quil en est vraiment de leur époque (par opposition à ce quil en était réellement et qui relève du savoir des historiens), alors quelles imaginaient (nécessairement et à bon droit sur le moment, toute la question étant précisément là) être la réduction et par conséquent la donation même du vrai.
Ce mécanisme particulier de linterprétation est celui de lautorité du vrai, quand cette identité éthique (être vraiment soi) est celle dun époque et non pas dun individu. Et de fait : toute époque est géniale. (Dailleurs il ny a de découpage des époques que dans la reconnaissance du génie de chacune delle.) Mais ce génie que tout le monde admet, il nacquiert sa dimension réflexive que dans linterprétation de ce qui ne relève pas de lépoque en question. Dans les anciens enregistrements ou les anciens commentaires, cest vraiment de leur époque quil sagit, cette vérité sentendant en proportion de laveuglement qui contraignait chaque interprète à se vivre lui-même comme le vrai découvreur dun vrai jusque là méconnu. Cest en ce sens très particulier quon peut parler de vérité des interprétations, dans le caractère réflexif de la notion : vérité proprement donnée par le vrai qui est toujours en impossibilité véritative à lui-même.
La notion du génie rassemble cette problématique, quon la considère individuellement ou collectivement : individuellement, cela se traduit par limpossibilité que la pensée ne soit pas un moment dune tradition, et collectivement cela se traduit par le paradoxe de linterprétation qui est à chaque fois la dernière. Il est aussi impossible à la pensée de ne pas sinscrire dans la tradition quil est impossible à une époque de nêtre pas un sujet dinterprétation. Et la question de lautorité est celle de la double nécessité de sinscrire dans une tradition et dêtre indéfiniment réinterprété. Il est aussi absurde, à mon avis, de parler dune vérité qui ne soit pas fidèlement inscrite dans une tradition que de parler dune vérité qui ne soit pas en première personne. La notion du génie, encore une fois, dit cette corrélation. Quelquun qui ne sinscrit pas dans une tradition, ce nest pas un auteur, ni quelquun dont le travail nexige pas interprétation laquelle notion renvoie par conséquent à la production de lépoque comme telle. Ce qui fait autorité, à un époque, cest ce qui la donnée à elle-même, la nécessité interprétative étant le procès de cette donation.
Jappelle « autorité » cette double nécessité de la tradition et de linterprétation, où saccomplit la causalité éthique du vrai. Voilà ce qui est éthiquement en cause dans le respect.
Je vous remercie de votre attention.
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